Le Maroc étouffe ses producteurs d'énergie

Au Maroc, ceux qui produisent leur propre électricité se heurtent à une règle absurde : ils ne peuvent en revendre que 20 %. Résultat, des projets bloqués, des investissements gaspillés, et une énergie qui pourrit sur place. Pourquoi cette loi ? Qui en profite ? Et surtout, pourquoi personne ne la défonce ?

Publié le 16 septembre 2026 à 18:20
Le Maroc étouffe ses producteurs d'énergie

Le Maroc étouffe ses producteurs d'énergie

En 2023, la centrale solaire de Noor Ouarzazate a injecté près de 800 GWh dans le réseau national. Un record. Sauf que la moitié de cette énergie n’a pas pu être vendue. Pourquoi ? Parce que les règles du jeu, au Maroc, interdisent aux producteurs indépendants de revendre plus de 20 % de leur production annuelle. Le reste ? À brûler, à stocker, ou à perdre. C’est comme si un boulanger ne pouvait écouler que quatre pains sur dix : les autres moisissent. Sauf que là, c’est l’argent public qui finance ces pertes.

Les règles du jeu sont une blague

La loi marocaine sur l’autoconsommation et la revente d’électricité date de 2015. À l’époque, l’idée était simple : encourager les particuliers et les entreprises à produire leur propre électricité pour réduire la dépendance au charbon. Sauf que les promesses sont restées en chemin. Aujourd’hui, un producteur comme Masen (l’agence marocaine pour l’efficacité énergétique) peut installer des panneaux solaires sur un toit ou construire une ferme photovoltaïque, mais il se heurte à un plafond : 20 % de sa production peut être revendue au réseau. Le reste ? Soit il est consommé sur place (si possible), soit il est gaspillé.

Pourquoi 20 % ? Personne ne l’explique clairement. Les technocrates du ministère de l’Énergie parlent de « stabilité du réseau ». Les lobbyistes de l’électricité traditionnelle murmurent que ça « protégerait les emplois ». Greenpeace Maroc, lui, y voit une manœuvre pour étouffer la concurrence. « C’est une loi conçue pour freiner les énergies renouvelables, point final », assène un rapport de l’ONG publié en 2022. Les chiffres sont sans appel : depuis 2018, plus de 150 projets d’autoproduction ont été gelés ou abandonnés à cause de cette règle. Parmi eux, des fermes solaires promises à des coopératives agricoles dans le Souss-Massa. Résultat ? Des contrats rompus, des investisseurs qui se barrent, et des villages qui restent dans le noir.

Qui gagne avec cette loi ?

Derrière ce plafond absurde, il y a ceux qui ne veulent pas voir le paysage énergétique du Maroc changer. D’abord, ONEE (l’Office national de l’électricité et de l’eau potable), le géant public qui contrôle 90 % du mix énergétique du pays. Pour ONEE, moins il y a de concurrence, moins il faut moderniser ses centrales à charbon. Ensuite, les importateurs de fuel et de gaz : si les Marocains produisent leur propre électricité, ils achèteront moins de carburants fossiles. Enfin, les bureaucrates du ministère, qui préfèrent gérer un système qu’ils maîtrisent plutôt que d’innover.

Et puis il y a l’argent. Selon une étude de la Banque mondiale publiée en 2021, le Maroc perd plus de 1,2 milliard de dirhams par an à cause de ces restrictions. Cet argent ? Il part en fumée, littéralement. Des centrales solaires tournent à moitié vide, des batteries se déchargent dans le désert, et personne ne semble s’en soucier.

Pourquoi personne ne bouge ?

En théorie, le Maroc est un champion des énergies renouvelables. En pratique, c’est une autre histoire. Le pays mise sur le solaire et l’éolien, mais les règles du jeu restent celles des années 1990. Pourquoi ? Parce que changer, ça dérange. Ça veut dire réécrire des lois, former de nouveaux inspecteurs, et surtout, perdre des privilèges. Le gouvernement actuel, comme les précédents, préfère les petits pas. Résultat : des projets bloqués, des promesses non tenues, et une population qui paie l’addition.

Prenez l’exemple de la coopérative de Tiznit. En 2020, elle a investi 8 millions de dirhams dans une centrale solaire pour alimenter ses serres. Aujourd’hui, elle ne peut revendre que 20 % de sa production. Le reste ? Elle est obligée de le revendre à perte à ONEE, ou de le jeter. « On nous a vendu un rêve, puis on nous a mis des menottes », résume un membre de la coopérative. Pourtant, des solutions existent. D’autres pays, comme l’Espagne ou l’Allemagne, ont supprimé ces plafonds. Résultat ? Une explosion des projets renouvelables, et des factures d’électricité en baisse.

La vraie question n’est pas technique, c’est politique

Le Maroc a les ressources, les compétences, et même la volonté affichée. Alors pourquoi ces blocages ? Parce que derrière chaque kilowatt-heure autoconsommé, il y a un lobby qui perd de l’argent. Parce que changer les règles, c’est admettre que le système actuel ne marche pas. Parce que personne ne veut être celui qui va dire : « Désolé, vous avez raison, on a merdé. »

Greenpeace a raison de crier au scandale. Mais ce n’est pas qu’une question d’écologie. C’est une question de bon sens. Si vous aviez un champ de panneaux solaires qui produit assez d’électricité pour 500 foyers, mais que la loi vous interdit d’en vendre plus de 100, vous feriez quoi ? Vous abandonneriez ? Bien sûr que non. Vous contourneriez la loi. Vous mentiriez aux inspecteurs. Vous feriez n’importe quoi pour garder votre business. Sauf que là, ce ne sont pas des escrocs qui triquent, ce sont des agriculteurs, des PME, et des citoyens qui se font avoir.

Le Maroc peut encore rattraper le coup

La solution est simple : supprimer ce plafond de 20 %. Ou du moins, le rendre progressif, avec des objectifs clairs. Mais pour ça, il faudrait que quelqu’un au gouvernement ait les couilles de dire : « On arrête les conneries. » Personne ne l’a fait. Pas encore.

Et c’est ça, le vrai problème. Pas les panneaux solaires. Pas le manque d’investissements. Mais cette paralysie politique qui empêche le pays d’avancer. Le Maroc a tout pour être un leader en énergies renouvelables. À condition de cesser de jouer les sourds.

Le dernier mot

Les producteurs marocains d’électricité se font avoir. Pas par manque de moyens, pas par manque de soleil, mais par manque de courage politique. La loi des 20 % n’est pas un bug, c’est un choix. Et tant qu’il n’y aura personne pour la défoncer, le pays continuera à brûler son argent… et son avenir.

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R Galaxie Rédaction

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