Le Nobel qui n’en est pas un
Le comité Nobel a annoncé son prix de la Paix le 6 octobre. Comme d’habitude, il y a eu des applaudissements polis, des sourires crispés, et cette fois, une vanne qui a fait mouche : « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être cette surprise avec Donald Trump. » Pillay ne rigolait pas. Elle savait très bien ce qu’elle disait. Trump, c’est le genre de type qui, en 2011, avait tweeté que « les droits de l’homme sont une blague pour les faibles ». Et en 2023, son administration continue de saboter les conventions internationales sur les migrations, les climat, et les droits des femmes. Le Nobel à Pillay, c’est comme si on décorait un pompier qui éteint un incendie… mais en lui disant « bravo, mais dépêchez-vous, le bâtiment brûle toujours ».
Pourquoi ce prix maintenant ? Parce qu’elle a passé 12 ans à diriger la mission des Nations unies pour les droits de l’homme, et que personne ne peut plus ignorer son bilan. En 2022, son bureau a documenté 15 000 violations des droits humains en Ukraine, dont des crimes de guerre commis par les deux camps. Elle a osé parler des exactions russes, mais aussi des massacres de Bucha et des bombardements de Marioupol par les séparatistes pro-russes. Résultat ? La Russie a menacé de quitter le Conseil des droits de l’homme. Les États-Unis ont fait semblant de s’indigner. Et l’Europe a baissé les yeux. Le Nobel arrive quand tout le monde a peur de la nommer, même pour la féliciter.
L’ONU, ce grand cirque
Pillay connaît l’ONU par cœur. Elle y a traîné ses bottes de magistrate pendant des années, au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, puis pour le Rwanda. Elle sait comment ça marche : les résolutions qui traînent, les rapports qui pourrissent dans un tiroir, et les promesses qui se transforment en fumée. En 2014, quand elle a pris les rênes de la Haute commissaire, elle avait un plan : « Je veux que l’ONU arrête de se cacher derrière des mots. » Trop tard. Les crises se multiplient, les budgets sont gelés, et les grands de ce monde préfèrent négocier dans l’ombre plutôt que de laisser une femme leur rappeler leurs crimes.
Prenez l’Afghanistan. En 2021, quand les talibans ont repris Kaboul, Pillay a tiré la sonnette d’alarme : « Nous assistons à une catastrophe humanitaire et aux droits des femmes. » Traduction : des millions de femmes et de filles vont se faire enlever de l’école, lapider, ou vendre comme des marchandises. Que fait l’ONU ? Elle vote une résolution « préoccupée ». Les talibans, eux, installent des mouchards dans les lycées de filles. Le Nobel de Pillay, c’est comme un coup de projecteur sur un hôpital qui manque de médicaments. Ça fait joli, mais ça soigne qui ?
Pourquoi Trump dans l’histoire ?
« Si vous applaudissez plus fort, je partagerai peut-être cette surprise avec Trump. » Cette phrase, Pillay l’a lâchée devant le comité Nobel, comme un défi. Parce que Trump, c’est le miroir brisé des droits de l’homme. Son administration a retiré les États-Unis du Conseil des droits de l’homme en 2018. Elle a soutenu l’Arabie saoudite malgré son bilan en matière de torture. Elle a fermé les frontières aux réfugiés, et ri quand des enfants se noyaient en Méditerranée.
Pourtant, en 2023, Trump n’est plus au pouvoir. Alors pourquoi le citer ? Parce que le problème, ce n’est pas Trump. C’est le système. Les droits de l’homme, ça ne se décrète pas. Ça se défend. Et depuis des années, les défendeurs se font écraser. Pillay le sait. Elle a vu des juges menacés, des journalistes assassinés, des militants disparus. Son Nobel, c’est un hommage posthume à ceux qui n’ont pas eu cette chance.
Et après ? Rien ne changera
Le 10 décembre, Pillay recevra son diplôme et son médaillon. Elle fera un discours. Les caméras s’éteindront. Et le lendemain, les violations continueront.
En 2022, selon Amnesty International, 123 pays ont restreint les libertés (médias, manifestations, internet). La Chine emprisonne les Ouïghours. La Birmanie massacre les Rohingyas. L’Égypte torture les opposants. L’ONU, avec son Nobel, ne change rien à ça.
Pillay l’a compris. D’ailleurs, elle a déjà prévenu : « Les prix, ça ne sauve pas de vies. » Alors à quoi bon ? À deux choses. Premièrement, ça rappelle que les droits de l’homme existent encore dans les discours, même si personne ne les applique. Deuxièmement, ça permet à des gens comme elle de continuer à parler, même quand tout le monde a peur.**
Son vrai combat, ce n’est pas le Nobel. C’est le suivant. Et là, elle sera seule. Comme d’habitude.