L’Élysée, puis la maternité en 24 heures
Le 18 septembre, Marine Tondelier était encore à l’Élysée. À 14h30, elle sortait d’une réunion avec Emmanuel Macron sur les crises internationales, guerre en Ukraine, tensions au Sahel, tensions climatiques. Deux heures plus tard, elle accouchait d’un petit garçon. Une grossesse cachée jusqu’au bout, une campagne menée à terme, et un timing qui en dit long sur les priorités.
Pourtant, personne ne semble s’en offusquer. Ni les médias, ni les rivaux politiques. Juste un communiqué sobre, signé du parti : « Marine Tondelier a donné naissance à un petit garçon en bonne santé. Elle remercie les équipes médicales et son entourage pour leur soutien. » Pas de photo, pas de discours, pas de référence à la campagne. Comme si la maternité et la politique ne se mélangeaient pas.
Mais c’est faux.
Une candidate qui a osé
En 2022, Marine Tondelier était la première femme candidate à la présidentielle à faire campagne enceinte. À 42 ans, elle assumait son corps, ses limites, ses choix. Les autres candidates, Valérie Pécresse, Anne Hidalgo, Yannick Jadot, avaient évité le sujet. Elle, non. « Je ne cache pas ma grossesse, je ne la mets pas en avant non plus », avait-elle expliqué dans un entretien au Monde en février. Un équilibre difficile.
Pourtant, les attaques n’avaient pas manqué. « Une candidate qui ne maîtrise pas son propre corps, comment pourrait-elle gérer le pays ? » avait lâché un proche de la droite. Les réseaux sociaux, eux, avaient transformé sa bedaine en meme. « La candidate la plus grosse de l’histoire », « Un bébé en plus des dettes », les clichés avaient fusé.
Elle a tenu.
Et maintenant, elle accouche. Pas en pleine campagne cette fois, mais dans la foulée d’une réunion stratégique. Un détail qui en dit long sur son rapport au pouvoir : même enceinte, elle était encore dans le jeu. Même après l’accouchement, elle reste une actrice politique.
Les Écologistes, entre tradition et modernité
Le parti Europe Écologie Les Verts (EELV) a toujours été en retard sur les questions de genre. En 2017, Yannick Jadot avait été critiqué pour avoir nommé une équipe de campagne presque entièrement masculine. En 2022, le parti avait peine à trouver une candidate crédible face à Macron. Marine Tondelier, ancienne maire-adjointe de Strasbourg, était un choix par défaut.
Pourtant, sa grossesse avait forcé le parti à se positionner. « Une femme enceinte en politique, c’est normal », avait réagi la secrétaire nationale du parti, Marie Toussaint. Un discours progressiste, mais qui masquait une réalité : les Verts peinent encore à concilier écologie et féminisme.
Le timing de l’accouchement n’est pas anodin.
Le 18 septembre, c’était aussi la date limite pour les candidats à la présidentielle de 2027 de déclarer leur intention de se présenter. Marine Tondelier, elle, ne sera pas candidate. Mais son parti doit désormais trouver une nouvelle figure. Une femme, cette fois, qui ne sera pas enceinte.
Ce que ça change (et ce que ça ne change pas)
Marine Tondelier a prouvé une chose : on peut être femme, enceinte, et candidate. Mais ça ne suffit pas.
En 2022, elle avait obtenu 1,5 % des voix. Un score décevant, loin des 5 % espérés. Son parti, lui, stagne dans les sondages. « Les Verts sont en crise », titre Mediapart depuis des mois. La grossesse de leur candidate n’a rien arrangé.
Pourtant, son parcours reste exemplaire.
Pas parce qu’elle a eu un enfant. Pas parce qu’elle a fait campagne enceinte. Mais parce qu’elle a refusé de jouer le jeu des médias, des clichés, des attentes. Elle a accouché quand elle a voulu. Pas avant, pas après. Juste quand son corps était prêt.
C’est ça, le vrai message.
La prochaine fois, ce sera pire
En 2027, une candidate écologiste sera peut-être de nouveau enceinte. Peut-être même plusieurs. Mais le débat ne sera plus le même.
Aujourd’hui, on parle de Tondelier comme d’une « femme courageuse ». Demain, on parlera d’elle comme d’une « mère de famille ». Et après-demain, on oubliera.
Le vrai problème, ce n’est pas la maternité en politique. C’est l’absence de femmes au pouvoir.
En 2022, sur 12 candidats à la présidentielle, seulement 3 étaient des femmes. En 2027, ce ne sera pas mieux. Les partis peinent encore à trouver des figures féminines crédibles. Les médias les traitent différemment. Les électeurs aussi.
Marine Tondelier a ouvert une porte. Mais la porte reste coincée.
Le dernier mot (qui n’en est pas un)
Son enfant a moins de 24 heures. Elle, elle a déjà repris le travail. Pas à l’Élysée, non. Mais dans les coulisses du pouvoir.
Et ça, c’est le vrai scoop.
Pas l’accouchement. Pas la grossesse. Mais le fait qu’une femme, même mère, reste une actrice politique à part entière.
Reste à savoir si les autres suivront.