1 heure à l'ONU, Macron a posé des limites

À New York, Emmanuel Macron a mélangé fermeté sur l'Ukraine, pragmatisme sur le Proche-Orient et avertissements sur l'IA. Mais derrière les grands mots, les failles sont là. Voici ce qui compte vraiment.

Publié le 23 septembre 2026 à 14:05
1 heure à l'ONU, Macron a posé des limites

Le 24 septembre, devant l’Assemblée générale de l’ONU, Emmanuel Macron a parlé pendant 57 minutes. Assez pour énumérer les crises du moment, assez pour rappeler que la France a encore son mot à dire sur la scène mondiale. Mais assez aussi pour laisser transparaître les contradictions d’une diplomatie qui oscille entre idéalisme et réalisme brutal. Prenez l’Ukraine : Macron y croit dur comme fer. « La Russie ne gagnera pas », a-t-il répété, comme une litanie. Sauf que pendant ce temps, Kiev s’enfonce dans une guerre d’usure où chaque ville détruite est un échec de plus pour l’Occident. Les chars promis ne sont pas livrés à temps, les missiles promis non plus. Et Macron, lui, parle de « résistance ukrainienne » comme si c’était une évidence, alors que sur le terrain, les soldats manquent de tout. Pourtant, il a raison sur un point : si l’Ukraine tombe, ce n’est pas seulement une défaite pour Zelensky, c’est un signal à tous les dictateurs du globe. Mais est-ce que l’Occident en a les moyens ? La réponse, Macron ne la donne pas. Il préfère brandir des chiffres : « 100 milliards d’euros » pour aider l’Ukraine. Très bien. Mais qui va les payer, au final ? Pas les États-Unis, absorbés par leur élection. Pas l’Allemagne, où l’opinion publique tourne le dos à l’effort de guerre. Et pas la France, où les Français commencent à fatiguer. Macron le sait. Il le voit dans les sondages, dans les rues. Alors il parle fort, mais il évite soigneusement de dire « on va tenir jusqu’au bout ». Parce que personne ne sait si c’est vrai. --- L’Ukraine, mais le Proche-Orient d’abord Macron a passé plus de temps sur le Proche-Orient que sur l’Ukraine. Normal : c’est là que la France a le plus à perdre. « La guerre à Gaza est une honte », a-t-il lancé, sans citer Israël ni Hamas. Parce que citer, c’est choisir un camp. Et Macron ne veut pas choisir. Il veut juste « un cessez-le-feu immédiat ». Sauf que personne n’écoute. Ni Netanyahu, qui joue les sourds, ni les États-Unis, qui soutiennent Israël jusqu’au bout. Alors Macron propose des « corridors humanitaires ». Très bien. Mais qui les garantira ? Les Nations Unies ? Les Nations Unies, c’est-à-dire un organisme paralysé par les veto, les demi-mesures et les discours creux. Pendant ce temps, à Gaza, les civils meurent. 11 000 morts en six mois, selon l’ONU. Des chiffres. Des corps. Et Macron parle de « responsabilité collective ». Traduction : « À vous de gérer, les autres. » --- L’IA, ce nouveau Far West Là où Macron a été le plus clair, c’est sur l’intelligence artificielle. « Nous sommes face à une révolution technologique qui peut tout changer… ou tout détruire », a-t-il averti. Enfin quelqu’un qui comprend que l’IA n’est pas un jouet. Pas de demi-mesure : « Il faut un traité international », a-t-il martelé. Un traité pour encadrer, réguler, éviter que les algorithmes ne deviennent les nouveaux seigneurs du monde. Problème : personne ne veut d’un traité. Ni les États-Unis, qui misent sur leur avance technologique, ni la Chine, qui veut dominer le marché, ni même l’Europe, divisée entre ceux qui veulent légiférer et ceux qui veulent laisser faire. Macron le sait. Alors il propose un « cadre éthique ». Très bien. Mais un cadre éthique, ça se signe sur du papier. Et ça ne stoppera pas les deepfakes qui manipulent les élections, ni les IA qui remplacent les emplois, ni les géants du numérique qui font la loi. --- La loi de la jungle, version 2024 Ce qui frappe dans ce discours, c’est l’absence de naïveté. Macron ne croit plus aux grands récits. Il voit le monde tel qu’il est : un mélange de crises, d’égoïsmes et de calculs. « Nous vivons dans un monde où la loi du plus fort s’applique », a-t-il résumé, crûment. L’Ukraine ? Une guerre où l’Occident hésite. Le Proche-Orient ? Un brasier où personne ne veut mettre les doigts. L’IA ? Une arme que tout le monde veut, mais que personne ne contrôle. Alors Macron joue son va-tout : « La France sera là ». Mais pour faire quoi, exactement ? Soutenir l’Ukraine jusqu’à quand ? Négocier avec qui, sur Gaza ? Réguler quoi, avec l’IA ? Les réponses restent floues. Parce que dans ce monde-là, les certitudes sont rares. Et les promesses, souvent creuses. --- Ce que Macron ne dit pas Il y a une chose que Macron n’a pas mentionnée : le nucléaire. Pourtant, c’est le vrai sujet qui fait trembler l’Europe. La Russie menace d’utiliser l’arme atomique. La Chine teste ses missiles hypersoniques. Et personne ne sait comment réagir. Macron a évité le sujet. Parce que parler du nucléaire, c’est admettre que le monde est au bord du gouffre. Et ça, même un président français n’ose pas le dire à voix haute. Alors il parle d’Ukraine, de Gaza, d’IA. Des sujets moins dangereux. Moins réels. --- La dernière phrase qui compte Macron a terminé son discours en citant Victor Hugo : « L’avenir est dans les germes d’aujourd’hui. » Belle phrase. Sauf que les germes d’aujourd’hui, ce sont aussi les guerres, les crises climatiques et les algorithmes qui décident de tout. Alors oui, l’avenir se construit. Mais pas comme Macron le suggère. Pas avec des discours. Pas avec des bonnes intentions. Avec des choix. Des vrais. Ceux qu’on n’ose pas faire.

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R Galaxie Rédaction

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