À partir de 2027, le gaz russe sera enfin contrôlé. Paris veut encore attendre

La France demande à Bruxelles de repousser les règles sur le méthane dans le gaz et le pétrole importés. Une décision qui retarde encore la lutte contre un gaz 80 fois plus polluant que le CO₂. Pourquoi ce blocage ? Qui en profite ? Et surtout, à quel prix pour le climat ?

Publié le 23 septembre 2026 à 20:13
À partir de 2027, le gaz russe sera enfin contrôlé. Paris veut encore attendre

Le détail qui pique : 80% des émissions de méthane en Europe viennent des importations

En 2022, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a calculé que 80 % des émissions de méthane liées aux énergies fossiles en Europe provenaient des importations de gaz et de pétrole. Un chiffre qui claque. Pourtant, personne ne semble pressé d’agir. La France, par exemple, veut encore attendre. Officiellement, c’est pour des raisons techniques. Inofficiellement, c’est parce que le méthane, ça dérange. Ça dérange les géants du pétrole qui fuient, ça dérange les gouvernements qui veulent encore croire à la transition sans trop serrer la vis aux lobbies. Et ça dérange surtout ceux qui, comme TotalEnergies ou Engie, misent encore sur le gaz comme transition énergétique, un argument de plus en plus difficile à vendre quand on sait que le méthane, lui, ne fait pas de transition.

Le texte européen, adopté en 2022 après des années de négociations, impose aux importateurs de gaz et de pétrole de mesurer et de déclarer leurs émissions de méthane. Objectif : réduire ces fuites, ces fuites intentionnelles ou accidentelles qui échappent souvent aux radars. Sauf que la France, comme l’Allemagne et quelques autres, a râlé. Trop compliqué, trop cher, trop contraignant. Résultat : une demande de report à 2028. Bruxelles n’a pas encore dit oui, mais l’idée fait son chemin. Et ça, c’est un problème.

Qui bloque, et pourquoi ?

Derrière ce retard, il y a d’abord les lobbies. Ceux du pétrole et du gaz, bien sûr, mais aussi ceux qui vendent des technologies de mesure, et qui préfèrent que le marché reste flou. Ensuite, il y a les États qui ne veulent pas froisser leurs fournisseurs. La Russie, par exemple, est le premier exportateur de gaz vers l’Europe. Et si Bruxelles impose des contrôles stricts, Moscou pourrait décider de jouer les difficiles. Or, après l’invasion de l’Ukraine, personne ne veut d’un nouveau conflit énergétique.

Mais il y a un autre acteur, plus discret : les entreprises françaises elles-mêmes. TotalEnergies, par exemple, a investi des milliards dans le gaz liquéfié (GNL), présenté comme une solution de transition. Sauf que le GNL, c’est aussi l’une des sources majeures de méthane. En 2022, une étude de l’ONG Global Witness a montré que les terminaux de GNL dans le monde fuient en moyenne 3,5 % de leur contenu, soit l’équivalent des émissions annuelles de la Pologne. TotalEnergies, bien sûr, conteste ces chiffres. Mais si les règles européennes avaient été appliquées en 2027, l’entreprise aurait dû rendre des comptes. Et ça, c’est le vrai problème.

Le marché ferme les yeux, et le climat trinque

Le méthane, c’est le gaz à effet de serre qui monte le plus vite dans l’atmosphère. Pourtant, personne ne semble pressé de le réguler. Pourquoi ? Parce que c’est sale, mais pas assez visible. Parce que les contrôles coûteraient cher aux importateurs. Et parce que, pour l’instant, les sanctions en cas de non-respect sont… symboliques. Bruxelles parle de « mesures correctives », mais personne ne sait vraiment ce que ça signifie.

Prenez le cas de la Norvège. Premier exportateur de gaz vers l’Europe, Oslo a déjà mis en place des contrôles stricts sur ses propres émissions. Résultat ? En 2023, le pays a réduit ses fuites de méthane de 12 % par rapport à 2020. Une performance. Sauf que la France, elle, ne veut pas suivre. Pourquoi ? Parce que la Norvège, c’est un allié. Et que la Russie, c’est… compliqué.

Ce qui se joue vraiment : la crédibilité de la France

Le vrai enjeu, ce n’est pas seulement le méthane. C’est la crédibilité de la France. Un pays qui se présente comme leader du climat, mais qui traîne des pieds sur chaque mesure contraignante. Un pays qui veut imposer ses règles aux autres, mais qui les contourne dès qu’elles deviennent gênantes. Et un pays qui, surtout, continue de miser sur des énergies fossiles alors que le monde entier tourne vers les renouvelables.

En 2021, la France s’était engagée à réduire ses émissions de méthane de 55 % d’ici 2030. Sauf que si les règles européennes avaient été appliquées à temps, ce chiffre aurait été bien plus facile à atteindre. À la place, Paris demande encore du temps. Du temps pour quoi ? Pour continuer à importer du gaz russe sans trop de contrôles ? Pour laisser TotalEnergies et Engie faire comme si de rien n’était ? Pour que l’Europe reste le dernier continent où les lobbies du pétrole dictent encore leur loi ?

La vraie question : et si Bruxelles disait non ?

Bruxelles a les moyens de dire non. Le règlement sur le méthane est déjà adopté. Ce qui reste à négocier, c’est le calendrier. Et si la Commission européenne refuse le report, la France devra appliquer les règles en 2027. Point final.

Sauf que personne ne parie vraiment là-dessus. Parce que les lobbies sont puissants. Parce que les États ont peur de froisser leurs fournisseurs. Et parce que, au fond, personne ne veut vraiment régler le problème. Le méthane, c’est comme le plastique dans les océans : tout le monde sait que c’est grave, mais personne ne veut payer le prix pour le résoudre.

Alors oui, la France demande encore du temps. Mais le temps, dans cette histoire, c’est ce qui manque le plus. À l’Europe, qui doit tenir ses promesses climatiques. Aux citoyens, qui subissent déjà les conséquences du réchauffement. Et surtout, au climat, qui n’a pas besoin de reports pour savoir que l’humanité tergiverse.

Dernier détail, le plus important : ces règles ne s’appliqueront pas aux importations de gaz russe si la guerre en Ukraine n’est pas terminée d’ici 2027.

Parce que quand la géopolitique se mêle au climat, c’est toujours la planète qui perd.

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R Galaxie Rédaction

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