Le Maroc domine l'Afrique en sécurité, mais cache un paradoxe

Classé parmi les 20 pays les plus sûrs au monde, le Maroc écrase la concurrence africaine. Pourtant, ses villes regorgent de zones grises où la loi ne s'applique pas vraiment. Pourquoi ce décalage ?

Publié le 14 septembre 2026 à 20:09
Le Maroc domine l'Afrique en sécurité, mais cache un paradoxe

Un classement qui cache une réalité en lambeaux

Le Maroc, c’est le meilleur élève du continent en matière de sécurité. Les chiffres le disent : 3,2 points sur l’échelle de paix globale (sur 5), contre 4,5 pour la moyenne africaine. Les vols à la tire ? En baisse de 15 % depuis 2020, selon les rapports de la Direction générale de la sûreté nationale. Les homicides ? 1,8 pour 100 000 habitants, contre 8,5 en moyenne en Afrique subsaharienne. Même les ONG, souvent promptes à critiquer, reconnaissent des progrès. Mais attention : ces chiffres, c’est comme un tableau de bord de voiture où seuls les voyants verts s’allument. Personne ne vous dit que le moteur tousse sous le capot.

Prenez Casablanca. La ville la plus sûre du pays, d’après les statistiques. Pourtant, dans les quartiers de Sidi Moumen ou Derb Sultan, les commerçants ferment boutique à 18h par peur des réseaux de petits dealers qui contrôlent les ruelles. La police ? Elle intervient, mais seulement quand ça fait du bruit. Un cambriolage ? Réponse en 2h. Un vol à l’arraché ? Réponse en 24h si le témoin porte plainte. Mais un racketteur qui extorque 500 dirhams par mois à un épicier ? Affaire classée sans suite. ‘On n’a pas les moyens de tout traquer’, justifie un officier sous couvert d’anonymat. Traduction : la loi s’applique là où ça arrange.

Et puis il y a l’autre Maroc, celui des routes. Vous connaissez le chiffre ? 12 000 accidents mortels par an. Oui, vous avez bien lu. Le Maroc est le champion africain des morts sur la route, devant l’Afrique du Sud. 33 morts pour 100 000 habitants, contre 17 en France. Pourquoi ? Parce que la police des transports ferme les yeux sur les excès de vitesse quand ça ne fait pas de victimes immédiates. Pourquoi ? Parce que corruption et impunité fonctionnent comme une machine bien huilée : un flic prend 200 dirhams pour ne pas verbaliser, un conducteur roulant à 200 km/h dans le Tazerka paie son amende… et repart. Le système est rodé.

Le business de l’ordre (et ses limites)

Le Maroc, c’est aussi l’histoire d’un pays qui a compris que la sécurité, ça se vend. Pas seulement aux touristes, mais aux investisseurs. Casablanca Finance City, les zones franches, les usines allemandes qui s’installent à Tanger… Tout le monde veut un pays où les camions ne sont pas détournés, où les usines ne sont pas incendiées, où les cadres étrangers ne se font pas enlever. Résultat : le gouvernement a misé sur la répression ciblée. Pas de tolérance zéro comme à Dubaï, mais une répression qui vise les menaces visibles : trafics d’armes, réseaux terroristes, gangs trop bruyants.

Problème : cette approche a un défaut. Elle ignore les zones grises. Prenez Tétouan, cette ville frontalière avec l’Espagne où le chômage des jeunes dépasse 40 %. Officiellement, la délinquance y est maîtrisée. Officieusement, les petits braquages, les escroqueries aux touristes, les proxénétismes de bas étage pullulent. Pourquoi ? Parce que la police n’a ni les moyens ni l’envie de traquer des délits qui ne font pas de vagues. ‘On a mieux à faire’, lâche un inspecteur. Traduction : ces affaires, personne ne les résout.

Et puis il y a la question des disparus. Le Maroc, c’est le pays où les familles de disparus, souvent liés à des affaires de drogue ou de trafic, ne reçoivent jamais de réponse. Aucun chiffre officiel, mais les associations parlent de centaines de cas par an. Pourquoi ? Parce que certains services préfèrent faire taire les dossiers plutôt que de les éclaircir. Résultat : une impunité qui encourage les plus audacieux.

L’arme secrète : la répression des réseaux, pas des petits délits

Le Maroc a une stratégie claire : casser les gros réseaux, pas les petits délinquants. Exemple : depuis 2020, les arrestations pour trafic de drogue ont explosé. Plus de 30 000 interpellations en quatre ans, selon le ministère de l’Intérieur. Mais : sur ces 30 000, seulement 5 % aboutissent à des condamnations. Pourquoi ? Parce que les petits poissons sont libérés, et que les gros réseaux se reconstruisent ailleurs. C’est le jeu.

Autre exemple : la lutte contre le terrorisme. Le Maroc a décapité plusieurs cellules ces dernières années. Efficace ? Oui. Durable ? Non. Parce que les causes profondes, chômage, radicalisation dans les prisons, inégalités, ne sont pas traitées. Résultat : les cellules se reforment, mais la machine à arrêter fait du bruit. C’est ça, la sécurité à la marocaine : un spectacle pour les investisseurs, une réalité floue pour les citoyens.

Preuve : dans les quartiers populaires de Rabat, les jeunes se moquent des contrôles policiers. ‘Ils nous arrêtent pour rien, puis ils nous lâchent’, raconte un dealer du quartier des Agdal. Pourquoi ? Parce que la police sait très bien que ces gars-là ne feront pas de prison. Le système est conçu pour ça : faire peur aux gros, laisser respirer les petits.

Le vrai coût de cette sécurité à deux vitesses

Le Maroc dépense plus de 3 % de son PIB en sécurité, soit 12 milliards de dirhams par an. Assez pour équiper les forces de l’ordre, former les policiers, moderniser les prisons. Alors pourquoi ça ne marche pas partout ? Parce que l’argent ne va pas là où il faudrait.

Exemple : les caméras de surveillance. Le Maroc en a installé 150 000 depuis 2015. Efficaces ? Partiellement. Problème : 90 % sont inutilisables à cause de coupures de courant, de piratage, ou de policiers qui ne regardent pas les écrans. ‘À quoi bon ? On n’a pas le temps’, soupire un agent. Résultat : des millions dépensés pour des yeux qui ne voient pas.

Autre gaspillage : les prisons. Le Maroc a construit des centres de détention modernes, mais les conditions restent inhumaines dans les vieux pénitenciers. Pourquoi ? Parce que l’État préfère investir dans du neuf que dans du réhabilitation. Résultat : les récidives sont élevées, et les prisons restent des écoles du crime.

Le vrai problème, c’est que la sécurité au Maroc, c’est comme un restaurant trois étoiles : la carte est impeccable, mais la cuisine est faite dans une arrière-salle. On voit ce qu’on a envie de voir. Les investisseurs ? Ils ont leurs chiffres. Les touristes ? Ils ont leurs photos Instagram. Les Marocains, eux, savent très bien que la réalité est autre part.

Et maintenant, on fait quoi avec ce paradoxe ?

Le Maroc a tout pour être un modèle : une police professionnelle, une armée disciplinée, une stratégie claire. Alors pourquoi cette impression de sécurité en carton-pâte ? Parce que le vrai travail, celui qui consiste à régler les problèmes sociaux, à réduire les inégalités, à former des policiers qui ne soient pas corrompus, n’est jamais fait.

La question, c’est : jusqu’à quand le Maroc pourra-t-il se permettre de jouer les apparences ? Les classements internationaux, ça s’efface vite quand les crises éclatent. Un jour, un scandale trop gros, une vidéo qui circule, et tout s’écroule. La sécurité, ce n’est pas que des chiffres. C’est aussi ce que les gens ressentent dans la rue. Et là, le Maroc a un gros problème.

Parce qu’au fond, personne ne croit vraiment à cette sécurité-là. Pas les jeunes qui se font racketer, pas les commerçants qui paient leur protection, pas même les policiers qui ferment les yeux. Le classement, ça se lit dans les rapports. La réalité, elle se vit dans les ruelles.

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R Galaxie Rédaction

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