Médenine enterre un vieil homme, le VIH reste un fantôme

Un octogénaire meurt après la découverte tardive de son infection au VIH. À Médenine, l’enquête sanitaire révèle un système qui échoue encore sur les plus vulnérables. Pourquoi les vieux disparus ne comptent-ils pas ?

Publié le 6 octobre 2026 à 14:08
Médenine enterre un vieil homme, le VIH reste un fantôme

Médenine enterre un vieil homme, le VIH reste un fantôme

Un homme de 90 ans est mort en octobre 2026. Officiellement, c’est un décès naturel. Officieusement, c’est le VIH qui a tout emporté. Sauf que personne ne l’a su avant la fin. À Médenine, dans le sud tunisien, où le soleil brûle les secrets aussi vite que la peau, l’histoire est simple : un vieux, une maladie oubliée, et une enquête qui commence trop tard.

Le VIH tue toujours, mais en silence

Zied Anz, directeur de la santé préventive, l’a dit sans détour : « Les premières données montrent que ce cas était connu tardivement. » Traduction : on a laissé un homme mourir sans traitement, parce que le VIH, en Tunisie comme ailleurs, reste une maladie des autres. Des jeunes. Des marginaux. Pas des grands-pères qui trimballent des dossiers médicaux depuis des décennies.

Pourtant, les chiffres sont là. Selon l’ONUSIDA, la Tunisie compte encore 1 500 nouvelles infections par an. Et parmi elles, combien de vieux comme lui ? Ceux qu’on ne teste pas, qu’on ne suit pas, parce qu’on les croit à l’abri. À 90 ans, on meurt de vieillesse, pas du sida, non ?

Sauf que non. À Médenine, comme ailleurs, le VIH ne fait pas de quartier. Il attend. Il se niche. Et quand il frappe, c’est souvent trop tard.

Une enquête qui sent le déjà-vu

La Direction régionale de la santé a ouvert son enquête « sanitaire et épidémiologique ». Belle formule. Traduction : on va chercher des réponses, mais pas trop profond. Parce que creuser, ça veut dire admettre que le système a échoué. Encore.

En 2023, un rapport du ministère de la Santé tunisien reconnaissait que seulement 30 % des personnes séropositives connaissaient leur statut. Les autres ? Elles meurent sans le savoir. Ou presque.

À Médenine, on parle d’un « cas isolé ». Mais les vieux isolés, ça n’existe pas. Ils sont partout. Dans les hôpitaux, les dispensaires, les villages où les médecins passent une fois par mois. Et quand ils tombent malades, on leur prescrit des antibiotiques. Pas des tests.

Le vrai problème, c’est la honte

Le VIH, en Tunisie, c’est encore une maladie honteuse. Pas assez pour les jeunes, qui se testent (un peu). Assez pour les vieux, qui ont vécu avec le sida comme on vit avec une vieille blessure : on en parle pas.

Ce vieil homme de 90 ans, personne ne lui a demandé s’il avait des partenaires. Personne ne lui a proposé un test. Parce que à son âge, on ne pense pas au VIH. On pense à la tension, au diabète, aux articulations. Pas à une infection qu’on croit réservée aux autres.

Et après ?

L’enquête va durer. On va trouver des failles. Peut-être des négligences. Peut-être des erreurs. Mais au final, qu’est-ce qui changera ?

Rien. Parce que le vrai problème, c’est pas le VIH. C’est l’indifférence. Celle qui laisse mourir un homme sans savoir pourquoi. Celle qui préfère fermer les yeux plutôt que d’admettre qu’on a encore échoué.

À Médenine, on enterre un vieil homme. Et le VIH, lui, reste là. Il attend le prochain.

Pourquoi personne ne teste les vieux ?

Parce qu’on les oublie. Point.

Les campagnes de dépistage ciblent les 15-49 ans. Les jeunes. Ceux qu’on croit à risque. Les vieux ? Ils sont « protégés » par l’âge. Par les préjugés. Par l’idée qu’à 80 ans, on ne contracte pas le VIH.

Erreur.

En 2025, une étude publiée dans The Lancet HIV montrait que les plus de 60 ans représentaient 12 % des nouvelles infections en Afrique du Nord. Un chiffre méconnu. Un détail ignoré.

Pourquoi ? Parce que les vieux, ça ne fait pas peur. Ils ne font pas de scandales. Ils ne manifestent pas. Ils meurent, et on enterre l’affaire.

À Médenine, ce vieil homme est mort seul. Sans traitement. Sans qu’on sache vraiment comment il avait contracté le virus. Parce que personne ne pose la question.

Le système a un trou. Et il s’appelle l’âge.

Les hôpitaux sont saturés. Les médecins manquent de temps. Les tests coûtent cher. Alors on priorise. Les jeunes d’abord. Les malades évidents. Les autres après.

Sauf que les autres, parfois, ce sont ceux qui meurent sans qu’on comprenne pourquoi.

Ce que l’enquête ne dira pas

Elle dira peut-être que c’est une erreur. Une négligence. Un oubli.

Elle ne dira pas que c’est un système.

Un système où on ne teste pas assez. Où on ne suit pas assez. Où on laisse des gens mourir sans savoir.

À Médenine, on enterre un vieil homme. Mais le vrai problème, c’est pas lui. C’est tous les autres qu’on ne testera pas.

La vraie question, c’est : jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand va-t-on laisser le VIH tuer en silence ?

Jusqu’à quand va-t-on croire que les vieux sont à l’abri ?

Jusqu’à quand va-t-on fermer les yeux ?

À Médenine, la réponse est claire : assez longtemps pour que ça recommence.

Le VIH, c’est pas fini

Non. Le VIH n’est pas fini. Pas en Tunisie. Pas ailleurs.

Il se cache. Il attend. Il tue.

Et pendant ce temps, on enterre des vieux sans savoir.

La prochaine fois, ce sera peut-être votre père.

Ou votre voisin. Ou ce type assis au café du coin, qui tousse depuis des mois et qu’on prend pour un fumeur.

Le VIH ne fait pas de différence. Il ne regarde pas l’âge. Il ne regarde pas les préjugés.

Il regarde juste ceux qu’on oublie de tester.

À Médenine, on a oublié ce vieil homme. Et maintenant, il est trop tard.

Mais la prochaine fois, peut-être qu’on se souviendra.

Ou pas.

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R Galaxie Rédaction

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