Le soleil tapait dur sur les stands de la Fête de L’Humanité ce week-end. Entre les manèges pour enfants et les discours politiques, une scène résumait à elle seule l’état de la gauche française : Jean-Luc Mélenchon, debout à la tribune, haranguait la foule avec cette verve qui lui est propre, tandis que Fabien Roussel, à quelques mètres, tentait de garder les rênes d’un PCF en pleine mutation. Un face-à-face évité, mais une bataille déjà perdue pour le Parti communiste.
Mélenchon n’a pas fait dans la dentelle. Il a rappelé, encore et encore, que le PCF d’autrefois n’existe plus, et que c’est tant mieux. « Vous voulez une gauche qui marche ? Alors suivez-moi, pas ceux qui s’accrochent aux vieux slogans », a-t-il lancé, sous les applaudissements. Un message clair pour Roussel : soit tu bouges, soit tu disparais.
Pourtant, Roussel a tenté de tenir son rang. Il a évoqué la « nécessité d’une union » contre l’extrême droite, comme s’il parlait à une assemblée générale de 1981. Problème : personne ne l’écoute. Les militants LFI, majoritaires sur place, scandaient « Mélenchon ! Mélenchon ! » dès qu’il s’agissait de faire monter la pression. Et Mélenchon a joué le jeu : il a martelé que, face à Le Pen, « la gauche doit choisir entre la résignation et la guerre ». Un discours qui fait mouche, surtout quand on sait que, selon un sondage BVA de mars 2024, 62 % des électeurs de gauche se disent prêts à voter LFI en second tour contre le RN.
Mais attention, ce n’est pas une victoire sans ombre. Le PCF perd du terrain, et pas qu’en discours. Entre 2017 et 2022, le parti a vu ses adhérents chuter de 30 %, selon les chiffres de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Roussel tente de moderniser, mais son électorat, lui, reste ancré dans le passé. Les vieux militants grognent, les jeunes ne viennent plus. Mélenchon, lui, a su capter cette jeunesse, même si elle n’est pas toujours communiste.
Le vrai défi pour Mélenchon, ce n’est pas Roussel. C’est Le Pen.
Face à elle, il mise sur trois atouts : la mobilisation des classes populaires, un programme social clair (même si certains le jugent trop flou sur l’Europe), et une capacité à faire peur à droite. « Elle veut supprimer 300 000 postes de fonctionnaires ? On va lui montrer que la France ne plie pas », a-t-il répété, comme une litanie. Mais est-ce suffisant ?
Les doutes persistent. D’abord, parce que LFI reste divisée. Les tensions avec les écologistes, les désaccords sur l’Europe, les purges internes… Un parti qui se déchire ne fait pas peur à l’adversaire. Ensuite, parce que Mélenchon a un problème de crédibilité économique. « On va taxer les superprofits », dit-il. « On va nationaliser », promet-il. Mais qui va payer ? Les Français, surtout ceux qui votent pour lui, commencent à se poser la question.**
Et puis, il y a l’effet L’Humanité. Ce terrain historique du PCF est devenu celui de LFI. Les stands LFI étaient les plus fréquentés, les discours de Mélenchon les plus applaudis. Un symbole. Le PCF, lui, semble condamné à jouer les seconds rôles, même dans son propre festival.
Pourtant, Mélenchon n’a pas gagné.
Pas encore. Parce que la présidentielle, ce n’est pas qu’une question de discours. C’est une question de terrain, de programme, de capacité à rassembler. Et là, Mélenchon a encore du pain sur la planche.
Le PCF résiste, les écologistes hésitent, et l’abstention reste un risque majeur. Mais une chose est sûre : en 2027, la gauche ne sera plus la même.
Et si Mélenchon l’emporte, ce ne sera pas grâce à Roussel. Ce sera malgré lui.
La vraie question, maintenant, c’est de savoir si la France est prête à suivre.