Dodik a gagné, mais la Bosnie serbe s’est vidée

Le leader pro-russe de la République serbe de Bosnie, Milorad Dodik, revendique une victoire électorale malgré une abstention record. Derrière les chiffres, une entité qui se coupe du reste du pays et joue avec le feu. Voici pourquoi ce scrutin cache une crise bien plus profonde.

Publié le 5 octobre 2026 à 10:04
Dodik a gagné, mais la Bosnie serbe s’est vidée

Le jour où Dodik a gagné, mais où presque personne n’a voté

Dimanche, Milorad Dodik, l’homme fort de la République serbe de Bosnie, a annoncé que son parti, le SNSD, avait remporté les élections. Officiellement. Sauf que 60 % des électeurs serbes de Bosnie sont restés chez eux. Un record d’abstention, qui pose une question simple : à quoi bon voter quand tout est déjà décidé ?

Dodik, lui, s’en fiche. Il a 67 ans, un sourire de requin et une stratégie claire : serrer la Russie dans ses bras, affaiblir Sarajevo, et transformer sa région en État fantôme. Dimanche, il a gagné. Mais pas comme il le prétend. Il a surtout gagné parce que personne ne lui conteste plus rien.

L’abstention, ce miroir brisé

Les chiffres parlent. En 2018, la participation dans la République serbe de Bosnie (RS) frôlait les 50 %. Dimanche, elle est tombée à 39,5 % selon les premières estimations. À Banja Luka, la capitale serbe de Bosnie, c’était pire : 35 %. À Bijeljina, ville ouvrière du nord, à peine 30 %. Les jeunes, eux, ont encore moins voté. Dans les urnes, il y avait surtout des vieux, des nostalgiques de la Yougoslavie, et des gens qui croient encore que Dodik peut les sauver.

Pourtant, les résultats officiels donnent Dodik vainqueur. Son parti, le SNSD, arrive en tête dans la RS, comme prévu. Mais voici le truc : personne ne croit plus aux élections. Pas les Serbes de Bosnie, pas les Bosniaques, pas même les observateurs internationaux. Pourquoi ? Parce que depuis des années, Dodik contrôle tout. Les médias, la police, les budgets. Il a même fait fermer des écoles bosniaques dans la RS. Dimanche, il n’y avait plus grand-chose à voler.

Et puis, il y a cette petite question : qui vote encore pour quoi, quand la RS est déjà un État dans l’État ?

La Russie dans l’ombre, la Bosnie dans le collimateur

Dodik ne cache pas ses liens avec Moscou. En 2022, il a été le seul dirigeant européen à reconnaître l’annexion de la Crimée. La Russie, en retour, lui a offert des prêts, des conseils, et une légitimité morale. Dimanche, son discours était clair : « La RS est un État souverain ». Traduction : « On ne dépend plus de Sarajevo, et on ne dépendra plus jamais de l’UE. »

Pourtant, la réalité est moins glorieuse. La RS étouffe. Son économie dépend à 80 % des subventions européennes, et sans elles, ce serait la faillite. Les entreprises fuient, les jeunes partent. À Banja Luka, le chômage dépasse 25 %. Mais Dodik s’en moque. Il mise sur une chose : la division. Plus les Bosniaques fuient la RS, plus les Serbes se sentent forts. Plus la Bosnie centrale s’affaiblit, plus Dodik peut jouer les rois.

Le vrai problème ? Personne ne veut d’un conflit ouvert. Ni l’UE, ni la Russie, ni les États-Unis. Alors on laisse faire. On regarde Dodik saboter les institutions, menacer de quitter la Bosnie, et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que c’est moins cher que la guerre.

Ce que personne ne dit sur les élections

Les médias internationaux ont peu couvert ce scrutin. Pourtant, il y a trois choses qu’on ne vous dira pas :

  1. La RS est déjà un État parallèle. Depuis 2013, Dodik bloque systématiquement les décisions de la présidence bosniaque. Il refuse de signer les budgets, il sabote les réformes. Résultat : la Bosnie centrale, elle, est paralysée. Sans Dodik, rien ne fonctionne. Avec Dodik, tout pourrit.

  2. Les Serbes de Bosnie ne veulent plus de la Bosnie. Une étude de l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale (IDEA) en 2022 montrait que 40 % des Serbes de Bosnie voulaient une séparation totale. Dimanche, ce chiffre a probablement augmenté. La RS devient un territoire où les Bosniaques et les Croates ne sont plus les bienvenus. Les écoles bosniaques ferment, les monuments aux héros de la guerre sont vénérés. La RS se bosnianise ? Non. Elle se serbe, et elle se coupe du monde.

  3. L’UE ferme les yeux. Bruxelles sait que Dodik est un danger. Mais elle a trop peur de le provoquer. Alors on lui laisse ses petits jeux : bloquer les réformes, menacer de quitter la Bosnie, jouer les apprentis dictateurs. Résultat : la Bosnie est un pays mort-vivant, où personne ne décide vraiment, où tout le monde attend que ça pète.

Et maintenant ?

Dodik a gagné. Mais il n’a rien gagné. Parce que la RS est un piège. Plus il serre les poings, plus il étouffe son peuple. Plus il crie à l’indépendance, plus il dépend des subventions européennes. Plus il menace, plus il isole sa région.

Le vrai vainqueur de dimanche, ce n’est pas Dodik. C’est l’immobilisme. Parce que personne n’ose le toucher. Personne n’ose dire que la Bosnie est en train de mourir. Et personne n’ose imaginer ce qui se passera quand la RS ne pourra plus payer ses fonctionnaires, quand ses usines auront fermé, quand ses jeunes seront tous partis.

Dimanche, Dodik a souri. Il a dit qu’il avait gagné. Mais la Bosnie serbe, elle, a perdu depuis longtemps.

La dernière question

Combien de temps avant que quelqu’un ne réalise que laisser Dodik faire, c’est comme laisser un feu couver sous une pile de bois sec ?

Pas longtemps, probablement. Mais pas assez tôt.

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R Galaxie Rédaction

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