Le micro était encore chaud quand les premiers départs ont commencé. Pas des applaudissements, pas des murmures approbateurs, juste des chaises qui grincent, des dossiers qui claquent. Benyamin Netanyahou avait commencé son discours devant l’Assemblée générale de l’ONU comme un boxeur qui sait qu’il va prendre des coups, mais qui compte bien en mettre trois avant la fin du round. Résultat : des salles qui se vident, des diplomates qui tournent les talons, et une rhétorique si tranchante qu’elle en devient presque comique, si on oubliait qu’elle parle de vies humaines, de bombes et de frontières tracées au sang séché.
Pourquoi Netanyahou a choisi l’affrontement plutôt que la diplomatie
Ce n’était pas un discours. C’était un réquisitoire. Et pas celui d’un avocat qui plaide pour son client, mais celui d’un homme qui sait qu’il n’a plus rien à perdre. Les critiques internationales contre Israël ? Il les a listées comme un inventaire à la Prévert : « Vous nous accusez de crimes de guerre, vous nous trainez devant la CPI, vous nous boycottez à l’ONU… » Mais au lieu de répondre point par point, il a préféré les retourner comme des accusations contre ses accusateurs. « Qui a vraiment le monopole de la morale ? » a-t-il lancé, sous les rires nerveux de certains ambassadeurs. La réponse, bien sûr, était dans la question, et dans l’absence de réponse.
Pourtant, ce qui frappe, ce n’est pas tant le fond que la forme. Netanyahou ne cherche plus à convaincre. Il cherche à désarmer. En 2023, un rapport de l’ONG Human Rights Watch estimait que 12 000 civils palestiniens avaient été tués depuis le début de la guerre à Gaza. Les chiffres, il les connaît. Les résolutions de l’ONU aussi. Alors pourquoi ce ton ? Parce que la diplomatie, aujourd’hui, c’est comme vendre du beurre à un régime sans pétrole : ça n’a plus de sens.
L’ONU, ce théâtre où plus personne ne croit
L’Assemblée générale, c’est le lieu où les pays viennent se donner en spectacle. Certains pour faire bonne figure, d’autres pour faire pression. Mais depuis des années, l’ONU sur le conflit israélo-palestinien, c’est comme un disque rayé : mêmes résolutions, mêmes votes, mêmes promesses non tenues. Sauf que cette fois, Netanyahou a cassé le disque. « Vous parlez de paix, mais vous financez des terroristes », a-t-il lancé, sans preuve, sans nuance, comme un homme qui sait que ses propos seront repris en boucle, mais pas ses arguments.
Le problème, c’est que personne ne le contredit vraiment. Pas par peur, non : parce que l’ONU, sur ce dossier, est devenue une machine à produire des communiqués sans effet. Les résolutions pleuvent, les condamnations aussi. Mais au sol, à Gaza, à Jérusalem, à Tel-Aviv, rien ne change. En 2023, l’ONU a adopté 12 résolutions condamnant Israël (source : UN Dispatch). Douze. Et combien de colons expulsés ? Combien de colonies gelées ? Combien de missiles interceptés ?
Ce que les départs de salle révèlent
Ce qui est amusant, c’est de voir qui partait en premier. Pas les pays pro-israéliens, bien sûr, ceux-là, ils restent jusqu’au bout, par principe ou par intérêt. Non, ce sont les diplomates des pays « neutres » qui se lèvent et quittent la salle. Ceux qui croyaient encore que l’ONU était un lieu de débat, pas un ring de catch. Leur départ, c’est la preuve que le discours de Netanyahou a fonctionné, pas parce qu’il a convaincu, mais parce qu’il a exaspéré. Et quand on exaspère, on force les gens à choisir leur camp. Soit on est avec lui, soit contre. Plus de place pour le flou.
Pourtant, ce qui est le plus ironique, c’est que Netanyahou joue un jeu qu’il ne peut pas gagner. Plus il monte le ton, plus il isole Israël. Plus il parle de « guerre totale », plus les sanctions se multiplient. En 2024, selon un rapport de la Bank of America, les investissements étrangers en Israël ont chuté de 40 % par rapport à 2022. Les entreprises fuient, les universitaires boycottent, les étudiants manifestent. Et lui, il continue à parler comme si 2024 était encore 2004.
La vraie question : et après ?
Netanyahou a gagné son combat de rhétorique. Les salles se sont vidées, les médias ont repris ses phrases choc, et pendant une semaine, tout le monde a parlé d’autre chose que des bombardements sur les hôpitaux. Mais la guerre, elle, continue. Et l’ONU ? Elle reste là, impuissante, à voter des résolutions que personne ne respecte.
Le plus triste, c’est que personne ne semble s’en soucier. Ni les uns, ni les autres. Juste des hommes en costume qui hurlent dans le vide, pendant que les bombes tombent.
Et après ? Après, il n’y aura plus que les ruines. Et les discours.
Parce que c’est ça, le vrai problème : on ne parle plus. On crie.