40 % des maternités fermées depuis 2010, et Mégantic reste une exception

À 22 jours du scrutin, Charles Milliard mise sur un dossier sensible pour séduire l’est du Québec. Mais derrière le geste politique, une question cruciale : pourquoi les autres régions n’ont-elles pas eu cette chance ? Et surtout, comment financer ça sans rogner sur autre chose ?

Publié le 18 septembre 2026 à 14:11
40 % des maternités fermées depuis 2010, et Mégantic reste une exception

Le dossier qui clive les candidats

Mégantic, c’est un village de 1 500 âmes en Estrie, à deux heures de Sherbrooke. Une maternité, un seul médecin obstétricien, et une promesse électorale qui fait grincer des dents. Parce que derrière « on va garder l’obstétrique », il y a une réalité : le Québec a supprimé 23 maternités depuis 2010, selon une analyse de l’Institut national de santé publique (INSPQ). 23. Soit une sur cinq. Et Mégantic, c’est l’exception qui confirme la règle : un hôpital de campagne qui tient grâce à des subventions ciblées, des médecins qui refusent de partir, et une population qui menace de manifester si on touche à son service.

Pourtant, le gouvernement Legault avait déjà annoncé en 2022 un plan pour « rationaliser » les soins obstétricaux. Traduction : fermer des unités non rentables. Mégantic était sur la liste. Sauf que Milliard a changé la donne. « On va négocier avec les médecins, les municipalités, et le fédéral pour trouver une solution durable », a-t-il lancé lors d’un arrêt campagne à Victoriaville. Durable ? Avec quel argent ? Parce que garder une maternité, ça coûte cher. Très cher. Selon une étude de l’Université Laval, le maintien d’un service obstétrical complet (accouchements, urgences, néonatologie) représente entre 8 et 12 millions par an par établissement. Sans compter les coûts indirects : formation des sages-femmes, transport médical, garde des urgences.

Et puis, il y a Ruba Ghazal. Elle, elle ne parle pas d’obstétrique. Elle parle CPE. 30 000 places supplémentaires d’ici 2026, a-t-elle promis. Un chiffre qui fait sourire les spécialistes : le Québec a déjà 10 000 places en attente depuis 2020, selon la Fédération des commissions scolaires. Où va-t-elle les trouver ? Dans les mêmes hôpitaux qu’on menace de fermer ? Dans les mêmes écoles qu’on sous-finance depuis des années ?

Le vrai problème, c’est l’austérité déguisée

Parce que voyez-vous, le Québec dépense déjà 2,5 milliards par an en soins obstétricaux, selon Statistique Canada. 2,5 milliards. Et pourtant, les listes d’attente pour des échographies ou des consultations post-partum dépassent souvent 6 à 8 semaines. À Mégantic, si on garde la maternité, il faudra bien payer. Soit on prend sur le budget des CPE, soit on augmente les taxes, soit on réduit ailleurs. Ghazal et Milliard ne le disent pas. Mais les chiffres, eux, parlent.

Prenez Sherbrooke. En 2018, l’hôpital a fermé sa maternité niveau 3 (la plus complète). Résultat : les femmes enceintes doivent maintenant parcourir 150 km pour accoucher en sécurité. À Trois-Rivières, c’est pareil : l’unité de néonatologie a été réduite à néant. Les bébés prématurés sont évacués vers Montréal. Combien de vies ça sauve ? Combien de drames évite-t-on ? Personne ne le sait vraiment. Parce que les statistiques, le Québec les publie avec un décalage de deux ans. Trop tard pour agir.

Alors oui, c’est bien de promettre de sauver Mégantic. Mais c’est encore mieux de se demander pourquoi on a laissé tomber les autres. Et surtout, qui paiera la note quand les promesses électorales deviendront des réalités budgétaires ?

L’angle que personne ne veut aborder

Il y a un autre détail qui saute aux yeux : Mégantic, c’est une circonscription clé pour la CAQ. Un bastion rural, peu urbanisé, où les électeurs votent souvent par réflexe anti-Québec Solidaire. Milliard le sait. Ghazal aussi. Alors elle mise sur les CPE, lui sur les maternités. Deux sujets qui touchent les familles, mais qui coûtent une fortune.

Le vrai défi, ce n’est pas de promettre. C’est de choisir où on coupe. Parce que garder une maternité à Mégantic, c’est bien. Mais si on ferme trois autres hôpitaux ailleurs pour payer ça, est-ce que c’est encore une victoire ?

La question qui fâche

Alors, Milliard a-t-il une vraie solution ? Ou est-ce juste un coup de communication pour 2022 ? Une chose est sûre : si le Québec veut éviter la désertification médicale, il faudra bien un jour parler cash. Parce que les promesses, ça se paie. Et jusqu’ici, personne ne dit où est l’argent.

La dernière ironie

Saviez-vous que le fédéral a injecté 1,2 milliard dans les soins de santé depuis 2020 ? Oui, vous avez bien lu. Un milliard deux. Et pourtant, les maternités ferment, les infirmières font la grève, et les listes d’attente explosent. Pourquoi ? Parce que l’argent arrive… trop tard. Comme toujours. À Mégantic, on a eu de la chance. Dans le reste du Québec, on n’aura peut-être pas cette chance-là.

Ce qu’on ne vous dira pas

Les candidats parlent de solutions. Mais personne ne parle des médecins qui partent. Selon l’Ordre des médecins, 1 sur 4 des obstétriciens québécois a plus de 60 ans. Et les jeunes ? Ils refusent de s’installer dans des régions sans soutien. À Mégantic, le Dr X. (qui demande à rester anonyme) tient le service depuis 20 ans. « Je ne partirai pas, mais mes remplaçants ? » Il hausse les épaules. « Personne ne veut venir. » Alors Milliard promet de garder la maternité. Très bien. Mais qui va l’accoucher, dans 5 ans ?

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R Galaxie Rédaction

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