La Team du Château s’effondre, Mounim Sabhi derrière les barreaux

Après 48 heures de garde à vue, le fondateur de la Team du Château est incarcéré pour « abus de faiblesse ». Un coup dur pour l’influenceur, mais surtout un révélateur : comment un empire bâti sur l’image et la confiance s’écroule en quelques jours. Le procès à venir pourrait tout changer.

Publié le 24 septembre 2026 à 06:02
La Team du Château s’effondre, Mounim Sabhi derrière les barreaux

L’argent qui n’existait pas, ou presque

En 2020, la Team du Château affichait un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros, selon Les Échos. Un chiffre qui sonnait comme une victoire pour un empire né il y a dix ans, quand Sabhi, alors jeune entrepreneur ambitieux, promettait à des centaines de jeunes de les aider à « percer » dans le digital. Le modèle ? Des formations payantes, des mentorat VIP, des accès à des « réseaux » exclusifs. Le tout avec une touche de marketing agressif : « Si tu ne sautes pas le pas maintenant, tu vas regretter. » Sauf que les « opportunités » promises à certains participants, stages non rémunérés, contrats flous, promesses de commissions jamais versées, ressemblaient souvent à du travail gratuit pour la Team. Et que les « formations » coûtaient parfois jusqu’à 10 000 euros, sans garantie de retour sur investissement.

Pourtant, personne n’a bronché. Pas les plateformes qui hébergeaient les lives, pas les influenceurs qui relayaient les pubs, pas même les autorités qui surveillent les dérives dans le secteur du coaching. Jusqu’à ce que trois anciens associés, dont deux ont porté plainte, dénoncent un système où les participants étaient exploités. L’un d’eux, contacté par Mediapart, parle d’un « montage » où les sommes collectées servaient d’abord à financer le train de vie de Sabhi, villas à Deauville, jets privés, voitures de luxe, avant d’être « réinvesties » dans des projets qui, souvent, n’existaient que sur papier. Les gendarmes ont saisi des documents lors de la perquisition : des contrats signés en toute hâte, des échanges de messages où Sabhi minimisait les plaintes (« Ils exagèrent, c’est normal dans ce business »), et surtout, des preuves que certains participants avaient été poussés à emprunter pour payer des formations qu’ils ne pourraient jamais rentabiliser.

Et puis il y a l’histoire de Karim, 28 ans. Il a versé 8 000 euros en 2021 pour intégrer un « programme accélérateur ». Trois mois plus tard, il se retrouvait sans travail, sans formation suivie, et avec une dette. Quand il a réclamé son argent, on lui a répondu qu’il devait « patienter ». Il a patienté. Un an. Puis deux. Jusqu’à ce qu’il porte plainte, comme d’autres. Leurs témoignages, selon nos informations, ont été déterminants dans l’ouverture de l’enquête.

L’influenceur qui jouait avec le feu

Sabhi n’est pas le premier à tomber dans ce piège. Mais il est peut-être le plus visible. Parce qu’il a su jouer sur deux tableaux : celui de l’entrepreneur charismatique, et celui de l’influenceur accessible. Ses lives, ses posts, ses interviews, tout était calculé pour donner l’impression d’une proximité, d’une transparence. « Moi, je suis comme vous, je me suis battu pour en arriver là. » Sauf que la réalité était bien différente. Derrière les sourires et les discours motivants, se cachait un homme qui, selon les plaintes, a manipulé la vulnérabilité de ses « élèves » pour les faire travailler gratuitement, les endetter, ou leur faire signer des contrats abusifs.

Le pire ? Beaucoup ont cru en lui. Pas seulement les jeunes en quête de sens, mais aussi des investisseurs, des partenaires, des médias. Parce que Sabhi a su monter un récit : celui du self-made-man qui défie les règles. Ses détracteurs diront qu’il a construit un château de cartes sur du vent. Ses défenseurs, qu’il a été la victime d’un système qui broie les ambitieux. La justice tranchera. Mais une chose est sûre : quand un empire s’écroule, ce n’est jamais à cause d’un seul homme. C’est parce que tout le monde a fermé les yeux.

Ce que la détention provisoire révèle

La garde à vue, puis la détention provisoire, c’est le signe que l’État a enfin décidé de regarder de plus près. Pas par hasard : les plaintes pour « abus de faiblesse » sont rares, et leur traitement encore plus lent. Pourtant, le phénomène existe. En 2022, la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) a recensé 1 245 signalements liés à des dérives dans les formations en ligne, dont 38 % concernaient des pratiques commerciales trompeuses. Mais combien de Mounim Sabhi se cachent derrière des noms moins médiatisés ? Combien de jeunes ont été arnaqués sans que personne ne s’en aperçoive ?

Le cas de Sabhi est un miroir grossissant de ce qui pourrit dans le secteur du coaching et de l’influence. Des plateformes qui monétisent la précarité, des algorithmes qui poussent les plus désespérés vers des promesses creuses, et des régulateurs qui tardent à agir. Parce que sanctionner un influenceur, c’est aussi admettre que le système a échoué à protéger ceux qui en avaient le plus besoin.

Et maintenant ?

Sabhi pourrait être libéré sous contrôle judiciaire d’ici quelques semaines. Ses avocats parleront de « montages juridiques complexes », de « malentendus », de « procédures abusives ». Ses détracteurs, eux, attendront le procès pour entendre les témoignages des victimes. Une chose est sûre : la Team du Château ne sera plus jamais la même. Les formations ont été suspendues, les partenariats gelés, et l’image de marque, déjà fragilisée, est en lambeaux.

Pour les jeunes qui rêvaient encore de percer grâce à lui, il est trop tard. Pour ceux qui ont tout perdu en suivant ses conseils, la justice pourrait enfin leur donner raison. Mais pour le reste de l’écosystème des influenceurs et des coachs, une question reste en suspens : combien de temps faudra-t-il avant que le prochain Mounim Sabhi ne se lève, avec un nouveau sourire et une nouvelle promesse ?

La réponse, hélas, dépendra de nous tous.

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R Galaxie Rédaction

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