50 milliards d'euros en trop sur les livrets fermés

Le Livret A est plein. Les Français délaissent un rendement à 3 % pour des comptes à 5,25 %. Revolut en profite, mais les pièges ne manquent pas. Voici pourquoi cette ruée cache un risque bien plus gros que les taux.

Publié le 8 octobre 2026 à 10:06
50 milliards d'euros en trop sur les livrets fermés

Le Livret A est mort, vive les comptes à 5,25 % ? Pas si simple.

En 2023, la Banque de France a recensé 1,2 milliard d’euros bloqués sur des Livrets A pleins. Les détenteurs, eux, continuent d’épargner. Résultat : ils se tournent vers des alternatives comme le compte épargne de Revolut, qui propose 5,25 % brut pendant quatre mois. Un taux qui fait rêver, surtout quand le Livret A stagne à 3 %. Sauf que derrière ce chiffre, il y a une faille : ces comptes ne sont pas garantis par l’État. Et ça, personne ne le rappelle assez fort.

Pourquoi les Français fuient le Livret A ?

La raison est simple : l’argent dort. Depuis 2022, les taux du Livret A n’ont pas bougé. Pourtant, l’inflation, elle, a grignoté 6 % en un an (source : INSEE, 2023). Un Français qui met 10 000 € sur un Livret A en 2020 les voit fondre à 7 000 € en pouvoir d’achat. Le compte épargne de Revolut, lui, offre un rendement douze fois supérieur sur une période limitée. Assez pour attirer.

Mais attention : ces 5,25 %, c’est brut. Après impôts, ça tombe à 3,5 % net (pour les 30 % de prélèvement forfaitaire). Toujours mieux que le Livret A, mais pas de quoi crier au miracle. Surtout quand on sait que Revolut ne propose pas de garantie des dépôts au-delà de 100 000 € par client (contre 100 % pour le Livret A jusqu’à 100 000 €).

Revolut, le nouveau roi des taux… avec un gros point faible

Revolut mise sur la simplicité : pas de frais, un taux attractif, et une app qui marche bien. Le problème ? Personne ne vérifie qui est derrière ces promos. En 2022, la FCA (l’autorité britannique des marchés financiers) a sanctionné Revolut pour manquements dans la transparence des risques. En France, l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel) surveille, mais les comptes étrangers échappent souvent à leur radar.

Et puis, quatre mois à 5,25 %, c’est une aubaine… jusqu’à ce que ça s’arrête. Après, Revolut propose un taux variable, souvent bien inférieur. Les clients qui ne renouvellent pas se retrouvent avec un compte courant à 0,5 %. Pas de quoi faire des étincelles.

Ce que les banques traditionnelles ne disent pas

Les banques en ligne comme Revolut, N26 ou Trade Republic jouent la carte de l’agilité. Elles misent sur l’urgence des taux pour attirer les épargnants. Le problème ? Elles ne sont pas tenues aux mêmes règles que les banques classiques.

Prenez l’exemple de Boursorama : leur Livret Zesto offre 3 % net, garanti par l’État. Moins que Revolut sur le papier, mais sans risque de perte. Pourtant, Boursorama ne fait pas la une des médias. Pourquoi ? Parce que les taux élevés, ça se vend mieux que la sécurité.

Et puis, il y a l’effet de mode. En 2023, les comptes à taux boostés se sont multipliés (Orange Bank, Fortuneo…). Mais en 2024, certains ont déjà baissé leurs offres. Les épargnants qui ont cru au coup d’après se retrouvent avec des rendements médiocres.

Le vrai piège : l’argent qui dort ailleurs

Le plus gros risque ? Ces comptes ne sont pas conçus pour l’épargne longue durée. Revolut, c’est bien pour parquer son argent temporairement, pas pour le faire fructifier sur 10 ans. Si vous y mettez 50 000 €, vous dépendez uniquement de la santé financière de Revolut.

Or, en 2023, la néobanque a perdu 1,3 milliard d’euros (source : Financial Times). Pas de quoi paniquer, mais assez pour se demander : et si demain, Revolut décide de baisser ses taux à 0,1 % ?

Le Livret A, lui, ne bouge pas. Même à 3 %, c’est sûr et stable. Le compte épargne de Revolut, c’est du rendement à court terme, mais avec un risque invisible.

Alors, faut-il suivre la foule ?

Si vous avez moins de 100 000 € à placer et que vous voulez un coup de pouce temporaire, Revolut peut dépanner. Mais si vous épargnez pour un projet à long terme (retraite, immobilier), le Livret A reste la solution la plus sûre.

Et surtout, ne misez pas tout sur un taux promotionnel. Parce que quand la musique s’arrête, ceux qui ont trop dansé se retrouvent avec des rendements de misère.

La dernière question : et après ?

Les Français vont continuer à chercher des taux élevés. Les néobanques vont continuer à en proposer. Mais personne ne parle de ce qui se passe quand ces taux tombent.

Le vrai problème, ce n’est pas le Livret A à 3 %. C’est que personne ne prépare les épargnants à l’après-promotion. Et quand les taux chuteront, ceux qui auront tout mis sur Revolut ou ses concurrents devront se débrouiller seuls.

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R Galaxie Rédaction

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