Les riverains de Koekelberg manifestent contre la route Crucke, un bruit qui ne passe pas

Des centaines de personnes ont défilé ce dimanche contre le trafic aérien au-dessus de Bruxelles. La route Crucke, axe routier bruyant, aggrave un problème déjà ancien : le manque de repos dans la capitale. Les promesses politiques peinent à calmer la colère.

Publié le 14 septembre 2026 à 06:01
Les riverains de Koekelberg manifestent contre la route Crucke, un bruit qui ne passe pas

Le bruit de la route Crucke, un cauchemar pour Koekelberg depuis des années

Ce dimanche après-midi, le Parc Elisabeth à Koekelberg était noir de monde. Pas pour une fête, pas pour un concert, mais pour une manif. Une manif contre le bruit. Contre les avions qui survolent Bruxelles à basse altitude, contre les routes qui hurlent jour et nuit, et surtout, contre l’impression d’être ignorés. Au premier rang, des visages creusés, des regards las. Ceux qui n’ont plus la force de se battre, mais qui reviennent quand même. Parce que la route Crucke, cette artère bruyante qui traverse le quartier, c’est le symbole d’un échec.

La route Crucke, c’est le mur du son. Double vitrage ? Inutile. Oreillers anti-bruit ? Ça aide à dormir, mais pas à vivre. Les riverains le savent : à Koekelberg, on ne dort pas. On survit. Et ce dimanche, ils l’ont crié haut et fort.

Le chiffre qui résume tout : 70 % des Bruxellois souffrent de troubles du sommeil liés au bruit (source : étude Sound of Cities de 2022, financée par l’UE). À Koekelberg, le taux doit frôler les 90 %. Les avions, oui, mais la route Crucke, c’est l’ennemi de tous les jours. Pas de pic nocturne, pas de répit. Juste le grondement continu des camions, des voitures, des motos. Même la nuit.

Et puis il y a les promesses. Toujours les mêmes. « On va faire ci, on va faire ça. » Double vitrage subventionné ? Trop lent. Isolation des bâtiments ? Trop cher. Réaménagement de la route ? « Dans trois ans, peut-être. » Trois ans, c’est une vie. Trois ans, c’est le temps qu’il faut pour que la colère monte, encore.

Pourtant, on pourrait régler le problème. Mais on ne veut pas.

Parce que la route Crucke, c’est aussi une question de choix politiques. Une route, c’est du trafic. Du trafic, c’est de l’économie. Et l’économie, à Bruxelles, c’est sacré. Même si ça signifie que des centaines de familles passent leurs nuits à compter les avions, à serrer leur oreiller contre leurs oreilles, à se demander quand est-ce que quelqu’un va enfin les entendre.

Ce dimanche, ils ont marché. Ils ont brandi des pancartes. « Assez du bruit ! » « On veut dormir ! » Des slogans simples, directs. Pas de rhétorique, pas de diplomatie. Juste la rage de ceux qui en ont marre.

Et puis il y a les autres. Ceux qui passent leur chemin sans regarder. Ceux qui roulent sur la Crucke sans entendre le vacarme qu’ils laissent derrière eux. Ceux qui, peut-être, ne savent même pas que Koekelberg existe.

Le vrai problème, ce n’est pas le bruit. C’est l’indifférence.

Parce que le bruit, on peut le mesurer. On sait qu’il dépasse les 65 décibels la nuit, niveau interdit par la loi. Mais l’indifférence, elle, ne se mesure pas. Elle se vit. Elle se respire. Elle s’entend dans le silence des promesses non tenues.

À Koekelberg, on ne dort pas. On attend. On attend qu’on nous écoute. On attend qu’on agisse. Et ce dimanche, ils ont encore marché. Parce que marcher, c’est la seule chose qui reste quand on n’a plus rien à perdre.

La route Crucke, c’est le symptôme. Le vrai mal, c’est ailleurs.

Le vrai mal, c’est cette ville qui grandit sans penser à ceux qui y vivent. Qui construit sans se soucier de ceux qui habitent à côté. Qui promet sans jamais tenir ses engagements. À Koekelberg, on ne demande pas la lune. On demande juste un peu de silence. Un peu de respect. Un peu de sommeil.

Mais Bruxelles, elle, a d’autres priorités.

Et ça, personne ne veut en parler.

Pourquoi la région bruxelloise laisse-t-elle faire ?

Parce que c’est plus simple de fermer les yeux. Parce que les camions, les voitures, les motos, ça fait tourner l’économie. Parce que les riverains, eux, ils ne votent pas. Pas assez. Pas là où ça compte.

La région bruxelloise a des plans. Des études. Des rapports. « On travaille dessus. » Toujours la même phrase. Toujours les mêmes délais. Toujours les mêmes excuses.

Prenez le cas des zones de calme. Bruxelles en a créé quelques-unes. Trop peu. Trop tard. Et surtout, trop loin de Koekelberg. Parce que Koekelberg, c’est un quartier populaire. Pas assez influent. Pas assez bruyant pour déranger les décideurs.

Le vrai scandale, ce n’est pas le bruit. C’est l’injustice.

Injustice géographique : les quartiers aisés, eux, ils ont des solutions. Des murs anti-bruit. Des subventions. Des promesses tenues. À Koekelberg, on se débrouille. On s’adapte. On serre les dents.

Injustice politique : les élus passent. Les dossiers restent. Les riverains, eux, ils sont là. Toujours là. À compter les avions. À serrer leur oreiller.

Et puis il y a les solutions miracles. « Et si on plantait des arbres ? » « Et si on élargissait les trottoirs ? » Des idées. Des bonnes idées, même. Mais des idées qui prennent du temps. Trop de temps. Parce que le temps, à Bruxelles, c’est ce qu’on n’a pas.

La route Crucke, c’est un symbole. Le symbole d’une ville qui préfère ignorer plutôt que d’agir.

Parce que régler le problème de la Crucke, ça voudrait dire régler le problème du bruit à Bruxelles. Ça voudrait dire repenser la ville. Repenser les transports. Repenser la vie des gens.

Et ça, personne ne veut le faire.

Ce que les manifestants veulent, vraiment

Pas de discours. Pas de promesses en l’air. Juste des actes.

  • Des mesures immédiates : limiter la vitesse sur la Crucke la nuit. Interdire les poids lourds après 22h. Sanctionner les contrevenants. Pas de demi-mesures. Pas de « on verra plus tard ».

  • Un plan d’urgence pour l’isolation des logements : double vitrage, isolation des murs. Pas des subventions qui mettent des années à arriver. Des aides concrètes, maintenant.

  • Une vraie consultation des riverains : pas des réunions où on écoute les élus parler entre eux. Des assemblées où les gens de Koekelberg décident, avec des experts, des solutions qui marchent pour eux.

  • Des sanctions contre les pollueurs : les avions qui survolent trop bas, les conducteurs qui klaxonnent à 3h du matin. Bruxelles a des lois. Elle doit les appliquer.

Pas de jargon. Pas de rapports. Juste des résultats.

Ce que veulent les manifestants, c’est simple : qu’on les prenne au sérieux. Qu’on arrête de leur dire « patience » et « on fait ce qu’on peut ». Qu’on passe aux actes.

Parce que la patience, à Koekelberg, on l’a eue. Des années. Des décennies, même. Et ça suffit.

Le silence des pouvoirs publics : une stratégie ?

Bruxelles a peur. Peur des camions. Peur des voitures. Peur des lobbies. Peur de déplaire.

Alors on tergiverse. On étudie. On reporte. On attend que la colère retombe.

Mais la colère, elle, elle ne retombe pas.

Parce que le bruit, lui, il ne s’en va pas. Il reste. Il grandit. Il s’installe. Et ceux qui l’endurent, eux, ils restent aussi. Ils vieillissent avec. Ils comptent les avions en dormant.

Les pouvoirs publics, eux, ils ont une autre stratégie : celle de l’oubli. « Dans cinq ans, peut-être… » Cinq ans, c’est une génération. Cinq ans, c’est le temps qu’il faut pour que les anciens meurent et que les nouveaux s’habituent.

Mais à Koekelberg, on ne s’habitue pas. On résiste.

Ce dimanche, ils étaient des centaines. Des familles, des retraités, des jeunes. Tous unis par la même rage. La même fatigue. Le même refus de se taire.

Parce que manifester, à Koekelberg, ce n’est pas une mode. Ce n’est pas un coup de gueule. C’est une nécessité.

Et ça, Bruxelles ne peut plus l’ignorer.

Et après la manif ? Le combat continue

Les pancartes sont rentrées. Les slogans se sont tus. Mais le bruit, lui, il reste.

La route Crucke est toujours là. Les avions toujours aussi bas. Les promesses toujours aussi lointaines.

Alors quoi, maintenant ?

Maintenant, on attend. On attend les réactions des élus. On attend les annonces. On attend les mesures.

Mais on ne lâchera pas. Parce que Koekelberg, c’est un quartier qui se bat. Un quartier qui ne plie pas. Un quartier qui a compris une chose simple : quand on vous ignore, vous devez faire du bruit.

Et ce dimanche, ils l’ont fait. Fort. Longtemps. Jusqu’à ce que la ville entende.

Reste à savoir si Bruxelles va enfin écouter.

Parce que le vrai combat, ce n’est pas contre le bruit. C’est contre l’indifférence.

Et ça, personne ne veut en parler.

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R Galaxie Rédaction

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