L'île Maurice étouffe ses librairies, les livres deviennent des décorations

À Port-Louis, les étagères se vident. Les Mauriciens feuilletent, mais n'achètent plus. Pendant ce temps, les géants du numérique écrasent l'édition locale sans que personne ne bronche. Voici pourquoi le livre mauricien est en train de disparaître, et ce que ça signifie pour la culture de l'île.

Publié le 17 octobre 2026 à 14:05
L'île Maurice étouffe ses librairies, les livres deviennent des décorations

Les librairies mauriciennes meurent à petit feu. Personne ne s’en émeut vraiment, et c’est ça le problème.

En 2023, la librairie L’Atelier du Livre, un des derniers temples du papier à Port-Louis, a fermé ses portes après 15 ans d’existence. Pas de crise économique, pas de tsunami, juste un chiffre : , 30 % de ventes de livres en cinq ans sur l’île. Les clients viennent, tournent les pages, s’attardent devant les couvertures… mais repartent sans rien acheter. Le patron, un ancien journaliste, résume : « On est devenus un musée à ciel ouvert. Les gens prennent des photos pour Instagram, mais ils ne lisent plus. »

Pourtant, l’île Maurice a toujours été un terreau fertile pour les mots. Des auteurs comme Ananda Devi ou Dev Virahsawmy ont marqué la littérature francophone et créole. Alors pourquoi ce déclin ?

Le numérique a gagné. Le livre papier a perdu. Point.

Les plateformes comme Amazon Kindle, Kobo ou même les PDF piratés ont tout simplifié : pas besoin de se déplacer, pas besoin de payer cher, pas besoin d’attendre. Résultat ? En 2022, seulement 12 % des Mauriciens de plus de 18 ans ont acheté un livre en version papier (source : Enquête sur les habitudes de lecture, Université de Maurice, 2022). Le reste ? Des liseuses, des tablettes, ou rien.

Mais le vrai problème, c’est que personne ne défend plus le livre physique. Les éditeurs locaux, déjà fragiles, ne misent plus sur le papier. Les subventions publiques ? Une goutte d’eau. « On nous dit d’innover, mais innover sans budget, c’est une blague », lance une éditrice de Les Éditions de l’Océan Indien. Pendant ce temps, les géants étrangers inondent le marché avec des e-books à prix cassés, étouffant les petites structures.

Les librairies survivent en vendant autre chose. Le livre n’est plus qu’un accessoire.

À La Boîte à Livres, à Curepipe, on a troqué une partie des rayons contre des cafés, des ateliers d’écriture et des événements. « On fait 60 % de nos revenus avec les cafés et les formations », explique le gérant. « Le livre ? C’est presque un bonus. »

Le paradoxe ? Les Mauriciens lisent moins, mais ils consomment plus de contenu. Les réseaux sociaux, les podcasts, les vidéos courtes… Tout est accessible en un clic. « Pourquoi lire un roman quand tu peux regarder une série en VO sous-titrée ? », résume un étudiant de 22 ans. Le livre est devenu un produit de niche, presque un objet de collection.

Ce que les politiques ne veulent pas voir : le livre mauricien est en train de mourir. Et avec lui, une partie de l’identité locale.

Les gouvernements successifs ont lancé des plans pour « promouvoir la lecture ». Des campagnes ici et là, des distributions de livres dans les écoles… Mais rien ne change. Pourquoi ? Parce que personne ne veut admettre que le modèle est brisé.

  • Les Ă©diteurs prĂ©fèrent se plaindre plutĂ´t que de se rĂ©inventer.
  • Les libraires survivent en diversifiant, mais abandonnent peu Ă  peu le livre.
  • Les lecteurs ont basculĂ© vers le numĂ©rique sans retour possible.
  • Les institutions distribuent des subventions, mais sans stratĂ©gie claire.

Le pire ? Personne ne mesure vraiment l’ampleur du désastre. Pas de rapport officiel, pas d’étude approfondie, juste des constats épars. « On sait que ça va mal, mais on ne veut pas voir à quel point », confie un bibliothécaire de la Bibliothèque Nationale de Maurice.

Et si le livre mauricien disparaissait pour de bon ?

Imaginez : plus d’auteurs locaux publiés en physique, plus de librairies indépendantes, juste des algorithmes qui poussent des best-sellers étrangers. Ce serait la fin d’une culture, pas juste d’un marché.

Pourtant, des solutions existent. Mais il faudrait que quelqu’un décide d’agir.

  • Taxer les gĂ©ants du numĂ©rique pour redistribuer aux Ă©diteurs locaux. (Personne ne le fera.)
  • CrĂ©er un fonds d’urgence pour les librairies en difficultĂ©. (Trop compliquĂ©.)
  • Imposer des quotas de livres locaux dans les Ă©coles. (Trop politique.)

Alors on attend quoi ?

Le livre mauricien n’est pas mort. Mais il est en train de le devenir. Et le jour où les dernières librairies fermeront leurs portes, ce ne sera pas seulement une défaite économique. Ce sera une défaite culturelle.

La question n’est pas pourquoi les Mauriciens lisent moins. C’est qui va sauver leurs livres avant qu’il ne soit trop tard.

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R Galaxie Rédaction

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