Le 22 juin 1996, une baguette coûtait 1,50 euro à Paris. Ce dimanche, on la retrouvera à ce prix-là, le temps d’une promotion. Maison Kayser, la chaîne de boulangeries, a décidé de fêter ses 30 ans en remettant ses produits phares à leur tarif de l’an 2000, ou presque. Onze boutiques parisiennes proposeront baguette à 1,50 euro, croissant à 1,20 euro, pain au chocolat à 1,60 euro. Le tout pour une journée. Une aubaine ? Ou un coup de vieux déguisé en fête ?
Pourquoi 1996 ? Parce que le SMIC était à 5,05 euro de l’heure.
Ce détail, c’est Timeout.fr qui le soulève. Et ça change tout. En 1996, le SMIC horaire était de 5,05 euro. Aujourd’hui ? 11,65 euro. Soit plus du double. Mais le prix de la baguette, lui, reste bloqué à celui d’il y a 27 ans. Pas par hasard. Parce que les boulangers ne gagnent pas plus. Parce que les coûts ont grimpé, mais pas les prix. Parce que la loi sur le prix unique du pain, héritée de Napoléon, empêche toute hausse libre.
Maison Kayser joue la carte de la nostalgie. Mais derrière, c’est une réalité crue : les boulangers peinent à vivre de leur métier. Une étude de la Chambre des Métiers en 2023 le confirme : 30 % des artisans boulangers parisien·nes déclarent des revenus en dessous du seuil de pauvreté. Le prix de la baguette n’a pas suivi l’inflation. Les salaires non plus.
Cette promotion est un leurre.
Oui, pour une journée, vous pourrez manger un croissant à 1,20 euro. Mais ça ne durera pas. Et surtout, ça ne règle rien. Les boulangers ne verront pas leurs marges augmenter. Les consommateurs, eux, savent très bien que ce prix est une exception. Une opération marketing, pas une révolution.
Pourtant, quelque chose se joue ici. Une enseigne comme Maison Kayser, qui mise sur l’image d’un Paris traditionnel, d’un savoir-faire artisanal, ne peut plus ignorer la crise du secteur. En 2024, une baguette coûte en moyenne 1,20 euro dans la capitale. Mais les coûts de la farine, de l’énergie, des loyers ont explosé. Le décalage est insoutenable.
Alors pourquoi cette opération ? Parce que Maison Kayser sent le vent tourner. Parce que les clients, lassés des prix qui grimpent, cherchent des alternatives. Parce que la concurrence des supermarchés et des livraisons en ligne serrent les boulangers traditionnels dans un étau. En jouant la carte du passé, l’enseigne espère attirer du monde. Et peut-être, au passage, faire pression pour que les choses bougent.
Mais qui bougera vraiment ?
Pas les politiques. La loi sur le prix unique du pain date de 1926. Personne n’ose la toucher. Pas les syndicats, trop occupés à défendre d’autres combats. Pas les consommateurs, trop habitués à ces prix bas. Alors Maison Kayser tente sa chance. Une journée à 1996. Comme un clin d’œil à une époque où le SMIC était à 5,05 euro.
Le problème, c’est que 1996, c’était hier. Et aujourd’hui, les boulangers ont faim. Littéralement.
Derrière cette opération, une question reste en suspens : et si cette baguette à 1,50 euro était le prix réel du travail, et non celui du rêve ?
Pas de conclusion pompeuse ici. Juste un constat : cette promotion, c’est du pain bénit pour les clients. Mais pour les boulangers ? Ça reste du pain sec.