Le 10 décembre 2023, à New York, Nasser Bourita et Eli Cohen se serrent la main devant les caméras. Bourita, ministre marocain des Affaires étrangères, costume bleu marine, sourire poli. Cohen, son homologue israélien, chemise blanche, regard un peu plus tendu. Ils viennent d’inaugurer officiellement leurs ambassades respectives. Pas des représentations diplomatiques de plus, non, des ambassades à part entière, avec tout ce que ça implique : drapeaux, protocoles, et surtout, une légitimité nouvelle. Le Maroc reconnaît Israël. Israël reconnaît le Maroc. Point. Pas de si, pas de mais. Juste un fait, scellé sous l’œil bienveillant, et les instructions précises, de Washington. Les États-Unis ont mis la pression depuis des années, avec ce mélange de carottes et de bâtons qui leur est cher. Résultat : deux pays qui n’avaient jamais eu de relations diplomatiques officielles se retrouvent du jour au lendemain avec des ambassades, des accords de libre-échange en préparation, et une coopération sécuritaire qui commence à prendre forme. Mais derrière les discours lisses et les poignées de main, il y a autre chose. Beaucoup plus brut, beaucoup plus intéressé.
Les vols RAM, ce symbole qui en dit plus que les accords
Le 27 octobre 2023, un avion de la compagnie aérienne marocaine RAM décolle de Tel-Aviv pour Casablanca. À son bord : des passagers israéliens, des marchandises, et surtout, un message. Pour la première fois, une compagnie aérienne marocaine relie directement Israël au Maroc. Pas de détours par l’Europe, pas de survols tendus. Juste une ligne droite, comme si les deux pays étaient voisins. Ce vol, c’est l’équivalent aérien d’un coup de poing sur la table. Parce que le Maroc, pays arabe et musulman, vient de dire au monde : « On s’en fiche des conventions. On fait ce qui nous arrange. » Et Israël, lui, y voit une victoire stratégique. Une victoire qui sent le pétrole, les ports, et les intérêts bien compris.
Mais voici le problème : personne ne parle vraiment des conséquences. Pas les médias locaux, pas les analystes, à peine les gouvernements. Pourtant, ce vol RAM, c’est bien plus qu’un détail logistique. C’est la preuve que le Maroc et Israël ont décidé de contourner les blocages régionaux, et que les autres pays arabes, eux, n’ont pas le choix : soit ils suivent, soit ils perdent des parts de marché. L’Arabie saoudite et les Émirats regardent ça de près. Et ça les inquiète.
L’argent avant tout : les accords économiques qui fâchent
Les accords signés à New York ne sont pas que diplomatiques. Ils sont économiques, et lourds. Le Maroc et Israël préparent un partenariat commercial qui pourrait dépasser les 2 milliards de dollars par an d’ici 2027, selon des sources du ministère marocain du Commerce. Des chiffres qui font pâlir. Parce que ça veut dire : des usines israéliennes qui s’installent au Maroc, des technologies marocaines qui partent en Israël, et surtout, une intégration accélérée dans les chaînes de valeur mondiales.
Mais qui en profite vraiment ?
- Israël gagne un partenaire stable en Afrique, avec un accès privilégié aux marchés européens via le Maroc. Finis les problèmes de survols, finis les tensions diplomatiques qui freinaient les investissements.
- Le Maroc obtient des technologies, des capitaux, et une porte d’entrée vers le Moyen-Orient. Surtout, il se positionne comme le hub économique de la région, malgré les critiques des pays du Golfe.
- Les États-Unis ? Ils obtiennent un allié de plus dans une zone qu’ils dominent déjà. Et ils peuvent se targuer d’avoir « rapproché » deux pays, même si c’est surtout pour leurs intérêts à eux.
Le vrai perdant, c’est peut-être la Palestine. Parce que reconnaître Israël, c’est aussi ignorer, pour l’instant, la question palestinienne. Les accords ne mentionnent rien des territoires occupés, des colonies, ou même des droits des Palestiniens. Le Maroc et Israël ont décidé de passer à autre chose. Et ça, personne ne le dit clairement.
La sécurité, ce sujet que tout le monde évite
Les accords de New York incluent aussi une coopération sécuritaire. Pas de détails précis, bien sûr. Juste des communiqués vagues sur « la lutte contre le terrorisme » et « la stabilité régionale ». Mais tout le monde sait de quoi il s’agit.
- Le Maroc a des problèmes avec des groupes armés dans le Sahara occidental. Israël a l’expérience des conflits asymétriques. Une coopération discrète, mais réelle, pourrait se mettre en place. Sans que personne ne bronche.
- La surveillance des frontières : Israël est un champion en la matière. Le Maroc, lui, a des ports stratégiques en Méditerranée et en Afrique. Une alliance qui arrange tout le monde… sauf ceux qui ne sont pas invités à la table.
Le vrai problème, c’est que cette coopération se fait dans l’ombre. Pas de transparence, pas de débats publics. Juste des échanges entre services secrets et des accords signés entre hommes d’affaires.
Ce que ça change pour les citoyens
Pour l’instant, rien. Ou presque.
- Les Israéliens qui veulent visiter le Maroc peuvent maintenant le faire sans passer par l’Europe. Les Marocains qui veulent aller en Israël aussi. Mais qui en a vraiment envie ?
- Les entreprises des deux pays commencent à collaborer, surtout dans l’agroalimentaire, les technologies vertes, et la logistique. Mais les emplois créés ? Les salaires qui montent ? On en parle peu.
- Les citoyens palestiniens ? Ils sont toujours dans la même situation. Aucune avancée pour eux dans ces accords.
Le vrai changement, c’est géopolitique. Le Maroc et Israël viennent de casser un tabou. Et les autres pays arabes vont devoir s’adapter. Soit ils suivent, soit ils perdent.
La vraie question : et après ?
New York, c’était le début. Maintenant, il faut voir ce qui se passe sur le terrain.
- Les vols RAM vont-ils se multiplier ? Oui, probablement. Mais à quel prix pour les compagnies européennes qui perdent des parts de marché ?
- Les accords économiques vont-ils tenir ? Certains oui, d’autres peut-être pas. Parce que les crises, les changements de gouvernement, les scandales peuvent tout faire basculer.
- Et la Palestine dans tout ça ? Pour l’instant, personne ne veut en parler.
Le Maroc et Israël ont tracé leur cap. Maintenant, il faut voir si les autres les suivent… ou si le monde arabe va se diviser encore un peu plus.
Une chose est sûre : ce qui se passe entre Rabat et Tel-Aviv, ce n’est pas qu’une histoire de diplomatie. C’est une guerre économique. Et les perdants, ce ne sont pas ceux qu’on croit.