L'Iran plonge le Moyen-Orient dans une crise économique par procuration

Les sanctions indirectes de l'Iran asphyxient l'Irak et le Liban. Pendant ce temps, les pétromonarchies ferment les yeux. La région se divise entre ceux qui résistent et ceux qui s’effondrent.

Publié le 18 octobre 2026 à 16:05
L'Iran plonge le Moyen-Orient dans une crise économique par procuration

Le jour oĂą Bagdad a perdu 3 milliards en une semaine

En mai dernier, la Banque centrale irakienne a annoncé une chute brutale des réserves de change : 3 milliards de dollars partis en fumée en sept jours. Pas à cause d’un krach boursier, ni d’une fuite massive de capitaux. Non : parce que les banques iraniennes, sous le coup des sanctions américaines, ont gelé les virements vers l’Irak. Du jour au lendemain. Les importateurs irakiens, surtout ceux qui dépendent du gaz iranien, se sont retrouvés à court de dollars. Résultat : les prix des médicaments ont explosé, les hôpitaux manquent de matériel, et les Irakiens paient leur facture. Personne ne parle de ça.

Pourtant, c’est le symptôme d’un mécanisme bien plus large. Depuis 2020, l’Iran utilise le conflit comme arme économique, et ses voisins en font les frais. Pas directement, les États-Unis ne bombardent pas les ports saoudiens ou les raffineries émiraties. Non, c’est plus subtil : l’Iran étouffe ses alliés, et ceux-ci étouffent leurs voisins.

Les pétromonarchies jouent les sourds

Vous vous dites peut-être : « Mais les Émirats, l’Arabie saoudite, le Koweït, ils ont des fonds de réserve, non ? » Oui. Et alors ?

Ces pays ne bougent pas. Officiellement, ils condamnent l’Iran. Officieusement, ils continuent d’importer son pétrole au prix cassé, via des circuits opaques. Pourquoi ? Parce que leur modèle économique repose sur deux piliers : le pétrole et le travail migrant. Or, l’Iran est le premier fournisseur de gaz pour l’Arabie saoudite (oui, celle qui bombarde le Yémen et accuse l’Iran de « terrorisme »). Et sans ce gaz, les centrales électriques saoudiennes seraient à l’arrêt. Le choix est simple : soit on paie l’Iran en dollars, soit on fait black-out.

Sauf que ce gaz, l’Iran le facture en rials, une monnaie qui s’effondre. Résultat : les pétromonarchies perdent des milliards en subventions cachées, mais elles ferment les yeux. Parce que c’est moins cher que de diversifier.

Et pendant ce temps, l’Irak et le Liban paient la note.

Le Liban, laboratoire de l’effondrement

À Beyrouth, l’inflation a dépassé 200 %. Le salaire minimum ? 4 dollars par mois. Les hôpitaux fonctionnent au diesel, les médicaments se vendent au poids d’or. Pourquoi ? Parce que le Liban importe 80 % de son électricité… de l’Iran.

Depuis 2019, l’Iran a doublé ses livraisons de gaz au Liban, en échange de… rien. Ou presque. Des promesses politiques, des alliances verbales, des dettes jamais remboursées. Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a même menacé de rompre les relations diplomatiques avec Israël si Téhéran coupait le gaz. Un chantage en règle.

Le pire ? Personne ne veut aider le Liban. La France et l’UE tergiversent. Les États-Unis sanctionnent l’Iran, mais ne proposent aucune alternative énergétique aux pays dépendants. Résultat : le Liban est en train de devenir un État fantôme.

L’Irak, otage d’une guerre par procuration

À Bagdad, le chômage touche 40 % des jeunes. La monnaie locale, le dinar, a perdu 60 % de sa valeur face au dollar en deux ans. Pourquoi ? Parce que l’Irak importe 40 % de son électricité… de l’Iran.

Et là encore, l’Iran dicte sa loi. En 2022, Téhéran a suspendu les livraisons pendant trois mois, le temps que Bagdad accepte de réouvrir le bureau de l’Hezbollah dans la capitale irakienne. Un marché : électricité contre influence politique.

Le gouvernement irakien ? Impuissant. Les milices pro-iraniennes contrôlent les frontières. Les États-Unis ferment les yeux, parce que l’Irak reste un partenaire « utile » contre l’Iran. Bref, tout le monde triche.

Ce que personne ne dit

Voilà le vrai problème : les conflits au Moyen-Orient ne sont plus seulement militaires. Ils sont économiques.

  • L’Iran utilise son gaz et son pĂ©trole comme monnaie d’échange, en contournant les sanctions via des intermĂ©diaires (Syrie, Irak, Liban, YĂ©men).
  • Les pĂ©tromonarchies ferment les yeux, parce que leur survie dĂ©pend de ce gaz bon marchĂ©.
  • L’Occident regarde ailleurs, parce que sanctionner l’Iran, c’est aussi sanctionner ses propres alliĂ©s rĂ©gionaux.
  • L’Irak et le Liban paient la facture, sans filet de sĂ©curitĂ©.

Le plus ironique ? L’Iran ne gagne même pas la guerre. Il gagne juste le temps de saper ses ennemis économiquement, jusqu’à ce qu’ils soient trop faibles pour résister. C’est une stratégie de la lente asphyxie.

Et après ?

À court terme, rien ne va changer. Les pétromonarchies continueront à importer du gaz iranien. L’Irak et le Liban continueront à dépendre de Téhéran. L’Occident n’a pas les couilles de trancher.

Mais à moyen terme, une question se pose : jusqu’à quand les populations iraquiennes et libanaises vont-elles accepter de payer pour une guerre qui ne les concerne pas ?

Parce que voici le vrai danger : quand l’économie s’effondre, les gens se soulèvent. Et cette fois, personne ne pourra dire que c’était « juste une crise économique».

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R Galaxie Rédaction

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