Madrid expulse une octogénaire et la rue s’embrase

Une femme de 87 ans chassée de son logement, des milliers de manifestants qui squattent la Puerta del Sol. À Madrid, la colère contre les expulsions locatives explose, mais les solutions peinent à suivre. Voici pourquoi ce mouvement pourrait tout changer, ou rien du tout.

Publié le 27 septembre 2026 à 12:03
Madrid expulse une octogénaire et la rue s’embrase

Madrid expulse une octogénaire et la rue s’embrase

Le 14 septembre, à 8h30 du matin, un groupe d’une vingtaine de personnes encombrait déjà l’entrée du bâtiment de la rue General Ricardos, à Madrid. Pas pour une manifestation. Pour empêcher l’expulsion de Doña Carmen, 87 ans, qui vivait là depuis 1982. Les voisins avaient sonné l’alarme la veille : les huissiers arrivaient. Sauf que cette fois, les huissiers n’ont pas pu passer. Les manifestants avaient bloqué l’accès, dressé des barricades avec des poubelles et des cartons. La police est intervenue. Des charges, des gaz lacrymogènes. Et Carmen est partie quand même, avec deux valises et un regard qui en disait long : encore une fois, personne ne vous écoute, mais nous, on vous voit.

C’est ça, le vrai problème.

Pas les quelques centaines d’expulsions par mois, non, le problème, c’est que personne ne bronche avant. Que les associations, les médias, les politiques attendent que la vieille dame soit déjà dans la rue, les pieds dans le vide, pour s’indigner. Comme si c’était une fatalité. Comme si, à 87 ans, on pouvait déménager ailleurs sans se faire escroquer sur le loyer du nouveau logement. Comme si les banques et les propriétaires ne savaient pas très bien que Carmen n’avait aucun recours.

Pourquoi la Puerta del Sol devient un camp de fortune

Ce samedi, 15 septembre, des milliers de personnes ont défilé à Madrid. Pas pour une grève, pas pour une fête. Pour crier leur ras-le-bol. La Puerta del Sol, place mythique du soulèvement espagnol en 2011, est redevenue un symbole. Sauf que cette fois, les manifestants ne partent pas. Ils installent des tentes. Ils cuisinent sur des réchauds. Ils dorment là, comme en 1789, mais avec des pancartes qui parlent de loyer impayé et de précarité énergétique.

Le chiffre qui résume tout : selon l’Observatoire des Expulsions Locatives (DEHESA), en Espagne, 1 personne est expulsée toutes les 10 minutes. Toutes les 10 minutes. Pas seulement des vieux, des familles, des jeunes travailleurs. Des gens qui ont payé leur loyer à temps, mais dont le propriétaire a décidé de vendre. Des gens qui ont signé un contrat légal et se retrouvent à la rue parce que la loi espagnole permet ça. Oui, vous avez bien lu.

Pourtant, les politiques tergiversent. Le gouvernement de Pedro Sánchez a bien promis un moratoire sur les expulsions pour les ménages vulnérables. Sauf que le moratoire, c’est comme un pansement sur une jambe de bois : ça fait moins mal, mais ça ne marche pas. Parce que qui décide qui est vulnérable ? Un fonctionnaire dans un bureau ? Un algorithme ? Pendant ce temps, les propriétaires tergents continuent de jouer avec les délais, les avocats gonflent les frais de justice, et les locataires, eux, attendent. Ils attendent que la banque fasse une erreur. Qu’un juge soit clément. Qu’un voisin les aide.

Le business des expulsions, un système bien huilé

Derrière chaque expulsion, il y a une chaîne. D’abord, il y a la banque. Celle qui a prêté à un propriétaire pour acheter un immeuble, et qui maintenant veut récupérer son argent. Ensuite, il y a l’agence immobilière, qui gère les loyers et qui, souvent, pousse à l’expulsion pour faire monter les prix. Puis viennent les huissiers, qui touchent 200 à 500 euros par expulsion. Et enfin, les nouveaux locataires, ceux qui prennent la place des expulsés, parce que Madrid manque cruellement de logements, et que les prix ont explosé. +25 % en cinq ans, selon les données de l’Institut National de Statistique espagnol.

Le pire ? Ce système est légal. Tout est dans les contrats. Tout est dans les lois. Si vous signez un bail, vous acceptez les règles. Sauf que les règles, elles sont écrites pour ceux qui ont les moyens de se défendre. Pas pour Carmen, 87 ans, qui n’a pas d’avocat et dont la retraite ne paie même pas la moitié du loyer.

Pourtant, les solutions existent. En France, la loi ALUR a encadré les expulsions. En Allemagne, les loyers sont gelés dans certaines villes. Au Portugal, les expulsions sont quasi inexistantes. Alors pourquoi pas en Espagne ? Parce que les lobbies immobiliers sont puissants. Parce que les banques ne veulent pas perdre un euro. Parce que les politiques ont peur de mécontenter les propriétaires.

Ce que les manifestants ne disent pas (mais que tout le monde sait)

À la Puerta del Sol, les pancartes sont claires : « Logement pour tous », « Stop aux expulsions », « La rue est à nous ». Mais ce qu’on ne voit pas, c’est la vraie question : qui va payer ?

Parce que si vous voulez bloquer les expulsions, il faut soit nationaliser les logements, soit baisser drastiquement les loyers, soit taxer les propriétaires qui laissent leurs biens vides. Trois options qui font peur. Très peur.

Les manifestants le savent. Ils crient leur colère, ils occupent la place, ils font peur aux politiques. Mais est-ce que ça changera quelque chose ? Probablement pas, à court terme.

Pourquoi ? Parce que le système est trop bien rodé. Parce que les banques et les propriétaires ont trop à perdre. Parce que les politiques préfèrent les promesses creuses aux réformes radicales.

Mais attention.

Cette fois, ce n’est pas qu’une vieille dame qui se fait expulser. Cette fois, ce sont des milliers de personnes qui ont dit « assez ». Et quand la rue s’embrase, même les plus sourds entendent.

Le vrai enjeu : et si la prochaine fois, c’était votre tour ?

Vous pensez que ça ne vous concerne pas ? Détrompez-vous.

En Espagne, 1 jeune sur 3 vit chez ses parents parce qu’il ne peut pas se loger. En France, les loyers explosent. En Allemagne, les squats se multiplient. Partout en Europe, la crise du logement est là. Et les expulsions, c’est juste la partie émergée de l’iceberg.

Ce qui se passe à Madrid, ce n’est pas qu’une histoire espagnole. C’est un avertissement. Un avertissement que les gouvernements ignorent encore. Mais pas les locataires. Pas les manifestants. Pas Carmen, 87 ans, qui regarde par la fenêtre de son nouveau logement précaire et se demande : « Et maintenant, je fais quoi ? »

La réponse, peut-être, est dans la rue. Pas dans les promesses.

La dernière chose à retenir :

Les tentes de la Puerta del Sol ne disparaîtront pas avant que quelque chose ne bouge. Et si les politiques ne veulent pas entendre la rue, ils vont devoir écouter les urnes. Parce que la colère, quand elle s’installe, ne s’en va pas toute seule.

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R Galaxie Rédaction

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