L'Espagne expulse une retraitée de 87 ans, le logement devient un champ de bataille

Maricarmen Abascal, 87 ans, a été évacuée sur une civière de son appartement madrilène. Son cas révèle une crise du logement qui n’épargne plus personne, pas même les retraités. Les expulsions explosent, les loyers aussi. Et l’État regarde ailleurs.

Publié le 29 septembre 2026 à 18:10
L'Espagne expulse une retraitée de 87 ans, le logement devient un champ de bataille

Maricarmen Abascal avait 87 ans, un appartement à Madrid, et plus de moyens de payer. Mercredi dernier, elle a été évacuée comme un déchet. Pas une expulsion classique, non : une civière. Deux hommes en combinaison blanche, des brancards, et des voisins qui filment, impuissants. Les images ont fait le tour de l’Espagne. Pas parce que c’est rare. Parce que cette fois, c’est une vieille dame. Pas un jeune couple, pas un travailleur précarisé, mais une retraitée. Celle qui, toute sa vie, a cotisé, trimé, et qui se retrouve à la rue parce que le loyer de son T2 à Vallecas a doublé en trois ans. Le propriétaire ? Une société immobilière. Le locataire ? Une femme qui touche 900 euros de pension. Le système ? Il fonctionne encore. Pour tout le monde, sauf elle.

Le logement, ça n’est plus un problème, c’est une guerre

Les chiffres, on les connaît. L’Espagne compte 1,5 million de ménages en difficulté pour payer leur logement, selon l’Observatoire des Prix et des Conditions de la Vie (OPV). Mais les chiffres, ça glisse. Ce qui claque, c’est l’image : une octogénaire évacuée comme un colis. Parce que les expulsions, avant, c’était pour les autres. Les jeunes, les familles monoparentales, les travailleurs en CDD. Maintenant, c’est pour les retraités. Ceux qui ont cru que la retraite, c’était la tranquillité. Sauf que non. Les loyers ont grimpé de 12 % en un an, selon les données de l’Institut National de Statistique (INE). Et les pensions ? Elles stagnent. Résultat : en 2023, 45 % des plus de 65 ans en Espagne consacrent plus de 30 % de leurs revenus au logement, contre 20 % en 2010. Maricarmen Abascal faisait partie de ces 45 %.

Pourtant, personne ne bronche vraiment. Le gouvernement parle de « mesures sociales ». La droite hurle contre « l’ingérence des propriétaires ». Les associations crient au scandale, mais les expulsions continuent. Parce que le vrai problème, ce n’est pas le manque de logements. C’est le manque de volonté politique. L’Espagne a 3,5 millions de logements vides, selon le ministère du Logement. Assez pour loger tout le monde. Sauf que ces logements sont soit trop chers, soit entre les mains de fonds d’investissement qui les louent à prix d’or aux touristes. Pendant ce temps, les familles attendent des HLM qui ne viennent jamais. Ou alors, elles se font expulser.

Les propriétaires, des héros ?

Les propriétaires, surtout les gros, adorent cette crise. Parce qu’ils en profitent. Les loyers ont explosé depuis 2020. +20 % à Barcelone, +25 % à Madrid. Les agences immobilières recrutent. Les fonds étrangers achètent. Et les locataires ? Ils serrent les dents. Ou ils déménagent. Vers des bidonvilles, des chambres de bonne, ou pire : la rue. En 2023, 12 000 expulsions ont été recensées en Catalogne seule. 12 000. Soit une tous les 8 heures. Et personne ne fait rien. Ou presque.

Il y a bien la loi qui interdit les expulsions en hiver. Sauf que les propriétaires contournent. Ils coupent l’eau, l’électricité, et attendent le printemps. Ou alors, ils négocient. « On baisse le loyer… si vous partez. » C’est ce qu’a proposé le propriétaire de Maricarmen Abascal. Elle a refusé. Alors on l’a évacuée. Sur une civière.

Ce que le gouvernement ne veut pas voir

Le gouvernement de Pedro Sánchez a un plan. Ou plutôt, une série de mesures qui ressemblent à des timides tentatives de sauvetage. Un fonds de 100 millions d’euros pour aider les locataires. Des aides au logement. Des subventions. Sauf que 100 millions, c’est rien face à l’ampleur du problème. Et puis, ces aides, elles arrivent trop tard. Ou pas du tout. Parce que les bureaucraties traînent. Parce que les critères sont trop stricts. Parce que les propriétaires refusent de jouer le jeu.

Pire : le gouvernement a aussi augmenté les aides aux propriétaires. Pour « encourager l’investissement ». Traduction : donnez plus d’argent à ceux qui font monter les loyers. Logique ? Non. Efficace ? Oui. Pour eux.

La vraie question : et après ?

Maricarmen Abascal, elle, est toujours à la rue. Ou presque. Ses voisins l’ont recueillie le temps que les associations trouvent une solution. Une chambre d’hôte, un squat, une résidence pour seniors. Bref, quelque chose de pire que son ancien appartement. Parce que le système est conçu pour ça : vous faire descendre encore plus bas.

Le pire, c’est que son cas n’est pas une exception. Il est la règle. Juste, cette fois, c’est une vieille dame qui a fait la une. La prochaine fois, ce sera un enfant. Ou un malade. Ou un couple sans ressources. Parce que la crise du logement, en Espagne, ce n’est plus un problème social. C’est une machine à broyer les vies.

Ce que personne ne dit

Personne ne parle des fonds d’investissement qui achètent des immeubles entiers pour les revendre en Airbnb. Personne ne parle des loyers qui explosent parce que les propriétaires savent que les locataires n’ont pas le choix. Personne ne parle des expulsions qui augmentent parce que les tribunaux sont lents, et que les propriétaires n’ont pas envie d’attendre.

Et surtout, personne ne parle de la solution qui existe. Réquisitionner les logements vides. Taxer les profits des propriétaires. Limiter les loyers. Des mesures qui marchent ailleurs. En Allemagne, en France, même aux États-Unis. Sauf qu’ici, on préfère regarder ailleurs. Parce que toucher aux propriétaires, c’est toucher aux intérêts. Et en Espagne, les intérêts passent avant les gens.

Maricarmen Abascal a 87 ans. Elle a vu des dictatures, des crises, des guerres. Mais celle-ci, elle ne s’y attendait pas. Personne ne s’y attendait. Parce que la crise du logement, ce n’est pas une crise. C’est une politique. Une politique qui choisit ses victimes. Et cette fois, c’est une vieille dame sur une civière qui nous le rappelle.

Le vrai combat commence maintenant

Les manifestations ont eu lieu. Les hashtags ont explosé. Les politiques ont tweeté leur indignation. Mais rien ne change. Parce que le vrai combat, ce n’est pas dans la rue. C’est dans les lois. Dans les tribunaux. Dans les poches des propriétaires. Et surtout, dans la tête des gens qui croient encore que ça peut s’arranger.

Ça n’arrangera pas. Pas tant que les loyers continueront de monter. Pas tant que les expulsions continueront de faire des victimes. Pas tant que le gouvernement préférera donner des miettes aux locataires plutôt que de s’attaquer aux vrais responsables.

Maricarmen Abascal, elle, elle a compris. Elle a 87 ans. Elle n’a plus rien à perdre. Et c’est ça, le vrai danger. Parce que quand les vieux commencent à tomber, c’est que le système est vraiment pourri.

Ce qui se passe quand on ne fait rien

En 2008, la crise financière a fait des millions de sans-abri en Espagne. Aujourd’hui, c’est la crise du logement qui fait le même travail. Sauf que cette fois, ce n’est pas une crise. C’est un choix. Un choix politique. Un choix économique. Un choix de société.

Et le choix, en Espagne, c’est clair : les propriétaires gagnent. Les locataires perdent. Les vieux trinquent. Et le reste du monde regarde.

Maricarmen Abascal, elle, elle ne regarde plus. Elle est à la rue. Et elle a raison de nous en vouloir.

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R Galaxie Rédaction

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