Pourquoi le Maroc est-il toujours perdant dans le jeu migratoire ?

Entre les accusations de complicité quand il agit et de lâcheté quand il ne fait rien, Rabat est pris en étau. L’Espagne et ses idéologues jouent avec les morts en migrants comme avec des pions. Voici comment ça marche, et pourquoi personne ne sort gagnant.

Publié le 19 septembre 2026 à 18:00
Pourquoi le Maroc est-il toujours perdant dans le jeu migratoire ?

Le chantage humanitaire qui ne dit pas son nom

Ce n’est pas un hasard si les cris d’orfraie espagnols résonnent surtout quand les corps s’entassent côté marocain. En 2022, l’ONG Caminando Fronteras a recensé 53 morts en mer entre le Maroc et l’Espagne, soit près de 40 % des noyades enregistrées dans tout le détroit. Pourtant, quand les migrants meurent avant d’atteindre les eaux territoriales espagnoles, c’est la faute à la « répression marocaine ». Quand ils meurent après, c’est la preuve que le Maroc « ne fait pas assez ».

Prenez l’exemple de Nador. En juin 2023, des centaines de migrants se sont entassés dans un camp de fortune près de la ville, dans l’attente d’un passage vers l’Espagne. Les images ont fait le tour des réseaux : des hommes, des femmes, des enfants, entassés sous des bâches en plastique, avec à peine de l’eau et des latrines à ciel ouvert. L’Espagne a fermé les yeux. Pourquoi ? Parce que ces migrants, une fois sur son sol, deviendraient un problème à elle. Le Maroc, lui, n’a même pas le droit de les nourrir correctement sans être accusé de « trafic humain ».

Et puis il y a l’arme du gaz. En mai 2021, après des mois de tensions, le Maroc a laissé passer des milliers de migrants vers Ceuta. Résultat : l’Espagne a ouvert les vannes des aides « humanitaires », et fermé celles des critiques. Quand ça arrange, Rabat est un tyran. Quand ça dérange, c’est un allié indispensable.

L’Espagne a un plan. Le Maroc, lui, n’a que des options pourries.

Ce qui se passe à Melilla ou à Nador, ce n’est pas un « problème migratoire ». C’est un jeu de dupes. Un jeu où l’Espagne utilise les morts comme monnaie d’échange. Où ses intellectuels, ses médias et son extrême droite se gavent de morale quand ça leur convient. Où le Maroc, lui, doit choisir entre deux mauvais rôles : celui du bourreau ou celui du bouc émissaire.

Pire : personne ne parle des pays d’origine. Les passeurs viennent du Sénégal, de la Guinée, du Mali. Les gouvernements de ces pays ferment les yeux parce qu’ils savent très bien que leurs citoyens ne repartiront pas. L’Espagne et le Maroc, eux, se contentent de se renvoyer la balle.

Le vrai piège, c’est celui de la dépendance.

Depuis les accords de 1991, le Maroc est le premier partenaire de l’UE en matière de contrôle migratoire. En échange de milliards d’euros, il doit garder les migrants loin des côtes espagnoles. Sauf que quand il le fait, on lui reproche son « autoritarisme ». Quand il ne le fait pas, on l’accuse de « ne pas assurer sa part ». C’est comme si on disait à un pompier : « Si tu éteins l’incendie, tu es un dictateur. Si tu laisses brûler la maison, tu es un lâche. »

Et puis il y a l’hypocrisie des droits de l’homme. Les mêmes qui hurlent contre la répression marocaine ferment les yeux sur les camps de rétention espagnols. À Melilla, les migrants interceptés sont parqués dans des conditions indignes. Mais ça, c’est un problème espagnol. Pas marocain.

Ce que personne ne veut voir, c’est que le vrai crime, c’est le système.

Un système où l’Espagne peut se permettre d’être à la fois la juge et la partie prenante. Où les ONG occidentales financent les passeurs en dénonçant le Maroc. Où les médias espagnols font des migrants des victimes quand ça arrange, et des envahisseurs quand ça dérange.

Le Maroc, lui, n’a pas le luxe de choisir. Il est condamné à perdre.

Pourtant, il y a une faille.

En 2022, le Maroc a suspendu les accords de réadmission avec l’Espagne. Résultat ? Les migrants ont commencé à transiter par d’autres routes, vers les Canaries, vers l’Algérie, vers la Turquie. L’Espagne a paniqué. Parce que soudain, le problème n’était plus « là-bas », mais « ici ».

Voilà le vrai levier. Le Maroc pourrait, demain, laisser filer les migrants vers l’Europe en masse. Pas par humanité, non, par calcul. Parce que si l’Espagne veut vraiment résoudre le problème, elle devra négocier autre chose que des morts en série.

Mais attention : ce n’est pas une solution. Juste une façon de montrer que le jeu est truqué. Que le Maroc n’est pas un pays à genoux. Qu’il a d’autres cartes à jouer.

Le vrai piège, c’est celui de la passivité.

L’Espagne et ses alliés européens préfèrent faire semblant de gérer la crise plutôt que d’affronter la réalité : ils ont besoin du Maroc comme bouc émissaire. Parce que si demain, les migrants arrivaient directement en Andalousie, ce serait leur problème. Pas celui de Rabat.

Alors oui, le Maroc est coincé. Mais ce n’est pas une fatalité. C’est un choix. Un choix politique. Un choix de puissance.

La prochaine fois qu’un migrant mourra à Melilla, demandez-vous une chose : qui en profitera ?

Pas les migrants. Pas le Maroc. Seulement ceux qui ont tout à gagner à ce que personne ne regarde plus loin que le bout de leur nez moral.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie