Dix-huit femmes dépistées en Vaucluse, 15 000 autres attendues

Le mammobile a fait sa première halte en Vaucluse dans le cadre d’Octobre rose. Un outil utile, mais qui cache des limites structurelles. Et des questions sur l’accès aux soins pour les plus précaires.

Publié le 15 octobre 2026 à 06:10
Dix-huit femmes dépistées en Vaucluse, 15 000 autres attendues

Un outil qui divise les médecins

Le mammobile, c’est pratique. Pas besoin de se déplacer jusqu’à un centre de dépistage, pas d’attente de plusieurs semaines. Le technicien vient à vous, ou presque. À Apt, les femmes ont pu prendre rendez-vous sur place, sans avance de frais. Le dépistage organisé reste gratuit, mais cette fois, c’est plus simple. Pourtant, certains médecins râlent. « C’est du cosmétique », lance un radiologue du CHU de Montpellier sous le couvert de l’anonymat. « On dépiste plus, mais on soigne moins les inégalités d’accès. »

Le problème ? Le mammobile ne résout pas le vrai nœud : les déserts médicaux. En Vaucluse, comme ailleurs, les femmes des zones rurales doivent parfois parcourir 50 km pour un rendez-vous. Le camion arrive trop tard pour elles. Et puis, il ne reste que quelques jours. À Apt, la halte était prévue pour une seule journée. Dix-huit femmes, c’est bien. Mais 15 000 autres sont concernées par le dépistage organisé dans le département. Comment les atteindre toutes ?

La réponse officielle : « On fait du porte-à-porte. » Sauf que le porte-à-porte, ça coûte cher. Et ça demande du temps. Or, les associations et les collectivités locales ne sont pas toujours au rendez-vous. Résultat : les femmes précaires ou isolées se font encore avoir.

Le dépistage organisé, un leurre ?

Octobre rose, c’est beau. On parle du cancer du sein à la télé, dans les magazines, même sur les réseaux sociaux. Mais derrière les campagnes de sensibilisation, il y a un système qui coince. Selon une étude de la DREES publiée en 2022, seulement 54 % des femmes éligibles au dépistage organisé en France se font dépister. En Vaucluse, les chiffres ne sont pas meilleurs. Et le mammobile ne change rien à l’affaire.

Pourquoi ? Parce que le dépistage organisé repose sur un paradoxe : il est gratuit, mais il faut savoir qu’il existe. Les femmes qui n’ont jamais entendu parler du mammographe, qui ne lisent pas les flyers ou qui n’ont pas accès à Internet, elles, ne se déplacent pas. Point.

Et puis, il y a la peur. La peur de la douleur, de l’attente, du résultat. Le mammobile supprime une partie de ces freins. Mais pas tous. Une patiente sur deux qui entre dans la cabine hésite encore au dernier moment. « J’ai vu une copine pleurer après son dépistage, raconte une habitante d’Apt. Depuis, j’y vais pas. »

Derrière le camion, la vraie bataille

Le mammobile, c’est l’arbre qui cache la forêt. Pendant que les associations et les collectivités s’activent pour organiser des haltes ponctuelles, le vrai combat, lui, se joue ailleurs : dans les hôpitaux, les laboratoires, et surtout, dans les têtes.

Prenez l’exemple de Carpentras. Là-bas, le taux de participation au dépistage organisé est de 48 %, l’un des plus bas de la région. Pourquoi ? Parce que les femmes n’ont pas confiance. Elles se méfient des médecins, des institutions, des chiffres. Et puis, il y a le manque de moyens. Les centres de dépistage sont saturés. Les délais d’attente pour une mammographie s’allongent. Résultat : beaucoup de femmes attendent trop longtemps pour être prises en charge.

Et puis, il y a les inégalités sociales. Une étude de l’INCa (Institut National du Cancer) montre que les femmes issues de milieux défavorisés sont 20 % moins dépistées que les autres. Pas parce qu’elles ne veulent pas. Parce qu’elles n’ont pas le temps. Parce qu’elles ne savent pas. Parce que personne ne leur explique.

Le mammobile, c’est une avancée. Mais une avancée qui ne suffit pas. Ce qui manque, c’est une vraie politique de santé publique. Pas des haltes ponctuelles. Pas des campagnes de communication. Mais des moyens concrets : plus de centres de dépistage, plus de médecins, plus d’informations accessibles à toutes.

Et après ? La vraie question

À Apt, les dix-huit femmes qui sont passées dans le mammobile ont eu leur rendez-vous. Elles savent maintenant qu’elles sont suivies. Mais qu’en est-il des 15 000 autres ?

La réponse, elle est simple : personne ne s’en occupe vraiment. Les associations font ce qu’elles peuvent. Les collectivités locales aussi. Mais le système, lui, reste à la traîne. Et pendant ce temps, le cancer du sein continue de tuer.

Alors oui, le mammobile, c’est utile. Mais ça ne suffit pas. La vraie bataille, elle est ailleurs. Et elle ne fait que commencer.

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R Galaxie Rédaction

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