Pourquoi la RDC brûle encore son argent au diesel

Les géants miniers congolais pourraient économiser 1 milliard de dollars par an en passant à l’électricité propre. Pourtant, ils continuent de payer le diesel. Voici pourquoi ça ne changera pas demain. Et ce que ça révèle sur leur vrai modèle économique.

Publié le 8 octobre 2026 à 08:13
Pourquoi la RDC brûle encore son argent au diesel

Pourquoi la RDC brûle encore son argent au diesel

Un chiffre, d’abord : 1 milliard de dollars par an. C’est ce que les mines de cuivre de la RDC pourraient économiser en remplaçant leurs groupes électrogènes diesel par une source d’énergie stable. Selon un dirigeant de Trafigura, ce n’est pas une utopie, mais une équation basique. Pourtant, personne ne bouge. Pas les exploitants, pas le gouvernement, pas les bailleurs internationaux. Juste des rapports qui s’empilent et des promesses qui traînent.

La ceinture du cuivre congolaise, cette bande de richesses qui s’étire entre Lubumbashi et Kolwezi, est un monstre à deux têtes : elle produit 70 % du cuivre de l’Afrique, mais elle gaspille des centaines de millions en carburant pour alimenter des usines qui n’auraient même pas besoin de ces moteurs si le réseau électrique tenait debout. Les groupes électrogènes tournent en permanence. Pourquoi ? Parce que l’État ne garantit pas la fourniture d’électricité, et que les compagnies minières, elles, ne veulent pas dépendre d’un système public pourri.

Le business du diesel, ce silence complice

Trafigura, ce géant suisse du commerce des matières premières, a sorti un rapport il y a quelques mois. Le message était clair : le diesel, c’est du fric qui part en fumée. Pas seulement pour les mines, mais pour tout le pays. La RDC importe 40 % de son diesel pour couvrir ses besoins énergétiques, dont une grosse partie finit dans les moteurs des exploitations. Résultat : des factures astronomiques, une pollution qui étouffe les villes, et une dépendance qui handicape toute velléité de développement local.

Pourtant, les solutions existent. Des barrages hydroélectriques inutilisés traînent depuis des décennies. Des centrales solaires pourraient être montées en quelques mois. Même les vieux réseaux miniers, si on les modernisait, tiendraient le coup. Mais personne ne s’en préoccupe vraiment.

Pourquoi ? Parce que le diesel, c’est l’assurance d’un profit immédiat. Pas besoin d’attendre des années pour qu’un barrage soit construit. Pas besoin de négocier avec des fonctionnaires corrompus ou des bureaucrates lents. Le diesel, tu l’achètes, tu le brules, et l’électricité arrive. Sauf que ça coûte une fortune.

Et puis, il y a le lobbying. Les compagnies pétrolières qui vendent le carburant, les transporteurs qui en vivent, les intermédiaires qui touchent leur commission… Tout le monde a intérêt à ce que le statu quo dure. Même les mines, au fond, préfèrent payer cash plutôt que de s’embêter avec des contrats d’électricité publique, où les coupures et les factures impayées sont la norme.

L’État congolais, ce fantôme énergétique

La Gécamines, la société minière d’État, possède encore des actifs majeurs dans la région. Elle pourrait, théoriquement, pousser pour une électrification propre. Mais elle n’a ni les moyens ni la volonté.

En 2023, la Gécamines a enregistré des pertes de 1,2 milliard de dollars. Un trou noir. Alors oui, elle pourrait investir dans des infrastructures, mais à quoi bon ? Son premier problème, c’est de survivre. Les mines privées, elles, ont les moyens, mais pas l’intérêt. Leur priorité, c’est le cuivre, pas l’électricité. Et puis, qui va leur garantir que le réseau tiendra le coup ?

Le gouvernement, lui, est dans le même bateau. La RDC a un déficit énergétique chronique. Les promesses de grands projets (comme le méga-barrage d’Inga III) traînent depuis des années. Personne ne croit plus aux délais. Alors les mines continuent de payer le diesel, et le pays continue de saigner.

Ce que personne ne dit sur les 1 milliard manquants

1 milliard de dollars par an. C’est l’équivalent du budget santé du Congo.

Si ces économies étaient réalisées, elles pourraient :

  • Financer des hôpitaux dans les zones minières, où les maladies liées à la pollution (asthme, cancers) explosent.
  • Rebâtir des routes qui pourrissent faute d’entretien, parce que l’argent part en carburant.
  • Former des ingénieurs locaux au lieu d’importer des techniciens étrangers à prix d’or.

Mais personne ne parle de ça. Parce que ces économies, elles ne profiteraient à personne.

Les mines ? Elles préfèrent garder leur marge sur le diesel. Le gouvernement ? Il n’a pas les reins assez solides pour imposer un changement. Les bailleurs internationaux ? Ils ont d’autres priorités (lutter contre la corruption, par exemple, mais sans jamais toucher aux contrats pétroliers).

Le vrai problème n’est pas le diesel, c’est le système

Trafigura a raison sur un point : le diesel, c’est un gaspillage. Mais le vrai problème, c’est que personne ne veut vraiment régler le fond. Parce que ça remettrait en cause des intérêts bien plus gros que l’électricité.

  • Les mines privées ne veulent pas dépendre d’un État instable. Alors elles paient cash, et elles s’en foutent des conséquences.
  • Les compagnies pétrolières voient d’un mauvais œil une transition vers des énergies locales qui les priveraient d’un marché captif.
  • Les politiques locaux préfèrent les promesses électorales aux réformes structurelles. Un nouveau barrage, ça prend 10 ans. Un groupe électrogène, ça marche demain.

Alors on attend. On attend que les prix du diesel montent encore. On attend que les coupures deviennent si fréquentes que même les mines n’auront plus le choix. On attend que la population, étouffée par la pollution, commence à manifester. Et en attendant, l’argent continue de couler.

La RDC paiera toujours le prix de son cuivre

La ceinture du cuivre congolaise est un joyau. Mais comme tous les joyaux mal exploités, il finit par se ternir. Les 1 milliard de dollars économisables chaque année, ce n’est pas une aubaine, c’est un symptôme.

Symptôme d’un pays qui ne maîtrise pas ses ressources, d’un secteur minier qui privilégie le court terme, et d’un État qui n’a ni la volonté ni les moyens de changer la donne.

Trafigura a raison de pointer le gaspillage. Mais la vraie question, c’est : qui va forcer les acteurs à regarder plus loin que le prochain trimestre ?

Pas les mines. Pas l’État. Alors peut-être que ce sera la rue. Ou peut-être que la RDC continuera à brûler son argent… jusqu’à ce qu’il n’en reste plus.

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R Galaxie Rédaction

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