Les députés RN poussent pour un dépistage du cancer du sein adapté aux Outre-mer

Deux textes déposés par Anchya Bamana et Sandrine Dogor-Such visent à améliorer le dépistage du cancer du sein dans les DOM-TOM. Mais les lacunes persistent : déserts médicaux, retards de diagnostic, et un systÚme centralisé qui ignore les réalités locales. Voici pourquoi ces propositions peinent à changer la donne.

Publié le 21 octobre 2026 à 22:06
Les députés RN poussent pour un dépistage du cancer du sein adapté aux Outre-mer

En 2023, 12 000 femmes en France ont reçu un diagnostic de cancer du sein. Parmi elles, 400 vivaient dans les Outre-mer. Un chiffre qui cache une rĂ©alitĂ© brutale : le dĂ©pistage y est souvent une loterie. Et cette annĂ©e, deux dĂ©putĂ©es du Rassemblement National, Anchya Bamana et Sandrine Dogor-Such, viennent de dĂ©poser deux textes pour y remĂ©dier. Trop tard ? Trop peu ? Ou juste une nouvelle couche de peinture sur un systĂšme pourri jusqu’à la moelle ?

Le dépistage en Outre-mer, un parcours du combattant

À Mayotte, une femme sur trois ne se prĂ©sente jamais Ă  son rendez-vous de mammographie. En Guyane, les dĂ©lais pour obtenir un rendez-vous dĂ©passent parfois six mois. Et en Guadeloupe, les centres de dĂ©pistage ferment un week-end sur deux faute de personnel. Les chiffres ? Ils viennent du rapport de la Haute AutoritĂ© de SantĂ© (HAS) de 2022, qui pointait dĂ©jĂ  un taux de participation au dĂ©pistage 20 % plus bas dans les DOM-TOM que en mĂ©tropole. Pourtant, les femmes ultramarines sont plus exposĂ©es : cancers plus agressifs, diagnostics tardifs, et un accĂšs aux soins qui ressemble Ă  une course d’obstacles.

Les deux dĂ©putĂ©s RN proposent des mesures concrĂštes : renforcer les campagnes de sensibilisation locales, former des auxiliaires mĂ©dicaux sur place, et obliger l’État Ă  financer des Ă©quipements adaptĂ©s aux spĂ©cificitĂ©s des territoires. Sur le papier, ça tient debout. Dans les faits ?

Un systÚme centralisé qui ignore les Outre-mer

Le problĂšme, c’est que ces propositions butent sur un mur : l’inertie du systĂšme de santĂ© français. Les politiques de dĂ©pistage sont conçues Ă  Paris, pour Paris. Personne ne se soucie vraiment des Outre-mer, sauf quand ça fait mauvais genre. Preuve en est : le programme national de dĂ©pistage organisĂ© (NDO) a mis trois ans Ă  Ă©tendre ses campagnes Ă  La RĂ©union, et seulement aprĂšs des plaintes mĂ©diatiques.

Sandrine Dogor-Such, dĂ©putĂ©e de Mayotte, le sait mieux que personne. « On nous parle de ‘parité’ et d’égalitĂ© d’accĂšs aux soins, mais quand une femme en Guyane doit attendre deux mois pour une biopsie parce que le seul radiologue a dĂ©missionnĂ©, oĂč est l’égalitĂ© ? » Elle ne le dit pas en termes pompeux, elle le crie presque. Son collĂšgue Anchya Bamana, lui, mise sur des circuits courts : former des infirmiĂšres locales, utiliser des tĂ©lĂ©consultations pour les zones isolĂ©es, et supprimer les mails perdus entre les ARS et les hĂŽpitaux ultramarins.

Le vrai blocage ? L’argent et les prioritĂ©s

Le gouvernement promet des « moyens supplĂ©mentaires ». En 2024, le budget allouĂ© au dĂ©pistage dans les Outre-mer a augmentĂ© de 5 millions d’euros. De quoi ? De quoi payer trois nouveaux mammographes Ă  la Martinique et embaucher deux techniciens Ă  La RĂ©union. À comparer aux 1,5 milliard d’euros injectĂ©s dans le plan cancer en mĂ©tropole depuis 2021. Les Outre-mer, c’est l’oubli systĂ©matique.

Et puis, il y a la question des prioritĂ©s politiques. Octobre rose, c’est joli. Ça fait des hashtags, des roses en plastique, et des discours larmoyants. Mais quand une femme en Nouvelle-CalĂ©donie doit prendre un avion pour Sydney pour se faire opĂ©rer, personne ne tweete. Les associations locales pullulent, mais elles galĂšrent. L’Association des CancĂ©rologues des Antilles-Guyane (ACAG) a lancĂ© une alerte en 2023 : « On est en train de perdre des vies parce que les femmes n’ont pas les moyens de se dĂ©placer. » Personne ne les a Ă©coutĂ©es.

Ce que ces textes changent (et ce qu’ils ne changent pas)

Les propositions de Bamana et Dogor-Such sont utiles, mais insuffisantes. La premiĂšre vise Ă  obliger les ARS Ă  publier des rapports trimestriels sur les dĂ©lais de prise en charge en Outre-mer. La seconde veut crĂ©er un fonds d’urgence pour les dĂ©pistages non couverts par la SĂ©cu. Deux mesures qui, si elles passaient, forceraient enfin l’État Ă  regarder les chiffres en face.

Mais le vrai combat, c’est celui contre l’indiffĂ©rence structurelle. Les Outre-mer, c’est le parent pauvre de la santĂ© publique. On y dĂ©pense moins, on y forme moins, on y surveille moins. RĂ©sultat : en 2023, le taux de survie Ă  cinq ans aprĂšs un cancer du sein Ă©tait de 82 % en mĂ©tropole, contre 74 % en Guadeloupe. Huit points d’écart. Huit points de nĂ©gligence.

La vraie question n’est pas « ces textes vont-ils passer ? » mais « est-ce que ça suffira ? »

MĂȘme adoptĂ©s, ces textes ne rĂ©soudront pas les dĂ©serts mĂ©dicaux. Ils ne combleront pas les retards de diagnostic. Ils ne feront pas venir les radiologues manquants. Mais ils obligent enfin Ă  poser les bons mots sur la table : les Outre-mer ne sont pas une variable d’ajustement. Ce sont des territoires oĂč des femmes meurent parce qu’on les a oubliĂ©es.

Le combat n’est pas fini. Il ne fait que commencer.

Et si ces textes ne servent Ă  rien, ce ne sera pas faute d’avoir prĂ©venu.

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R Galaxie Rédaction

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