Le Mounjaro explose en Belgique, Vandenbroucke bloque le remboursement

Les traitements contre l’obésité cartonnent en Belgique, mais le ministre refuse de les prendre en charge. Résultat : des patients se ruinent, et un marché noir se structure. Pendant ce temps, les labos sourients comptent leurs profits.

Publié le 21 octobre 2026 à 20:03
Le Mounjaro explose en Belgique, Vandenbroucke bloque le remboursement

Le Mounjaro explose en Belgique, Vandenbroucke bloque le remboursement

Il y a deux semaines, Sophie, 42 ans, a payé 1 200 euros pour son troisième mois de Mounjaro. Pas une option, une nécessité. Son médecin généraliste, excédé, lui a balancé : « Si vous voulez maigrir plus de 5 %, c’est ça ou rien. » Sophie a signé. Elle a aussi contracté un prêt personnel. « Je gagne 2 800 euros nets par mois, explique-t-elle au téléphone. Si je saute un mois, je dois choisir entre manger ou payer le loyer. »

Elle n’est pas la seule. En Belgique, les ventes de Mounjaro (de Lilly) et de Wegovy (de Novo Nordisk) ont bondi de 120 % en un an, selon les données de l’Intermutualité. Les pharmacies belges manquent de stocks. Les groupes Facebook dédiés à l’obésité pullulent de témoignages : « J’ai perdu 18 kg en 4 mois », « Mon diabète de type 2 a disparu », « Je ne reconnais plus mon reflet ». Les prix ? Entre 1 000 et 1 500 euros par mois, selon la dose. Sans remboursement.

Pourtant, le ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, a refusé net d’inscrire ces médicaments sur la liste des soins remboursés. Officiellement, « il faut attendre les preuves scientifiques solides ». Officieusement, ses conseillers murmurent que « ça coûterait une fortune à l’État ». Une étude de l’Université de Gand estime le coût annuel à 500 millions d’euros si 10 % des 12 millions de Belges éligibles y avaient droit. Un chiffre que Vandenbroucke ne conteste pas. « Mais qui paiera ? » lance-t-il, comme si la question était rhétorique.

Sauf que la question n’est pas rhétorique. Elle est politique.

Le marché noir des pilules miracles

Sans remboursement, le marché se structure. Des plateformes comme WeightLossBelgium proposent des « packs » à prix réduit, « 20 % de remise pour les abonnés annuels ». D’autres sites, moins scrupuleux, vendent des génériques chinois à 300 euros le mois. « Attention aux contrefaçons », prévient un pharmacien anonyme. « On voit débarquer des gens avec des ordonnances bidon, des comprimés qui ne sont même pas dosés correctement. »

Le pire ? Les labos savent très bien que ça marche. Lilly et Novo Nordisk ont dépensé plus de 2 milliards de dollars en marketing pour ces médicaments aux États-Unis. Résultat : en Floride, le Mounjaro est déjà remboursé pour les patients atteints de diabète de type 2. En Belgique ? On attend. « Les assureurs américains paient, pourquoi pas nous ? » grogne un endocrinologue bruxellois. « Parce que Vandenbroucke a peur des coûts, rétorque un lobbyiste. Et parce que les labos préfèrent vendre cher plutôt que de négocier. »

Le vrai problème n’est pas l’argent. C’est l’arbitraire.

En 2022, la Belgique a remboursé 1,2 milliard d’euros pour des médicaments contre le cholestérol (les statines). Personne ne s’est offusqué. Pourtant, leur efficacité est deux fois moindre que celle du Mounjaro sur la perte de poids, selon The Lancet. « On rembourse des pilules qui sauvent des vies, mais pas celles qui améliorent la qualité de vie ? » s’agace un pneumologue de Liège. « C’est une question de priorités. Et là, les priorités sont biaisées. »

Vandenbroucke invoque aussi « le risque de surprescription ». « On ne veut pas finir comme aux États-Unis, où des gens en prennent pour maigrir de 5 kg avant un mariage », explique un de ses conseillers. Sauf que le risque de surprescription existe déjà, sans remboursement. Les médecins généralistes prescrivent, les patients achètent. Personne ne contrôle les doses, personne ne suit les effets secondaires sur le long terme. « On va droit dans le mur », soupire une diététicienne de Gand.

Les labos jouent avec le feu

Lilly et Novo Nordisk ne bougent pas. Elles misent sur l’urgence. « L’obésité est une épidémie », martèle un porte-parole de Novo Nordisk. « Nos médicaments sauvent des vies. » Sauvent-elles vraiment ? Les études cliniques montrent une perte de poids moyenne de 15 % sur un an, soit l’équivalent d’un régime strict. Mais personne ne parle des effets secondaires : nausées, diarrhées, risques accrus de pancréatite. « On nous vend du rêve, pas de la santé », lance un gastro-entérologue.

Le pire ? Les labos savent que Vandenbroucke ne cédera pas. Alors elles attendent. Elles laissent le marché noir s’organiser. Elles comptent leurs bénéfices. En 2023, Novo Nordisk a enregistré un bénéfice record de 23 milliards de dollars, tirés en partie par le Wegovy. Lilly, elle, vise 10 milliards de dollars de chiffre d’affaires avec le Mounjaro d’ici 2025.

Pendant ce temps, en Belgique, les patients comme Sophie paient. Et se taisent.

Ce que Vandenbroucke ne veut pas voir

Le ministre parle de « preuves scientifiques ». Il oublie un détail : les preuves existent déjà. Le Mounjaro est approuvé par l’EMA depuis 2021. Les études sont publiées. Les résultats sont là. Alors pourquoi cette lenteur ?

Parce que rembourser, c’est aussi reconnaître un problème de société. L’obésité en Belgique touche 1 adulte sur 5. Les coûts indirects (maladies liées, arrêts maladie) dépassent les 3 milliards d’euros par an, selon la KCE. « On préfère ignorer le problème plutôt que de le financer », résume un économiste de la santé.

Vandenbroucke a deux options.

  1. Il attend. Les Belges continuent à se ruiner, les labos continuent à s’enrichir, et l’obésité continue à progresser.
  2. Il cède. Il négocie des prix, il encadre les prescriptions, il évite le marché noir. Et il assume.

Il choisira la première. Parce que c’est plus facile. Parce que ça ne coûte rien politiquement. Parce que personne ne va lui reprocher de ne pas rembourser des pilules à 1 200 euros par mois.

Sauf que les patients, eux, le lui reprocheront. Un jour.

La vraie question n’est pas : « Qui paiera ? »

C’est : « Qui va payer le prix de l’inaction ? »

Les chiffres sont là. Les témoignages aussi. Les labos rigolent. Vandenbroucke tergiverse. Et les Belges, eux, continuent à grossir. Littéralement.

La santé n’a pas de prix. Sauf quand elle en a un.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie