Le Maroc mise tout sur les bons du Trésor américain, et ça cache un risque

Les avoirs marocains en dettes américaines frôlent les 5 milliards de dollars. Une hausse régulière qui cache une dépendance croissante aux marchés étrangers. Pourquoi Rabat joue-t-il ce jeu dangereux ?

Publié le 19 octobre 2026 à 10:09
Le Maroc mise tout sur les bons du Trésor américain, et ça cache un risque

Pourquoi le Maroc achète-t-il autant de dettes américaines ?

Ce n’est pas une surprise. Depuis des années, les pays émergents, dont le Maroc, se ruent sur les obligations américaines. Pourquoi ? Parce que le dollar reste la monnaie refuge, et que les rendements sont encore attractifs malgré la hausse des taux. Mais là, Rabat pousse le curseur bien plus loin que ses voisins.

Prenez la Tunisie, par exemple. Elle aussi détient des Treasuries, mais à hauteur de 3,5 milliards de dollars. Le Maroc, lui, dépasse les 5 milliards. C’est presque 10 % des réserves de change du pays. Une part énorme. Et ça, c’est un problème.

Le vrai risque ? Si les États-Unis relèvent encore les taux, le Maroc pourrait se retrouver coincé. Ses obligations perdraient de la valeur, et il faudrait vendre pour limiter les pertes. Mais vendre quoi ? Ses réserves en devises ? Ses autres actifs ? Personne ne sait encore comment Rabat sortira de ce piège.

Les banques centrales ferment les yeux, et ça inquiète

Les marchés adorent ce genre de stratégie. Les banques centrales des pays émergents achètent des Treasuries, ça stabilise leur monnaie, ça attire les investisseurs. Mais personne ne parle des conséquences.

Prenez la Banque du Maroc (Bank Al-Maghrib). Elle a augmenté ses taux directeurs en 2023 pour lutter contre l’inflation. Sauf que si les États-Unis remontent encore les leurs, la différence de rendement pourrait devenir insoutenable. Résultat : soit le dirham s’effondre, soit le Maroc doit vendre une partie de ses Treasuries en subissant une moins-value.

Et le pire ? Personne ne surveille vraiment ce mouvement. Les régulateurs américains ne s’en mêlent pas. Les institutions financières marocaines minimisent les risques. Comme si tout le monde faisait semblant de ne pas voir.

Ce que cache la hausse des réserves marocaines

Le Maroc a besoin de dollars. Pourquoi ? Parce que son économie est encore trop dépendante des importations, énergie, nourriture, biens manufacturés. Et quand le dirham faiblit, tout devient plus cher.

Alors, Rabat achète des Treasuries. Mais est-ce une solution durable ? Pas vraiment. Les obligations américaines, c’est comme un prêt que vous faites à l’oncle Sam. Si les taux montent, vous perdez.

Et puis, il y a l’autre côté de la médaille : ces achats masquent une réalité moins glorieuse. Le Maroc a du mal à attirer des investissements étrangers. Ses infrastructures sont vieillissantes, sa bureaucratie reste lourde, et son marché du travail reste peu compétitif face à d’autres pays africains comme le Sénégal ou la Côte d’Ivoire.

Alors, à quoi bon accumuler des milliards de dollars en Treasuries si l’économie locale ne décollerait pas ?

Le vrai jeu : qui va payer la facture quand la musique s’arrêtera ?

Imaginez que les États-Unis relèvent encore leurs taux. Que fait le Maroc ?

  • Option 1 : Il maintient ses positions et subit des pertes. Ses rĂ©serves s’érodent.
  • Option 2 : Il vend une partie de ses Treasuries pour limiter les dĂ©gâts. Mais ça fait baisser le dirham, et l’inflation repart.
  • Option 3 : Il se tourne vers d’autres actifs, comme l’or ou l’euro. Sauf que les marchĂ©s sont dĂ©jĂ  tendus.

Aucune de ces options n’est bonne.

Et le plus ironique ? Pendant ce temps, les citoyens marocains subissent l’inflation, les retards dans les projets publics s’accumulent, et les élites économiques continuent de parier sur des actifs étrangers plutôt que sur leur propre pays.

La leçon à retenir

Le Maroc n’est pas le seul dans ce cas. La Turquie, l’Inde, même la Chine ont joué ce jeu dangereux. Mais personne n’a encore trouvé de solution.

Ce qui est sûr, c’est que si les taux américains continuent de grimper, les pays émergents vont devoir choisir : soit ils acceptent de voir leurs réserves fondre, soit ils assument une dévaluation brutale de leur monnaie. Et dans les deux cas, ce sont les populations qui trinquent.

Alors, la prochaine fois que vous entendrez parler des réserves de change du Maroc, souvenez-vous d’une chose : derrière ces chiffres, il y a une stratégie à haut risque, et personne ne sait encore comment elle finira.

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R Galaxie Rédaction

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