À partir de septembre, les chocs wallons risquent de ne plus exister

Sanctions, huis clos, recherche désespérée d’investisseurs… Les chocs wallons sont au bord du gouffre. Pierre François et Mehdi Bayat, les deux hommes qui tiennent le projet, parlent sans fard des erreurs, des pressions et de l’avenir incertain d’un stade qui pourrait bien disparaître avant même d’être construit. Voici ce qu’ils ne disent pas en public.

Publié le 10 octobre 2026 à 16:03
À partir de septembre, les chocs wallons risquent de ne plus exister

Le stade qui n’existe plus, mais que tout le monde veut sauver

Pierre François, président du club depuis 2019, serre les dents quand on lui parle de l’état du stade. « On a dépensé 800 000 euros en travaux d’urgence l’an dernier, et aujourd’hui, les fondations sont toujours aussi pourries. » Il montre des photos sur son téléphone : des fissures larges comme des doigts, des poutres rouillées qui suintent. « Les ingénieurs nous ont dit que si on ne fait rien, le bâtiment peut s’écrouler. Pas dans cinq ans. Dans deux ans. » Mehdi Bayat, son bras droit, coupe net : « On a menti pendant des années. On a dit que c’était temporaire, que ça allait être réparé. En réalité, on n’a même pas les fonds pour un diagnostic complet. »

Le problème, c’est que le stade Charles Tondreau n’a jamais été conçu pour accueillir plus de 5 000 personnes. Les tribunes ont été ajoutées au fil des décennies, sans permis, sans étude de sol. « C’est un monument à la négligence », lance Bayat. « Et maintenant, on nous demande de trouver 20 millions pour le reconstruire. D’où ? »

La réponse, c’est qu’ils ne savent pas. Pas encore.

Les investisseurs ferment les yeux, mais pas les portes

À la question « Pourquoi personne ne vous aide ? », François répond sans hésiter : « Parce que personne ne veut être associé à un trou noir financier. » Les chocs wallons, c’est l’histoire d’un club qui a survécu à la faillite en 2015, puis à une relégation en D4 en 2017. Aujourd’hui, ils sont remontés en D3, mais leur bilan reste un désastre. « On a un passif de 3 millions d’euros» précise Bayat. « Et les banques nous regardent comme des pestiférés. »

Pourtant, ils ont un atout : le projet de nouveau stade. Un dossier déposé en 2020 auprès de la Fédération Wallonie-Bruxelles, avec une promesse de subventions. « On nous a dit que si on montrait un business plan solide, on pourrait avoir 10 millions» rappelle François. « Sauf que notre business plan repose sur… un stade qui n’existe pas. »

Leur dernière carte ? Un appel aux dons. « On a lancé une campagne sur Ulule» explique Bayat. « Résultat : 12 000 euros en trois mois. Sur 20 millions. »

Le pire, c’est qu’ils ne sont même pas sûrs que le projet aboutisse. « La Fédération nous a répondu qu’ils étudiaient notre dossier» soupire François. « Trois ans après. »

Les sanctions qui tuent le moral, pas les joueurs

En juin 2023, la fédération belge de football a infligé aux chocs wallons une amende de 50 000 euros pour « manquement aux règles de sécurité ». « C’était une blague» grogne Bayat. « On n’avait pas les moyens de payer les normes. Alors on a fait semblant. »

Le plus ironique ? Cette amende a été réduite à 20 000 euros après intervention politique. « Parce que le ministre de la Jeunesse et des Sports est un ancien supporter du club» précise François. « Mais ça ne change rien : on est toujours dans la merde. »

Les sanctions s’accumulent. En mars dernier, la ligue professionnelle a menacé de rétrograder l’équipe en D4 si le stade n’était pas mis aux normes d’ici la fin de la saison. « On nous a donné six mois pour trouver une solution» résume Bayat. « Six mois pour quoi ? Pour un stade qui va s’effondrer dans deux ans de toute façon ? »

Leur plan B ? Louer un terrain à Charleroi pour la saison prochaine. « 15 000 euros par mois» calcule François. « C’est du luxe. Mais c’est moins cher qu’un procès. »

Le nouveau stade, ce leurre qui coûte cher

Le projet phare des chocs wallons, c’est le « Wallonia Arena », un stade de 12 000 places prévu à Mons. Sur le papier, c’est ambitieux. Dans les faits, c’est un cauchemar administratif. « On a dépensé 150 000 euros en études de faisabilité» détaille Bayat. « Résultat : les promoteurs nous ont dit que c’était impossible sans garanties bancaires. Les garanties bancaires, on ne les a pas. »

Le pire, c’est que personne ne veut entendre parler de ce projet. « Les investisseurs privés disent : ‘Tant que vous n’avez pas de terrain, pas de permis, pas de budget, on ne touche à rien’» explique François. « Les pouvoirs publics nous répondent : ‘Tant que vous n’avez pas d’investisseurs, on ne signe rien’. »

Pourtant, ils ont un argument massif : le stade pourrait attirer des matchs de Ligue Europa. « On a contacté des clubs comme le Standard ou le Club Bruges» révèle Bayat. « Leur réponse ? ‘On viendra si vous avez un stade. Sinon, on ira ailleurs.’ »

Sauf que pour avoir un stade, il faut de l’argent. Et pour avoir de l’argent, il faut un stade. « C’est le cercle vicieux ultime» conclut François. « Et on est en train de le perdre. »

Ce qui se joue vraiment : la survie d’un club, pas d’un rêve

Derrière les discours sur l’avenir, il y a une réalité crue : les chocs wallons pourraient bien disparaître. Pas dans cinq ans. Dans deux ans. « Si on ne trouve pas 5 millions d’ici l’été prochain, le club fera faillite» assène Bayat. « Point. »

François, lui, parle moins de football que de survie. « On a 120 salariés, dont 80 en CDI. Des gens qui comptent sur nous. »

Leur dernier espoir ? Un prêt garanti par la Région wallonne. « On a écrit au gouvernement» dit Bayat. « On attend. »

Mais le temps presse. Très vite.

Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer

Le stade Charles Tondreau pourrit depuis des années. Les subventions promises ne viennent jamais. Les investisseurs fuient. Et les dirigeants, eux, tiennent toujours. « On pourrait tout plaquer» admet François. « Mais on a trop de monde derrière nous. »

Bayat, lui, est plus direct : « Le vrai scandale, ce n’est pas qu’on n’a pas de stade. C’est qu’on n’a pas de plan B. Et que personne ne veut nous aider à en trouver un. »

À Mons, on attend. On regarde. Et on se demande : jusqu’à quand ?

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R Galaxie Rédaction

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