Casablanca double les mises sur l’hôtellerie avant le Mondial

75 hôtels et 10 606 chambres en chantier. Les promoteurs misent sur le Mondial 2030 pour attirer les investisseurs, mais les risques ne sont pas tous calculés. À Casablanca, on joue gros, sans filet.

Publié le 21 octobre 2026 à 06:00
Casablanca double les mises sur l’hôtellerie avant le Mondial

Pourquoi le Maroc mise tout sur un seul événement

Le Mondial de football, c’est l’argument choc. Les organisateurs le savent : quand une ville ou un pays promet un événement de cette envergure, les investisseurs ouvrent leur portefeuille sans trop réfléchir. Casablanca, c’est le pari du tout-ou-rien. La ville veut devenir la porte d’entrée du tourisme africain, mais sans le Mondial, ces 60 000 lits risquent de rester des coquilles vides. Le problème ? Personne ne garantit que les touristes viendront en masse.

En 2022, le Maroc a accueilli 13 millions de visiteurs. Un bon score, mais loin des 20 millions annoncés avant la pandémie. Et puis, il y a la concurrence : Dubai, Istanbul, Abidjan. Le Maroc a l’avantage du prix, mais pas celui de l’image. Les hôtels low-cost pullulent, mais les chaînes internationales hésitent encore à s’engager sur des marchés où les infrastructures peinent à suivre.

Le vrai enjeu, ce n’est pas le Mondial. C’est ce qui se passe après. Si les investisseurs ne voient que l’événement, ils ignorent les failles : transports saturés, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, et surtout, une demande qui reste fragile.

Les investisseurs savent-ils ce qu’ils achètent ?

À Casablanca, on parle de hub régional. En réalité, on parle de spéculation. Les promoteurs vendent des chambres avant même que les permis ne soient signés. Le Maroc Showcase, c’est le lieu où l’on vient signer des lettres d’intention, pas des contrats. Et entre les deux, il y a des années de paperasse, des retards, des changements de réglementation.

Prenez l’exemple du Marriott Menara. Ouvert en 2019, il a mis trois ans à atteindre 50 % de son taux d’occupation. Trois ans. Le temps que les touristes découvrent la destination, que les agences de voyage se réveillent, que les influenceurs postent leurs photos. Trois ans, c’est une éternité dans l’hôtellerie.

Pourtant, les investisseurs continuent de se presser. Pourquoi ? Parce que le Maroc offre des avantages fiscaux alléchants : exonérations de TVA, terrains à prix cassés, main-d’œuvre bon marché. Mais ces avantages masquent un risque : si la demande ne suit pas, les banques ne prêteront plus. Et là, c’est la crise.

Le piège des chiffres gonflés

10 606 chambres. Ce nombre, personne ne le vérifie. Les promoteurs l’utilisent comme un argument marketing, mais en réalité, la moitié de ces projets sont encore à l’état de croquis. Certains hôtels annoncés pour 2025 n’ont même pas de terrain identifié. D’autres dépendent de financements étrangers qui tardent à arriver.

Le vrai problème, c’est l’inflation. Les coûts des matériaux ont explosé depuis 2020. Le ciment coûte 30 % plus cher, l’acier aussi. Les promoteurs ont sous-estimé les coûts, comme d’habitude. Résultat : des marges qui s’effritent, des retards en cascade, et des investisseurs qui se réveillent avec une mauvaise surprise.

Et puis, il y a l’effet bulle. Quand trop de chambres sortent en même temps, les prix s’effondrent. C’est ce qui est arrivé à Marrakech dans les années 2010. Aujourd’hui, la ville peine à remplir ses hôtels en basse saison. Casablanca risque le même sort.

Ce que les promoteurs ne disent pas

Les discours officiels parlent d’économie circulaire, de tourisme durable, de valeur ajoutée locale. En vrai, on parle de rentabilité.

Le Maroc a un atout : le coût. Un lit à Casablanca coûte deux fois moins cher qu’à Dubai. Mais est-ce suffisant ? Non. Parce que le tourisme, ce n’est pas que des chambres. C’est aussi des restaurants, des transports, des loisirs. Et là, le Maroc accuse un retard.

Prenez l’exemple des aéroports. Casablanca a un aéroport international, mais les vols low-cost sont rares. Les compagnies aériennes préfèrent Lisbonne ou Istanbul. Sans trafic aérien, pas de touristes.

Et puis, il y a la question sociale. Les hôtels ont besoin de personnel. Mais où trouver des employés qualifiés ? Les salaires sont bas, la formation manque, et les syndicats se font discrets. Résultat : un turnover élevé, des grèves, et des clients qui râlent.

Le Maroc peut-il tenir sa promesse ?

Le 26 novembre, à Casablanca, les promoteurs vont serrer des mains et signer des contrats. Ils vont vendre du rêve. Mais derrière les chiffres, il y a des risques.

Le Mondial 2030 sera un test. Si les touristes affluent, les hôtels seront rentables. Si non, ce seront des désastres financiers.

Le vrai problème, c’est que personne ne sait. Les investisseurs misent sur l’événement, les promoteurs sur les chiffres, et les autorités sur l’image. Mais au final, c’est le client qui paiera la note.

Et si les touristes ne viennent pas ?

Alors, il faudra bien regarder la réalité en face : le Maroc a construit trop d’hôtels, trop vite, sans garantie.

La question n’est pas si le Maroc réussira. C’est comment il gérera l’échec.

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R Galaxie Rédaction

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