Michel Tremblay a ses outils. Et ses limites, visiblement, il les place où il veut.
Député de l’arrondissement de Chicoutimi, président du conseil municipal, il a décidé que 500 mètres carrés de terrain appartenant à la Ville lui appartenaient aussi. Enfin, pas vraiment. Juste assez pour y faire ce qu’il voulait : excaver, remblayer, couper des arbres, niveler. Sans permis. Sans autorisation. Sans que personne ne bronche, officiellement.
La Ville de Chicoutimi a classé l’affaire comme « normale ». Une réponse qui en dit long. Sur l’absurdité des règles, sur le pouvoir des réseaux, sur la façon dont certains se croient au-dessus des lois écrites.
Le terrain qui n’en était pas un
Officiellement, ce terrain était public. Ou du moins, géré par la Ville. Officieusement, Tremblay l’a traité comme s’il était à lui. Pas pour y construire une villa, non. Juste pour y faire des travaux. Des travaux utiles, selon lui. Des travaux nécessaires, selon ses proches. Des travaux sans papier, point final.
Le problème ? La Ville de Chicoutimi a un règlement. Un vrai. Un qui dit clairement qu’on ne touche pas à son domaine public sans autorisation. Pas de permis d’occupation temporaire ? Pas de pelleteuse. Pas de coupe d’arbres. Rien. Sauf si vous êtes Michel Tremblay, visiblement.
Le permis qui n’existait pas
La Ville a sorti un communiqué. Court. Sec. « La situation est jugée normale. » Traduction : on ne va pas faire de vagues. On ne va pas embêter le conseiller municipal. On va laisser couler.
Mais pourquoi ? Parce que Tremblay est un poids lourd politique ? Parce que ses travaux ont peut-être un intérêt pour l’arrondissement ? Parce que personne n’a osé lui dire non en face ?
Les réponses officielles manquent. Les explications aussi. Ce qu’on sait, c’est que la Ville a un service d’urbanisme. Un service qui doit vérifier ces permis. Un service qui n’a pas vérifié. Ou alors, il a vérifié et a fermé les yeux.
Ce que ça dit sur Chicoutimi
Chicoutimi, c’est une ville. Une ville comme les autres, avec ses règles, ses fonctionnaires, ses élus. Sauf que là, une faille s’est ouverte. Une faille qui permet à un conseiller municipal de faire ce qu’il veut sur un terrain public. Sans contrôle. Sans sanction. Sans que personne ne proteste.
Est-ce que c’est un cas isolé ? Espérons-le. Est-ce que ça pose un problème ? Oui. Parce que ça envoie un message : si vous êtes assez haut placé, les règles ne vous concernent pas.
Le vrai coût de ces travaux
500 mètres carrés. Ça fait une surface. Assez pour un petit terrain de sport. Assez pour un parc. Assez pour un projet urbain. Assez pour se demander : « Et si c’était à moi ? »
Le coût des travaux ? Inconnu. Le coût politique ? Encore plus élevé. Parce que quand un élu se met au-dessus des lois, c’est tout le système qui vacille.
La Ville de Chicoutimi a une réputation à défendre. Une crédibilité à maintenir. Et là, elle la joue à la légère. Trop légère.
La question qui dérange
Pourquoi personne ne pose de questions ? Pourquoi les médias locaux n’ont pas creusé ? Pourquoi les citoyens ne s’indignent pas ?
Peut-être parce que Tremblay est un homme respecté. Peut-être parce que ses travaux semblaient utiles. Peut-être parce que, au fond, personne ne veut gâcher l’ambiance.
Mais quand un élu se met au-dessus des règles, ce n’est pas qu’un problème pour lui. C’est un problème pour tout le monde.
Ce que ça change (ou pas)
Pour l’instant, rien. La Ville a classé l’affaire. Les travaux sont faits. Les arbres sont coupés. Le terrain est presque prêt.
Sauf que non. Parce que sans permis, sans autorisation, sans suivi, ce terrain reste une zone grise. Une zone où les règles ne s’appliquent pas. Une zone où le pouvoir l’emporte sur la loi.
Et ça, c’est un mauvais signal. Pour les autres élus. Pour les autres citoyens. Pour la Ville elle-même.
La leçon de Chicoutimi
Chicoutimi n’est pas Québec. Ni Montréal. Ni une grande métropole. C’est une ville moyenne, avec ses forces, ses faiblesses. Et là, une de ses faiblesses vient de pointer le bout de son nez : l’impunité.
Quand un conseiller municipal peut faire ce qu’il veut sur un terrain public, c’est que quelque chose cloche. Pas dans les règles. Dans leur application.
Et ça, c’est le vrai scandale.
Ce qu’il reste à faire
Rien. Pour l’instant. Parce que la Ville a déjà tranché. Parce que Tremblay a déjà gagné. Parce que les citoyens, eux, n’ont pas encore réagi.
Mais la prochaine fois qu’un terrain public sera transformé en chantier libre, peut-être qu’on se souviendra de ce cas. Peut-être qu’on se demandera : « Et si c’était moi ? »
Et là, peut-être, les choses bougeront.