La Ville a perdu, mais personne ne s’en réjouit vraiment
La décision tombe comme un couperet administratif. La Cour d’appel rejette la demande de Montréal d’annuler l’interdiction de démanteler le campement du Mile End. Officiellement, c’est une question de procédure : la Ville n’a pas respecté les délais pour obtenir un mandat judiciaire. Officieusement ? Personne ne croit que c’est la seule raison. Le campement existe depuis des années. Les élus ont voté des motions, signé des lettres, organisé des rondes de police. Rien n’y a fait. Pourquoi cette fois-ci, ça changerait ?
Le problème, c’est que la Ville n’a jamais eu de stratégie. Juste des coups de gueule. En 2021, le maire Plante promettait de « nettoyer » les rues. En 2022, le service des travaux publics envoyait des camions pour enlever les tentes… avant que les résidents ne les réinstallent le lendemain. En 2023, la SPVM multipliait les « opérations de sensibilisation », un euphémisme pour dire : on fait semblant d’agir. Résultat : le campement du viaduc Van Horne est toujours là. Et la Cour d’appel vient de rappeler à la Ville une vérité simple : on ne démantèle pas un campement sans solution de rechange.
Pourtant, la Ville refuse d’en parler. Pas un mot sur les logements sociaux, pas un chiffre sur les places disponibles, pas une piste pour reloger ceux qui veulent partir. Juste des communiqués qui parlent de « sécurité publique » et de « qualité de vie ». Comme si les itinérants étaient des parasites, pas des humains avec des droits. La Cour d’appel a tranché : sans preuve que la Ville a des alternatives, elle ne peut pas ordonner un démantèlement. C’est une victoire pour les résidents du campement. Une défaite pour l’hypocrisie municipale.
Le chiffre qui résume tout : 1 200
C’est le nombre de personnes sans-abri à Montréal en 2023, selon le dernier décompte officiel de la Ville. Un chiffre qui monte chaque année, mais que personne ne semble vouloir commenter. Pourtant, il explique tout. Si la Ville ne peut pas démanteler les campements, c’est parce qu’elle n’a pas les moyens de le faire. Pas les logements, pas l’argent, pas la volonté politique.
Prenez le campement du viaduc Van Horne. Il y a une vingtaine de personnes là-dedans. Vingt personnes sur 1 200. Si la Ville arrivait à les reloger, ça ne changerait presque rien au problème global. Mais elle ne le fait pas. Pourquoi ? Parce que c’est plus facile de pointer du doigt les « squatteurs » que d’admettre que le système est en panne.
En 2022, la Ville a dépensé 12 millions de dollars en « interventions urbaines », des rondes de police, des nettoyages, des panneaux « Zone interdite ». 12 millions. Pour quoi ? Pour déplacer des tentes d’un endroit à l’autre ? Pour donner l’illusion d’agir ? Pendant ce temps, le nombre de sans-abri continue d’augmenter. La Cour d’appel a juste rappelé ce que tout le monde sait : dépenser des millions pour chasser des gens sans leur donner de solution, c’est de la malhonnêteté intellectuelle.
Le vrai combat : celui des avocats et des médias
Ce qui est ironique, c’est que la Ville a perdu ce procès parce qu’elle a mal joué. Pas parce que la justice était de leur côté. Les avocats de la défense des résidents du campement ont utilisé un argument simple : la Ville n’a pas le droit de démanteler un campement sans offrir une alternative. La Cour d’appel a validé leur raisonnement. Pas par idéalisme, mais par logique juridique.
Le problème, c’est que ce genre de procès, ça coûte cher. Très cher. La Ville a déjà dépensé des dizaines de milliers de dollars en frais d’avocats pour essayer de faire démanteler ce campement. Des dizaines de milliers. Pour un résultat nul. À un moment donné, il faut choisir : soit on dépense cet argent pour des logements, soit on le gaspille en procédures inutiles.
Et puis il y a les médias. Personne ne parle vraiment de cette histoire. Pas comme on parle des émeutes, pas comme on parle des crimes. Juste des petits articles en page locale, des dépêches rapides. Comme si le sort des sans-abri était une question secondaire. Pourtant, c’est une question centrale. Si la Ville ne peut pas démanteler les campements, c’est parce que personne ne veut assumer la responsabilité de leur existence.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
La Cour d’appel a rejeté la demande de Montréal. Techniquement, le campement du viaduc Van Horne peut rester en place. Mais ça ne veut pas dire que la Ville va baisser les bras. Elle va trouver un autre prétexte. Un autre procès. Une autre opération de nettoyage. Parce que le vrai problème, ce n’est pas le campement. C’est l’absence de solution.
Ce qui ne changera pas, c’est la réalité des itinérants. Ils continueront à dormir sous des tentes, dans des parcs, sous des viaducs. Parce que la Ville n’a pas les logements. Parce que les programmes d’aide sont saturés. Parce que personne ne veut vraiment régler le problème.
Ce qui pourrait changer, c’est la pression politique. Si la Cour d’appel bloque les démantèlements, ça signifie une chose : la Ville doit enfin assumer ses responsabilités. Construire des logements. Trouver des solutions. Arrêter de faire semblant.
Mais pour ça, il faudrait que quelqu’un ait le courage de dire la vérité. Pas celle des communiqués de presse, pas celle des discours électoraux. La vérité, c’est que Montréal a un problème de sans-abrisme. Et qu’elle refuse de le reconnaître.
La dernière question, celle qu’on n’ose pas poser
Pourquoi la Ville dépense-t-elle des millions pour chasser des gens, alors qu’elle ne dépense presque rien pour les loger ?
La réponse est simple : parce que c’est plus facile de pointer du doigt les sans-abri que de s’attaquer aux vraies causes du problème. Le manque de logements abordables. La précarité économique. L’absence de politiques sociales ambitieuses. Tout ça, c’est compliqué. Chasser des tentes, c’est simple.
La Cour d’appel a rendu son verdict. Le campement reste. La Ville va faire semblant de se battre. Les médias vont oublier l’histoire. Et les itinérants ? Ils seront toujours là. Parce que personne ne veut vraiment les voir.
C’est comme ça que ça marche, à Montréal.