La fête de la Science tombe à pic. Ou presque.
Mercredi 7 octobre, la médiathèque de Torreilles va se transformer en lieu de passage obligatoire pour les curieux des Pyrénées-Orientales. Pas pour le folklore, mais pour des ateliers qui sentent la blouse blanche. Microscopes, expériences chimiques basiques, peut-être même un peu de physique si on a de la chance. Rien de révolutionnaire, mais c’est déjà ça : dans un département où les labos universitaires brillent par leur absence, voir des gens manipuler des éprouvettes sans se faire sermonner par un prof, c’est un signe. Surtout quand on sait que le dernier rapport de l’Observatoire des Sciences et des Techniques en région Occitanie (2022) classait les Pyrénées-Orientales dernières en France pour l’accès aux équipements scientifiques en milieu scolaire. La médiathèque comble un vide. Mais à quel prix ?
Le problème, c’est que ces ateliers ne sont pas une solution.
Ils attirent, oui. Ils donnent l’illusion d’une démocratisation. Mais ils ne changent rien à la réalité : les enfants des quartiers nord de Perpignan, ceux qui n’ont même pas internet à la maison, ne viendront pas. Pas par manque d’intérêt, mais parce que leurs parents n’ont pas le temps, ou parce que le bus qui les amène en centre-ville tombe en panne. La médiathèque le sait. Elle organise ces rendez-vous en partenariat avec l’association Les Petits Débrouillards, une structure qui travaille justement sur l’inégalité d’accès à la culture scientifique. Pourtant, aucun communiqué ne mentionne les transports gratuits, les créneaux adaptés aux familles, ou même une étude sur les publics absents. On reste dans le flou. Comme si on préférait faire semblant de croire que tout le monde se déplace aussi facilement.
Octobre rose, version médiathèque.
Du 7 au 24 octobre, la même médiathèque se mobilise pour Octobre rose. Pas avec des roses, bien sûr, mais avec des expositions, des projections, et peut-être un ou deux témoignages. Le cancer du sein, c’est un sujet qui touche. Beaucoup. Trop. Mais en 2023, l’Institut de Veille Sanitaire (InVS) a publié un chiffre qui claque : dans les Pyrénées-Orientales, le taux de dépistage du cancer du sein reste à 52 %, alors que la moyenne nationale frôle les 60 %. La médiathèque le sait-elle ? Si oui, pourquoi ne pas en parler ? Pourquoi se contenter d’afficher des pancartes roses sans jamais aborder la vraie question : pourquoi les femmes des zones rurales, celles qui n’ont pas de médecin de famille, celles qui travaillent la nuit, se font-elles moins dépister ?
Leur réponse ? L’évitement.
L’exposition sur Octobre rose s’intitule « Parlons-en ». Très bien. Mais de quoi, exactement ? Des symptômes ? Des traitements ? Ou des raisons pour lesquelles certaines femmes ne vont pas chez le médecin ? Leur programme ne le dit pas. Ils parlent de « sensibilisation », de « prévention », de « solidarité ». Des mots creux. Pendant ce temps, à Perpignan, le centre de dépistage du CHU est saturé, et les listes d’attente pour une mammographie dépassent parfois deux mois. La médiathèque organise des projections. Très bien. Mais est-ce que ça va faire venir une seule femme en plus pour un dépistage ? Non. Est-ce que ça va changer les mentalités ? Peut-être. Mais à quel rythme ?
Ce qui se joue à Torreilles, c’est une question de priorités.
D’un côté, on fait de la science pour les enfants qui ont déjà un accès facile aux livres. De l’autre, on parle de cancer sans jamais creuser pourquoi certaines femmes meurent encore parce qu’on les a oubliées. La médiathèque a le mérite d’exister. Mais elle a le défaut de ne pas poser les bonnes questions.
La vraie question, c’est : et après ?
Après les ateliers, après les projections, après les affiches roses, qu’est-ce qui change ? Rien, si on ne sort pas des sentiers battus. Parce que la science, ce n’est pas que des expériences en plastique. Et Octobre rose, ce n’est pas que des rubans.
Si la médiathèque veut vraiment faire bouger les choses, elle devrait commencer par arrêter de faire semblant.
- Organiser un bus spécial pour amener les enfants des quartiers éloignés aux ateliers scientifiques. Pas une fois, mais tous les trimestres.
- Inviter une gynécologue du CHU de Perpignan à venir expliquer pourquoi certaines femmes ont peur d’aller se faire dépister, et comment on peut les aider. Pas pour une heure, mais pour une série de rencontres.
- Publier un bilan annuel : « Voici combien de personnes sont venues à nos événements, voici pourquoi certaines n’ont pas pu venir, voici ce qu’on va faire l’an prochain pour les inclure. »
Ça, ce serait de la culture. Pas des ateliers pour les enfants qui ont déjà tout, et des affiches pour celles qui ont peur.