sont comptabilisés ? Est-ce qu’on exclut les cas où la personne a simplement disparu du radar ? Et surtout : est-ce que ce taux inclut les condamnés qui, faute de moyens, abandonnent le programme avant la fin ?
À Abou Dhabi, le Maroc va reproduire ce modèle en version premium. Mais avec quels résultats ? Les Émirats, eux, ont déjà leur propre système de réinsertion, moins médiatisé, mais bien plus strict. Leur taux de récidive ? 15 % (source : rapport du ministère de l’Intérieur émirati, 2023). Moins que le Maroc. Alors pourquoi payer 120 millions pour importer une copie ?
La réponse, c’est simple : c’est une question d’image.
Le Maroc vend du rêve, pas des résultats
Le vrai problème, c’est que personne ne sait vraiment ce que fait cette justice solidaire. Au Maroc, les centres de réinsertion sont sous-financés, les médiateurs mal payés, et les programmes souvent réduits à des stages de peinture murale pour condamnés. À Abou Dhabi, on va probablement faire pareil, mais en plus chic : des ateliers de design thinking pour voleurs à la tire, des cours de leadership pour trafiquants de drogue.
Le pire ? Les Émirats ont déjà un système qui marche. Leur approche est brutale, mais efficace : peines courtes, suivi strict, et une tolérance zéro pour les récidivistes. Résultat : leur taux de réinsertion est meilleur que celui du Maroc. Alors pourquoi s’embêter à importer un modèle qui coûte cher et qui ne fonctionne pas mieux ?
Parce que ça fait joli sur les communiqués de presse.
Derrière la rhétorique royale, une réalité moins reluisante
Le Maroc mise sur cette justice solidaire depuis des années, avec un argument massue : « C’est la vision du Roi. » Sauf que la vision du Roi, parfois, ça ressemble à du vent. Prenez le cas de Mohamed VI, qui a lancé ce concept en 2005. Depuis, des milliards ont été dépensés, des discours tenus, des centres ouverts… mais le vrai problème, c’est que le système pénal marocain reste lent, corrompu, et inefficace.
Exemple : à Casablanca, le tribunal pénal a un taux d’affaires classées sans suite de 35 % (source : rapport de Transparency International Maroc, 2023). Pourquoi ? Parce que les juges sont submergés, parce que la police fait n’importe quoi, et parce que la justice solidaire, elle, ne concerne que 5 % des dossiers. Le reste ? Prison ou abandon.
Alors quand le Maroc vend son modèle à Abou Dhabi, il vend une illusion. Une illusion de modernité, de progressisme, de soft power pénal. Mais sur le terrain, rien ne change.
Abou Dhabi va-t-elle se faire avoir ?
Les Émirats ne sont pas des naïfs. Ils savent très bien que le Maroc a un problème de transparence. Alors pourquoi signer ce partenariat ? Parce que ça leur permet de tester une alternative sans toucher à leur système actuel. Et si ça marche ? Tant mieux. Si ça marche pas ? Ils auront dépensé 120 millions pour rien, mais auront sauvé la face.
Le vrai risque, c’est que ce partenariat serve de bouclier pour le Maroc. Un moyen de dire : « On innove, on exportons nos bonnes pratiques ! » pendant que, chez eux, la justice reste un bordel.
La justice solidaire, c’est comme le high-tech marocain : du marketing sans substance
Vous vous souvenez de Maroc Numeric Fund ? Ce fonds pharaonique pour faire du Maroc un hub tech ? Résultat : des startups fantômes, des promesses non tenues, et des milliards engloutis dans des projets qui n’ont jamais vu le jour. La justice solidaire, c’est un peu la même histoire.
On vend un rêve, on fait semblant d’agir, et on ignore les vrais problèmes. Au lieu de réformer en profondeur, indépendance de la justice, lutte contre la corruption, formation des magistrats, on mise sur des cosmétiques pénaux. Des ateliers, des discours, des photos de condamnés souriants en train de peindre des murs.
À Abou Dhabi, ils vont probablement faire la même erreur. Ils vont croire que la justice solidaire, c’est la solution. Alors qu’en réalité, la vraie solution, c’est d’arrêter de faire semblant.
Ce que ça signifie pour vous
Si vous pensez que ce partenariat va changer quoi que ce soit pour les détenus marocains ou émiratis, vous vous trompez. Ça ne changera rien.
Mais ça changera une chose : ça donnera une bonne image au Maroc. Une image de pays innovant, progressiste, qui exporte ses bonnes pratiques. Sauf que les bonnes pratiques, dans ce cas, n’existent pas.
Alors oui, félicitations au Maroc pour son nouveau contrat. Mais ne vous y trompez pas : derrière les beaux discours, il n’y a que du vent. Et des milliards gaspillés.
La vraie question, c’est : qui va payer l’addition quand on se rendra compte que tout ça ne sert à rien ?