Les maladies cardiaques tuent plus vite quand on est pauvre

Une étude de Solidaris révèle que les personnes précaires attendent plus longtemps pour un rendez-vous chez le cardiologue. Résultat : des infarctus plus graves, des hospitalisations évitables. Le système de santé belge joue avec le feu.

Publié le 7 octobre 2026 à 18:02
Les maladies cardiaques tuent plus vite quand on est pauvre

Un matin de décembre 2023, à l’hôpital Erasme de Bruxelles, un homme de 52 ans arrive aux urgences. Il a mal à la poitrine depuis trois heures. Son dossier médical ? Vide. Pas de suivi, pas de traitement. Diagnostic : infarctus du myocarde, stade avancé. Trop tard pour éviter les séquelles. Pourtant, il aurait pu être sauvé. À condition d’avoir vu un cardiologue deux mois plus tôt. Mais dans son quartier, à Molenbeek, les listes d’attente dépassent six mois pour une consultation spécialisée. Et lui, il n’avait pas les moyens de payer un privé. Il n’avait même pas les moyens de savoir qu’il était à risque. Parce que le dépistage, ça coûte aussi. 50 euros pour un bilan lipidique. 30 euros pour une échographie. Des sommes dérisoires pour certains, une fortune pour d’autres. Surtout quand on vit avec 1 200 euros par mois après impôts. Ce cas n’est pas isolé. Solidaris, la mutualité qui couvre près de 200 000 personnes en précarité en Belgique, vient de publier les résultats d’une étude qui sonne comme un coup de massue : les maladies cardiovasculaires frappent plus fort et plus vite chez les précaires. Pas seulement parce qu’ils fument plus, bougent moins ou mangent mal. Mais parce qu’ils n’ont pas accès aux soins au bon moment. Résultat : des infarctus plus graves, des AVC plus dévastateurs, des hospitalisations plus longues. Et des morts évitables. Les chiffres sont là. Selon l’étude, les personnes en situation de précarité attendent en moyenne 12 semaines pour une première consultation chez un cardiologue, contre 6 semaines pour le reste de la population. Pire : 30 % d’entre elles renoncent à un rendez-vous parce qu’elles ne peuvent pas se payer le transport, ou parce qu’elles ont peur de la facture cachée. Une facture qui peut monter à 150 euros pour une simple consultation en ville. 150 euros, c’est le prix d’un mois de courses pour une famille monoparentale. Alors on repousse. On attend. Jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Le système belge est censé être solidaire. Mais la solidarité a des limites. Les mutuelles classiques remboursent mal les dépassements d’honoraires. Les hôpitaux publics sont saturés. Les maisons médicales, sous-financées. Et les cardiologues ? Ils se concentrent dans les zones aisées. À Bruxelles, par exemple, il y a trois fois plus de cardiologues dans le pentagone doré (Woluwe, Uccle, Watermael) que dans les 19 communes les plus défavorisées. À Schaerbeek, où le revenu médian est de 1 500 euros par mois, un patient doit parfois parcourir 30 kilomètres pour trouver un spécialiste. Pourquoi en arrive-t-on là ? Parce que personne ne force les cardiologues à s’installer dans les quartiers pauvres. Parce que les mutuelles ne veulent pas payer plus pour des soins qui ne rapportent rien politiquement. Parce que les gouvernements successifs ont préféré baisser les budgets des hôpitaux plutôt que de redistribuer les richesses. Et parce que, au fond, les maladies cardiaques, ça tue surtout les gens qu’on ne voit pas. Ceux qui ne font pas de bruit. Ceux qui n’ont pas de lobby. Ceux qui, quand ils crèvent, ne font pas la une des journaux. Ce qui est sûr, c’est que ça ne va pas s’arranger. Les réformes de l’assurance maladie prévues pour 2025 ? Elles visent surtout à réduire les coûts. Pas à les redistribuer. Résultat : les précaires continueront à attendre. À renoncer. À mourir un peu plus vite. Mais il y a des solutions. Pas des solutions miracles, mais des pistes. Comme les « cardio-bus » testés à Lille en France : des unités mobiles qui vont chercher les patients dans leur quartier. Ou comme le programme « Heart Check » en Écosse, où des infirmières formées dépistent les risques cardiovasculaires dans les supermarchés et les centres sociaux. En Belgique, rien de tout ça. Juste des listes d’attente qui s’allongent. Et des vies qui s’éteignent. Le pire ? Personne ne s’en émeut vraiment. Pas les politiques, pas les médecins, pas les mutuelles. Juste Solidaris, qui continue de sonner l’alarme. Mais quand on est pauvre, même les alarmes coûtent cher. Ce qui se joue ici, c’est une question de classe. Pas seulement sociale. Médicale. Parce que votre code postal peut vous condamner à mourir plus tôt. Et parce que le système, lui, s’en fout. Alors voici la vraie question : jusqu’à quand on va laisser faire ça ?

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R Galaxie Rédaction

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