Le Conseil de sécurité relance la MINURSO sans rien changer

Jeudi, le Conseil de sécurité discute à nouveau de la MINURSO, la mission onusienne au Sahara occidental. Mais les blocages persistent, et Rabat joue toujours la montre. Voici pourquoi cette réunion est un leurre.

Publié le 3 octobre 2026 à 08:01
Le Conseil de sécurité relance la MINURSO sans rien changer

Le 26 juin, à 15h30, les 15 membres du Conseil de sécurité vont se retrouver autour d’une table pour évoquer la MINURSO. Encore. Depuis 2019, ils organisent ces consultations tous les six mois, comme un rituel. Sauf que rien ne bouge. Pourtant, cette fois, l’enjeu est différent : l’Algérie, qui soutient le Front Polisario, a menacé de geler les négociations si le Maroc ne lâche pas du lest. Rabat, lui, campe sur ses positions. Et l’ONU, coincée entre les deux, fait semblant d’avancer.

Pourquoi cette réunion est un coup d’épée dans l’eau

Le Conseil de sécurité n’a pas de pouvoir contraignant sur le Sahara occidental. Il peut voter des résolutions, mais il ne peut pas imposer quoi que ce soit. La MINURSO, cette mission de maintien de la paix créée en 1991, dépend des contributions volontaires des États membres. Résultat : son budget est souvent en retard, ses effectifs sous-dimensionnés, et ses mandats renouvelés sans jamais être vraiment discutés. En 2023, selon un rapport interne de l’ONU obtenu par Le Monde, la mission manquait de 30 millions de dollars pour fonctionner correctement. Personne n’a bronché.

Cette fois, l’Algérie a sorti l’artillerie lourde. Le 12 juin, son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, a prévenu : « Si le Maroc continue à bloquer les négociations, nous allons geler toute coopération avec l’ONU. » Une menace qui tombe à plat. Pourquoi ? Parce que le Maroc, lui, a les moyens de faire pression autrement. Il contrôle 80 % du territoire du Sahara occidental, il a une armée bien équipée, et il peut compter sur le soutien sans faille des États-Unis, de la France et de l’Espagne. L’Algérie, elle, est isolée. Même la Russie, qui a toujours soutenu le Polisario, semble moins enthousiaste depuis l’invasion de l’Ukraine.

Le vrai jeu : qui tient le plus longtemps ?

Le Maroc mise sur l’usure. Depuis 1975, il attend que le monde oublie le référendum d’autodétermination promis par l’ONU. En 2020, il a organisé un référendum bidon dans les territoires qu’il contrôle, avec 85 % de participation… et zéro reconnaissance internationale. Le Front Polisario, lui, attend depuis des décennies que la communauté internationale tienne ses promesses. Sauf que personne ne veut vraiment trancher.

Pourtant, il y a un détail qui change la donne. En 2023, le Maroc a signé un accord de libre-échange avec l’Union européenne. Un accord qui passe par le Sahara occidental, considéré comme un territoire non autonome par l’ONU. L’UE a fermé les yeux. Pourquoi ? Parce que le Maroc est un partenaire économique trop important. Résultat : le statu quo arrange tout le monde. Sauf les Sahraouis.

Ce que personne ne veut admettre

La MINURSO est une mission fantôme. Ses casques bleus ne patrouillent plus vraiment, ses observateurs sont cantonnés à Laâyoune et Dakhla, et ses rapports sont de plus en plus édulcorés. En 2022, un rapport confidentiel de l’ONU a révélé que les violences entre le Maroc et le Polisario avaient augmenté de 40 % depuis 2020. Personne n’en parle.

Pourtant, il y a un nom qui revient souvent dans les couloirs de l’ONU : Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Sahara occidental. Depuis 2017, il court après une solution qui n’existe pas. En 2021, il a proposé un plan en trois étapes : autonomie sous souveraineté marocaine, référendum sous supervision onusienne, puis intégration progressive. Le Maroc a dit non. Le Polisario aussi. De Mistura a souri et a repris la route.

La vraie question n’est pas « Qui a raison ? » mais « Qui va craquer le premier ? »

L’Algérie est à bout de ressources. Le Maroc, lui, a les moyens de tenir encore des années. L’ONU, coincée entre les deux, continue de faire semblant de travailler. Les Sahraouis, eux, attendent toujours.

Jeudi, le Conseil de sécurité va voter une nouvelle résolution pour prolonger le mandat de la MINURSO. Encore. Comme d’habitude. Personne ne s’étonnera. Personne ne protestera. Et le Sahara occidental restera ce territoire fantôme, où personne ne décide vraiment de rien.

Sauf que cette fois, il y a un détail qui cloche. Les États-Unis ont changé de ton. En mars 2024, le secrétaire d’État Antony Blinken a déclaré que « la situation au Sahara occidental reste préoccupante ». Une première. Pourquoi ce revirement ? Parce que le Maroc a commencé à jouer avec le feu. En mai, il a annoncé la construction de 11 nouvelles villes dans les territoires contestés. Une provocation. Et si Washington décide de ne plus fermer les yeux ?

Ce qui se joue vraiment à New York

Ce n’est pas la MINURSO qui est en jeu. C’est le Maroc. Depuis que les États-Unis ont reconnu en 2020 la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, Rabat a tout pour gagner. Sauf que la Chine et la Russie, deux membres permanents du Conseil de sécurité, commencent à s’impatienter. La Chine, parce qu’elle veut que l’ONU reste une machine à décisions consensuelles. La Russie, parce qu’elle n’aime pas que les États-Unis dictent leur loi au Conseil de sécurité.

Si les choses dégénèrent, le Maroc pourrait se retrouver isolé. Pas demain. Pas dans six mois. Mais un jour.

En attendant, jeudi, les 15 membres du Conseil de sécurité vont discuter. Ils vont voter. Et puis ils vont rentrer chez eux. Comme d’habitude.

Sauf que cette fois, quelque chose a bougé. Et personne ne sait encore ce que ça va donner.

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R Galaxie Rédaction

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