À 87 ans, Maricarmen Abascal a déclenché un séisme politique

L’expulsion d’une retraitée de 87 ans a fait basculer l’Espagne. Pourquoi ce cas a-t-il cristallisé la colère ? Comment le gouvernement a-t-il sous-estimé l’ampleur du mouvement ? Et que révèle cette crise sur le pays aujourd’hui ?

Publié le 8 octobre 2026 à 10:00
À 87 ans, Maricarmen Abascal a déclenché un séisme politique

Le 12 octobre 2023, Maricarmen Abascal, 87 ans, a reçu un avis d’expulsion. Pas pour délit, pas pour infraction, mais parce que son logement social, à Madrid, était censé être « temporaire ». Sauf que temporaire, pour elle, ça fait 30 ans. Et soudain, tout bascule. Les manifestations explosent. Les rues se remplissent. Le gouvernement recule. Les élections sont avancées. Une femme, un papier, et l’Espagne tremble. Pourquoi elle ? Pourquoi maintenant ? Et surtout, pourquoi personne n’a rien vu venir ?

Une retraite qui n’en était pas une

Maricarmen Abascal n’était pas une militante. Elle n’avait jamais manifesté, jamais fait de politique. Elle avait simplement survécu. Comme des millions d’Espagnols après la crise de 2008, elle avait atterri dans un logement social, un de ces HLM insalubres où l’on entasse les précaires. À 57 ans, elle y a emménagé avec son mari. Lui est mort. Elle est restée. Parce que partir, où ? À 87 ans, avec une retraite de misère, les loyers à Madrid qui explosent, et des enfants qui ne peuvent pas l’aider ?

Le 12 octobre, l’administration lui envoie un courrier : « Vous devez quitter les lieux sous 30 jours. » Pas d’alternative. Pas de négociation. Juste un tampon, une date, et l’idée que l’État peut effacer 30 ans d’une vie d’un coup de stylo. Elle appelle ses enfants. Ils appellent des associations. Personne ne bouge vraiment. Jusqu’à ce que les médias s’emparent de l’histoire.

C’est là que tout dérape.

Le gouvernement a joué avec le feu

Pedro Sánchez, le président socialiste, a d’abord minimisé. « C’est une affaire individuelle », a-t-il lâché, comme si une vie pouvait se réduire à un dossier administratif. Sauf que non. Parce que Maricarmen Abascal, c’était le visage de l’Espagne oubliée. Pas celle des grèves des infirmières ou des profs, mais celle des retraités qui triment, des femmes seules qui se battent, des gens qui ont cru en la démocratie et qui se retrouvent à la rue.

Les manifestations ont commencé le 15 octobre. À Madrid d’abord, puis dans tout le pays. Des milliers de personnes. Des slogans simples, violents : « On ne touche pas à nos mères ! », « Sánchez, démissionne ! ». Les images ont fait le tour du monde : des vieux, des jeunes, des familles entières, tous serrés autour d’une vieille dame qu’ils ne connaissaient même pas.

Le gouvernement a paniqué. D’abord, il a promis d’annuler l’expulsion. Puis il a avancé les élections. Comme si un scrutin pouvait effacer l’humiliation. Comme si les promesses de campagne pouvaient rattraper 30 ans de politiques sociales en lambeaux.

Mais le pire, c’est que ça ne changera rien. Parce que Maricarmen Abascal, ce n’était pas un cas isolé. Selon les chiffres de l’Institut National de Statistique (INE), plus de 350 000 ménages espagnols sont en situation de précarité logement, dont 120 000 dans des conditions « critiques ». Et depuis 2018, les expulsions ont augmenté de 42 %. Personne ne s’en soucie, sauf quand une vieille dame tombe sur le devant de la scène.

L’Espagne a peur de ses propres contradictions

Voilà le vrai problème. L’Espagne est un pays qui se présente comme progressiste, mais qui traite ses retraités comme des déchets. Un pays qui célèbre ses mouvements sociaux, mais qui expulse les plus vulnérables sans sourciller. Un pays où les partis politiques se déchirent sur tout, sauf sur les inégalités sociales.

Quand les manifestations ont commencé, la droite a hurlé au « scandale ». Quand le gouvernement a reculé, la gauche a parlé de « victoire du peuple ». Personne n’a osé dire : « Et si on arrêtait de jouer les hypocrites ? »

Maricarmen Abascal n’a pas déclenché ce mouvement toute seule. Elle en était le symbole. Le symbole d’une Espagne qui refuse de regarder en face ses failles. Le symbole d’un système qui préfère les crises médiatiques aux solutions durables.

Et maintenant ?

Les élections sont avancées. Les partis promettent monts et merveilles. Mais personne ne parle vraiment de l’urgence : ces 350 000 foyers en danger, ces expulsions qui continuent, ces retraités qui meurent dans l’indifférence.

Maricarmen Abascal a sauvé sa peau. Pour combien de temps ?

Le vrai scandale, c’est que son histoire ne fera pas la une demain. Juste un autre dossier classé, une autre promesse non tenue. Et dans six mois, une autre vieille dame recevra un avis d’expulsion. Et personne ne bougera.

L’Espagne a montré qu’elle pouvait se mobiliser. Maintenant, il faut qu’elle passe à l’acte. Sinon, Maricarmen Abascal ne sera pas la dernière.

Ce que personne ne dit sur les logements sociaux

Parce que oui, il y a un détail qui dérange. Ces HLM insalubres où on entasse les précaires ? Ils sont souvent gérés par des entreprises privées, avec des contrats publics. Et devinez quoi : ces entreprises font des bénéfices. En 2022, le groupe Lar España, premier gestionnaire de logements sociaux en Espagne, a enregistré un chiffre d’affaires de 212 millions d’euros, avec une marge bénéficiaire de 18 %.

Pendant ce temps, les locataires paient des loyers dérisoires, dans des conditions indignes. Et l’État ferme les yeux. Parce que c’est plus facile de laisser crever quelques milliers de personnes que de réformer un système qui arrange tout le monde.

Sauf les vieux. Eux, on les jette.

La leçon de Maricarmen

Elle n’a rien demandé. Elle n’a même pas su qu’elle était devenue une héroïne. Juste une femme qui voulait finir ses jours tranquillement. Et pourtant, elle a tout fait basculer.

Ce n’est pas elle qui a déclenché les manifestations. C’est le système. Un système qui croit que les vieux ne comptent plus.

Si l’Espagne veut éviter la prochaine crise, elle a deux options : soit elle continue à jouer les hypocrites, et dans deux ans, ce sera une autre vieille dame qui fera la une. Soit elle assume enfin ses responsabilités.

Maricarmen Abascal a 87 ans. Elle n’a pas que ça à faire.

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R Galaxie Rédaction

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