37 % des Français ne voient pas l’art contemporain comme un miroir de leur société

Marc-André 2 Figuères transforme des points en une critique acerbe de notre façon de vivre ensemble. Son exposition est un coup de poing : elle révèle ce que l’art contemporain refuse de montrer. Et ça, peu de monde en parle. Voici pourquoi ça devrait nous concerner.

Publié le 19 septembre 2026 à 12:16
37 % des Français ne voient pas l’art contemporain comme un miroir de leur société

L’illusion du collectif

Figuères prend des points. Des milliers. Il les disperse, les fait danser, les assemble, les écarte. Sur un mur. Au sol. En suspension. Et soudain, vous y voyez des foules. Des villes. Des visages. Votre cerveau triche. Il remplit les trous. Comme il remplit les vides de nos conversations sur le vivre-ensemble.

Pourtant, regardez mieux. Ces points ne forment rien. Juste des amas. Des grumeaux. Comme nos débats sur l’immigration, les retraites ou les Gilets jaunes : on parle en rond, on croit voir un sens, mais il n’y en a pas. L’artiste vous force à constater l’évidence : le collectif, c’est une fiction. Une fiction que même l’art contemporain, supposé subversif, entretient.

Prenez Socius, son installation phare. Des milliers de LED clignotent en rythme, comme une ville miniature. Sauf que cette ville n’a pas de règles. Pas de police. Pas de lois. Juste des points qui s’attirent, se repoussent, s’ignorent. Comme nous. Sauf que nous, on a des excuses : le travail, les écrans, les algorithmes. Lui, il n’a pas d’excuses. Il montre.

Ce que l’art ne veut pas montrer

Figuères n’est pas un utopiste. Il n’invente pas de société idéale. Il démonte la vôtre. Et ça, c’est rare dans les musées. D’habitude, on vous vend de l’abstraction qui fait joli. Des couleurs, des formes, des émotions floues. Ici, c’est brut.

Prenez Point de vue, une œuvre où des projecteurs balayent une pièce vide, traçant des lignes invisibles. Vous cherchez un sens. Vous en trouvez un. N’importe lequel. Parce que Figuères refuse de vous guider. L’art contemporain aime bien vous dire que tout est possible. Lui, il vous dit que rien n’est clair.

C’est pour ça que les critiques d’art ont du mal avec lui. En 2022, Les Inrockuptibles ont qualifié son travail de « trop direct ». Trop vrai. Trop peu consensuel. Parce que Figuères ne joue pas le jeu de l’art engagé qui fait semblant de dénoncer les injustices tout en restant dans le confort intellectuel. Lui, il vous met face à votre propre incapacité à voir.

Le piège des points

Voici le problème : nous aimons croire que les points, c’est comme les pixels. Que si on en met assez, on obtient une image. Une société harmonieuse. Une vérité.

Sauf que non. Les pixels, ça sert à faire des photos. Les points de Figuères, eux, servent à vous montrer que votre cerveau ment. Que vous projetez du sens là où il n’y en a pas. Que vos certitudes sur la démocratie, la justice, ou même l’art, sont des constructions fragiles.

Prenez Convergence, une installation où des points s’agglomèrent lentement, comme une foule en colère. Vous voyez une émeute. Vous voyez une révolution. Vous voyez votre version de ce que devrait être un mouvement social. Sauf que Figuères n’a rien décidé. C’est vous qui inventez la narration. Et c’est ça, le vrai scandale.

Pourquoi ça dérange

En 2021, une étude de l’INSEE a révélé que 68 % des Français estiment que « l’art contemporain ne les concerne pas ». Figuères, lui, il vous concerne. Parce qu’il ne vous laisse pas tranquille. Pas de discours lisse. Pas de morale facile. Juste des points qui vous regardent, et qui vous demandent : « Et vous, vous voyez quoi ? »

Le pire ? Vous n’avez pas de réponse. Pas de réponse claire. Pas de certitude. Juste le doute. Et le doute, c’est ce que l’art contemporain évite le plus.

Ce que ça change (ou pas)

Bien sûr, vous allez sortir de l’exposition en vous disant : « Bon, c’est intéressant, mais ça ne change rien à ma vie. » Vous aurez tort.

Parce que Figuères ne propose pas de solutions. Il propose une question : « Comment faites-vous pour vivre ensemble, alors que vous ne vous voyez même pas ? » La réponse, elle est dans la façon dont vous regardez ses points. Si vous cherchez des formes, vous en trouverez. Si vous cherchez du chaos, vous en verrez. L’artiste ne triche pas. C’est vous qui trichez.

Et ça, c’est bien plus gênant qu’une toile à 5 millions d’euros.

La vraie question

Marc-André 2 Figuères ne fait pas de l’art politique. Il fait de l’art honête. Un art qui ne ment pas. Qui ne vous prend pas pour un idiot.

Alors la prochaine fois que vous irez au musée, demandez-vous : « Est-ce que cette œuvre me dit quelque chose sur moi ? Ou est-ce qu’elle me fait juste sentir intelligent ? »

Parce que les points, au fond, c’est comme nous. Ils ne disent rien. C’est vous qui leur donnez un sens. Et ça, c’est le seul miroir que Figuères vous tend.

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R Galaxie Rédaction

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