Le Maroc s'aligne sur Riyad contre les Houthis

Mohammed VI réaffirme le soutien marocain à l'Arabie Saoudite face aux frappes houthis. Un choix géopolitique clair, mais qui cache des tensions internes et une stratégie à double tranchant. Pourquoi Rabat joue ce jeu, et à quel prix ?

Publié le 27 septembre 2026 à 10:03
Le Maroc s'aligne sur Riyad contre les Houthis

Pourquoi Rabat prend ce risque ?

Les Houthis ne sont pas une menace directe pour le Maroc. Ils ciblent surtout les pétroliers dans le détroit de Bab el-Mandeb, à 2 000 km de Casablanca. Pourtant, Mohammed VI mise sur cette alliance pour deux raisons :

  1. L’argent. Depuis 2018, Riyad injecte des milliards dans l’économie marocaine : infrastructures, énergie, même des parts dans des clubs de foot. Selon Le Monde Afrique, ces investissements dépassent les 10 milliards de dollars sur cinq ans. Un filet de sécurité contre les crises internes.

  2. La diplomatie. Le Maroc veut effacer l’image d’un pays isolé après le retour d’Alger dans l’UA en 2022. En s’alignant sur l’Arabie Saoudite, Rabat envoie un signal : nous sommes toujours dans le jeu régional. Surtout après les tensions avec l’Algérie et la normalisation avec Israël.

Mais cette ligne a un coût. Les Houthis ne sont pas des ennemis du Maroc. Ils ont des soutiens au Yémen, mais aussi des sympathisants dans les milieux pro-palestiniens marocains. En condamnant leurs attaques sans nuance, Rabat s’aliène une partie de sa population.

Le vrai problème ? Personne ne croit vraiment à cette condamnation des frappes sur les civils. C’est du théâtre. Le Maroc joue les hypocrites pour garder ses avantages.


Ce que cache la condamnation des Houthis

Mohammed VI a été clair : « Les attaques contre les civils et les lieux saints sont inacceptables. » Une phrase qui tombe bien. Elle permet à Rabat de se poser en défenseur de l’islam modéré, tout en continuant à vendre des armes à l’Arabie Saoudite. Un double jeu qui dure depuis des années.

En 2015, le Maroc avait déjà vendu des avions de combat à Riyad pour bombarder les rebelles houthis. Aujourd’hui, il fait semblant de s’indigner. Pourquoi ? Parce que l’Arabie Saoudite est un client trop important. Et parce que les Houthis, malgré leur rhétorique anti-occidentale, ne menacent pas directement le Maroc.

Le vrai enjeu ? La guerre au Yémen. Le Maroc ne veut pas être perçu comme un complice des Saoudiens dans ce conflit. D’où cette condamnation de façade. Mais personne n’y croit.

Preuve ? Les Houthis continuent leurs frappes. Et le Maroc ne réagit pas. Pourquoi ? Parce que Riyad a besoin de Rabat pour légitimer sa guerre. Et Rabat a besoin de Riyad pour ses dollars.


Ce que ça change (ou pas) pour le Maroc

Sur le papier, ce soutien devrait renforcer les liens avec l’Arabie Saoudite. En réalité, ça ne change presque rien. Le Maroc est déjà dans le camp saoudien depuis des années.

Ce qui compte, c’est ce que ça révèle : Rabat n’a plus les moyens de ses ambitions.

  • Économiquement, le pays étouffe. Le chômage touche 20 % des jeunes (Haut-Commissariat au Plan, 2023). Les investissements saoudiens ne suffisent pas à combler le déficit.
  • Diplomatiquement, le Maroc est tiraillé. Il veut garder ses liens avec l’Occident, mais aussi avec le monde arabe. Résultat : une politique étrangère à géométrie variable, où les principes s’effacent devant l’intérêt.
  • Socialement, cette alliance avec Riyad irrite. Les mouvements pro-palestiniens marocains dénoncent déjà un « abandon des causes arabes ». Et les critiques contre Mohammed VI montent, surtout chez les jeunes.

Le pire ? Personne ne sait si cette stratégie portera ses fruits. L’Arabie Saoudite a ses propres problèmes : crise économique, tensions internes, guerre au Yémen. Et si Riyad lâchait Rabat demain ? Le Maroc se retrouverait seul avec ses dettes et ses contradictions.


Le vrai jeu : qui profite vraiment ?

Ce soutien affiché n’est pas un geste désintéressé. C’est un calcul.

  • Pour l’Arabie Saoudite : Avoir le Maroc dans son camp, c’est gagner un allié en Afrique et au Moyen-Orient. Rabat ouvre des portes à Riyad, notamment via sa reconnaissance par 54 pays africains.
  • Pour Mohammed VI : Ça lui permet de garder une image de « roi modéré » tout en continuant à vendre des armes. Un équilibre fragile, mais rentable.
  • Pour les Houthis : Ils gagnent en visibilité. Leurs attaques deviennent un prétexte pour que le Maroc s’implique dans la région. Sans pour autant risquer une guerre directe.

Le vrai perdant ? Le peuple marocain. Il paie le prix de cette alliance :

  • Des promesses non tenues (emplois, infrastructures).
  • Une diplomatie de plus en plus opaque.
  • Une jeunesse de plus en plus méfiante envers un régime qui joue sur plusieurs tableaux.

Ce qui nous attend

Ce soutien à l’Arabie Saoudite n’est pas une surprise. C’est la logique d’un pays qui navigue entre deux eaux.

Le Maroc ne peut pas se permettre de perdre Riyad. Mais il ne peut pas non plus ignorer les Houthis. Alors il fait semblant.

La question n’est pas « Pourquoi le Maroc soutient-il l’Arabie Saoudite ? », mais « Jusqu’où ira-t-il pour garder cette alliance ? ».

Réponse probable : Jusqu’à ce que ça ne marche plus. Et quand ça arrivera, ce sera la crise. Pas demain, mais bientôt.

Parce que les Houthis ne disparaîtront pas. Parce que l’Arabie Saoudite a d’autres priorités. Et parce que le Maroc, lui, n’a plus les moyens de ses rêves.

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R Galaxie Rédaction

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