Emmenbrücke expose la folie des trains et des microvoitures
Un matin comme les autres, ou presque. À Emmenbrücke, sur la ligne Lucerne-Berne, un passager a découvert ce qu’il n’aurait jamais dû voir : une microvoiture électrique, modèle Renault Twizy, garée dans un wagon de train. Non pas rangée sur un parking, non pas dans un garage, mais à l’intérieur du véhicule, entre les sièges et les bagages. Comme si quelqu’un avait décidé que le CFF était le meilleur endroit pour stationner un engin qui ne devrait même pas exister sur les rails.
Le problème ? Personne ne sait qui a eu cette idée.
Un engin qui n’a pas sa place, même dans un train
Le Twizy, ce petit bolide à deux places conçu pour la ville, pèse à peine 500 kg. Assez pour circuler en zone piétonne, assez pour polluer moins qu’un vélo électrique, mais assez pour quoi que ce soit dans un wagon de train ? Non. Surtout pas.
Pourtant, c’est bien là que ce véhicule s’est retrouvé. Coincé entre deux rangées de sièges, comme un jouet oublié par un enfant capricieux. Les passagers ont d’abord cru à une blague. Puis à une erreur. Enfin, à une provocation.
« On a d’abord pensé à un canular, raconte un témoin sous couvert d’anonymat. Mais quand on a vu la plaque d’immatriculation, on a compris que c’était réel. Et là, la question était : mais comment ? »
La réponse ? Personne ne la connaît.
Le CFF, interrogé, évoque « un incident isolé ». Les autorités de transport parlent de « vérifications en cours ». Quant au propriétaire du véhicule, il a disparu des radars. Comme si tout le monde avait intérêt à faire semblant de ne pas voir.
Pourtant, un détail saute aux yeux : le Twizy n’est pas fait pour les trains.
Les règles ? Elles n’existent pas, ou presque
En Suisse, le transport de véhicules dans les trains est encadré. En théorie.
« Un véhicule doit être démonté, sécurisé, et souvent payant en supplément », rappelle la brochure officielle des CFF. Sauf que le Twizy, lui, n’a ni été démonté, ni sécurisé, ni payé.
Alors comment a-t-il passé les contrôles ?
Deux hypothèses. La première : un passager l’a glissé dans son bagage, comme on cacherait un sac de sport. La seconde, plus inquiétante : quelqu’un a payé pour le transporter, mais sans que personne ne vérifie ce qu’il y avait dedans.
« C’est comme si on vous disait : ‘Passez votre voiture dans ce camion, on ne regarde pas.’ Sauf que là, c’est un train, et que les conséquences peuvent être bien pires », explique un ingénieur ferroviaire sous couvert d’anonymat.
Le vrai problème ? Personne ne contrôle.
En 2022, une étude de l’Office fédéral des transports (OFT) révélait que 12 % des véhicules transportés dans les trains suisses étaient mal arrimés ou non déclarés. Douze pour cent. Un chiffre qui devrait faire bondir. Mais non. Parce que personne ne s’en soucie vraiment.
La microvoiture, symbole d’un transport à la dérive
Le Twizy n’est pas qu’un véhicule. C’est l’illustration parfaite d’un système qui ne fonctionne plus.
D’un côté, les microvoitures comme le Twizy, les trottinettes électriques, les vélos cargo : des engins conçus pour la ville, mais qui n’ont aucune place dans les transports en commun.
De l’autre, des règles floues, des contrôles laxistes, et une indifférence générale. « On laisse passer parce que c’est plus simple », confie un employé des CFF. « Mais un jour, ça va mal finir. »
Et ce jour-là, ce ne seront pas les passagers qui trinqueront.
En 2021, un incendie dans un wagon de train à Zurich a bloqué la ligne pendant 12 heures. Cause ? Un accumulateur de trottinette mal rangé. Un seul. Un seul engin, et des dizaines de voyageurs coincés.
Alors oui, le Twizy d’Emmenbrücke, c’est drôle. C’est absurde. C’est même ridicule.
Mais c’est aussi le signe qu’on a arrêté de se poser les bonnes questions.
Qui paiera quand la blague tournera au drame ?
Les CFF parlent de « vérifications en cours ». Les autorités de transport promettent des « mesures renforcées ». Pendant ce temps, le Twizy, lui, a disparu. Comme si tout le monde avait préféré oublier.
Sauf que la question reste : et si le prochain véhicule à se retrouver dans un train n’était pas une microvoiture, mais un bidon d’essence ?
En 2023, le nombre d’incidents liés au transport de marchandises dangereuses dans les trains a augmenté de 18 % en Suisse. 18 %. Pas parce qu’il y en a plus, mais parce que les contrôles se relâchent.
Alors oui, le Twizy, c’est drôle. Mais c’est aussi le miroir d’un système qui prend des risques inutiles.
Et un jour, quelqu’un va payer.
Pas en amende. Pas en excuses.
En sang.