Pourquoi les moustiques ne veulent pas partir cet automne ?
C’est une question que tout le monde se pose, mais à laquelle personne ne donne une réponse claire. Pourtant, les données sont là. Selon l’ARS Bourgogne-Franche-Comté, les signalements de piqûres ont augmenté de 30 % depuis juillet dernier. Pas une hausse marginale. Une vraie poussée. Et pourtant, les solutions traînent. Pourquoi ? Parce que traiter les moustiques, c’est compliqué. Très compliqué.
D’abord, il y a le moustique tigre. Celui qu’on voit partout, avec ses rayures et son agressivité. Il pond ses œufs dans l’eau stagnante, même dans un simple gobelet oublié sur un balcon. La Ville de Besançon a bien lancé des campagnes de sensibilisation, avec des affiches « Éliminez l’eau, éliminez les moustiques ». Sauf que personne ne vérifie vraiment. Les contrôles ? Rares. Les sanctions ? Inexistantes. « On nous dit de vider nos soucoupes, mais qui passe pour s’en assurer ? », lance un riverain du quartier Battant. Personne.
Ensuite, il y a les moustiques communs. Ceux qui viennent des zones humides, des marais, des bords de Doubs. Ceux qu’on ne voit pas, mais qui piquent quand même. Là, c’est encore pire. Parce que pour les éradiquer, il faudrait des moyens lourds : traitement des zones infestées, drainage, peut-être même modification des écosystèmes locaux. « On ne peut pas tout asperger de produit, ça polluerait les rivières », justifie un responsable municipal sous couvert d’anonymat. Traduction : « On ne fait rien. »
Et puis, il y a le climat. Cet été, les températures ont été douces, même en septembre. Résultat : les moustiques ont continué à pondre, à se reproduire, comme si l’automne n’existait pas. « C’est comme si on avait un hiver qui n’en est pas un », résume un biologiste de l’Université de Franche-Comté. Sauf que cette fois, personne ne s’en émeut vraiment. Ni les politiques, ni les associations, ni même les médias locaux. Comme si les moustiques étaient devenus une fatalité.
Pourtant, à Lyon ou à Marseille, les villes dépensent des millions pour lutter contre ces bestioles. Ici, on se contente de communiqués timides et de quelques distributeurs de moustiques électriques dans les parcs. « C’est une blague », lâche un Besançonais excédé. Une blague qui coûte cher en termes de santé publique, d’ailleurs. Parce que oui, les moustiques, ça ne mord pas juste. Ça transmet des maladies. Le chikungunya, la dengue, même la fièvre West Nile dans certains cas. En 2023, la Bourgogne-Franche-Comté a enregistré 12 cas de chikungunya, tous importés. Mais en 2024, avec cette prolifération, qui peut garantir qu’on ne verra pas une transmission locale ? Personne.
La Ville joue les sourds, les habitants s’organisent
Face à l’inaction municipale, certains n’attendent pas. À Besançon, des groupes Facebook se créent, des pétitions circulent. « Moustiques : on en a marre ! » titrent certains posts. Des particuliers achètent des moustiquaires, des répulsifs, des pièges à ultrasons, même si leur efficacité est souvent remise en question. « Je dépense 200 euros par an en produits anti-moustiques, et ça ne suffit même pas », témoigne une habitante du quartier Planoise.
Il y a aussi ceux qui prennent les choses en main. Comme les membres de l’association « Besançon Nature », qui tentent de sensibiliser les riverains aux zones de reproduction. « On va de porte en porte, on montre où l’eau stagne, on propose des solutions », explique une bénévole. Résultat ? « Certains écoutent, d’autres s’en foutent. » La Ville, elle, reste en retrait. « On fait ce qu’on peut avec le budget qu’on a », assure un élu. Traduction : « On fait ce qu’on veut, et c’est peu. »
Pourtant, des solutions existent. À Montpellier, par exemple, la ville a lancé un programme de « désinsectisation ciblée » dans les zones à risque. Avec des résultats. À Besançon, on se contente de distribuer des moustiquaires gratuites… mais sans campagne de communication efficace. « On nous donne des moustiquaires, mais personne ne nous dit comment les installer correctement », râle une mère de famille. Résultat : les moustiques continuent de régner.
Le vrai problème : personne ne veut assumer
Le plus ironique, c’est que la Ville sait ce qu’il faut faire. Elle a même un « Plan anti-moustiques » sur le papier. Sauf que sur le terrain, rien ne bouge vraiment. Pourquoi ? Parce que traiter les moustiques, ça coûte cher. Et ça ne rapporte rien politiquement. « Les électeurs ne votent pas en fonction des moustiques », résume un observateur politique local. « Ils votent pour des sujets qui les touchent directement : le chômage, les transports, les écoles. » Les piqûres de moustique, ça ne fait pas vendre de voix.
Et puis, il y a la question écologique. Les produits anti-moustiques traditionnels sont souvent critiqués pour leur impact sur l’environnement. « On ne peut pas utiliser du DDT comme avant », rappelle un écologiste. « Mais alors, qu’est-ce qu’on fait ? » La réponse est simple : « On ne fait rien. » Ou presque.
Pourtant, il y a des alternatives. Comme les poissons Gambusia, ces petits poissons qui mangent les larves de moustiques. À Besançon, on en a relâché quelques-uns dans les zones humides. « Ça marche, mais c’est insuffisant », admet un agent municipal. « Il faudrait en mettre partout, et ça coûterait une fortune. » Autre solution : les bactéries Bti, qui tuent les larves sans polluer. « On en utilise un peu, mais pas assez », poursuit-il. « Parce que ça demande des moyens, et que personne ne veut les prendre. »
Et cet hiver, alors ?
Alors, cet hiver, qu’est-ce qu’on fait ? On attend ? On se résigne ? À en croire les spécialistes, les moustiques vont encore être là. Peut-être moins nombreux, mais présents. Parce que le réchauffement climatique, ça change tout. « Avant, les moustiques disparaissaient en octobre. Maintenant, ils tiennent jusqu’en novembre, voire décembre », explique un entomologiste. « Et avec le climat qu’on a, ça ne va pas s’arranger. »
Alors, la Ville va-t-elle enfin agir ? Ou va-t-elle continuer à regarder ses habitants se faire bouffer par les moustiques, nuit après nuit ? Une chose est sûre : si rien ne change, l’automne 2025 sera pire que celui-ci. Et personne ne sera surpris.
Parce que voila : à Besançon, les moustiques ne sont pas un problème de santé publique. C’est un problème politique. Et jusqu’à présent, personne n’a voulu en assumer la responsabilité.