Macron ouvre des discussions sur la dissuasion nucléaire avec Riga

La France et la Lettonie entament des négociations sur la dissuasion nucléaire « avancée ». Un geste symbolique ? Ou le début d’un partage des risques qui pourrait tout changer ? Les limites de cette alliance restent floues, et les Européens ne sont pas dupes.

Publié le 23 septembre 2026 à 10:04
Macron ouvre des discussions sur la dissuasion nucléaire avec Riga

En mars, Emmanuel Macron avait balancé son idée comme un pavé dans la mare : la France voulait étendre sa dissuasion nucléaire aux Européens volontaires. Sans toucher à la décision finale, bien sûr. Juste un partage de l’ombre du parapluie. Sauf que personne ne s’est vraiment bousculé pour sauter dedans. Jusqu’à aujourd’hui. La Lettonie vient d’annoncer que Paris avait accepté d’ouvrir des discussions. Voilà le premier pays à tenter le coup. Pas un géant militaire, pas un poids lourd de l’UE, mais un petit État baltique qui mise sur la crédibilité française pour se sentir un peu moins seul face à Moscou. Ça fait sourire, ça intrigue, et ça pose une question simple : est-ce que cette manœuvre va servir à quelque chose, ou est-ce juste du théâtre géopolitique ?

La Lettonie, pion sur l’échiquier nucléaire ?

On imagine mal Riga, avec ses 1,9 million d’habitants et son armée réduite à la portion congrue, peser lourd dans les débats stratégiques. Pourtant, le pays a des raisons de s’intéresser de près à la dissuasion française. D’abord, il y a la Russie. Depuis l’invasion de l’Ukraine, les Baltes vivent avec l’idée d’un conflit direct à leurs portes. Leur territoire est à moins de 200 km de Saint-Pétersbourg, et personne ne croit vraiment que l’OTAN enverrait des troupes au sol pour les défendre. Alors, si la France propose son parapluie nucléaire, pourquoi refuser ?

Sauf que voici le hic : la dissuasion, ça ne marche que si l’adversaire y croit. Et Poutine, lui, il croit surtout aux missiles balistiques. La France a ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), mais entre le moment où un ordre est donné et celui où une ogive explose au-dessus de Moscou, il y a des heures. Assez pour que la Russie anticipe, riposte, ou simplement ignore le message.

La Lettonie, elle, n’a ni porte-avions ni sous-marins. Ce qu’elle a, c’est une frontière commune avec la Russie, et une peur légitime. Mais est-ce que Macron va vraiment risquer une frappe nucléaire pour défendre Riga ? La réponse, officiellement, c’est non. La décision finale reste française, et personne ne sait si les généraux de l’Élysée seraient prêts à jouer les justiciers des Baltes.

Un partage des risques… ou des illusions ?

L’idée de Macron, c’est de créer une sorte de « club » nucléaire européen, où les pays membres bénéficieraient de la protection française sans avoir à prendre les décisions. Sauf que la dissuasion, c’est comme un contrat d’assurance : si vous ne payez pas la prime, vous n’êtes pas couvert. La Lettonie, elle, ne paie rien. Elle ne participe pas aux coûts, elle ne contrôle pas les armes, elle ne décide pas de leur usage. Alors, à quoi bon ?

Certains y voient une façon pour Paris de renforcer son influence en Europe. D’autres, une manœuvre pour calmer les angoisses sans rien changer. Mais le vrai problème, c’est que personne ne sait comment ça va se traduire concrètement. Est-ce que la France va prépositionner des missiles en Lettonie ? Est-ce que les pilotes de Rafale français seront prêts à décoller depuis Riga en cas de crise ? Les détails manquent, et c’est ça qui est gênant.

L’Allemagne observe, mais ne bouge pas

Pendant ce temps, à Berlin, on regarde la scène avec un mélange d’amusement et d’agacement. L’Allemagne, elle, a ses propres doutes sur l’OTAN et la dissuasion. Elle a même menacé de ne pas respecter les règles de l’alliance en cas d’attaque nucléaire. Pourtant, elle n’a pas sauté sur l’offre française. Pourquoi ? Parce que, comme la Lettonie, elle sait que la dissuasion, ça ne suffit pas. Ça rassure, mais ça ne protège pas.

Et puis, il y a le lobby pacifiste allemand, qui voit d’un mauvais œil toute velléité nucléaire, même « partagée ». Pour eux, c’est du déjà-vu : la France qui joue les gendarmes de l’Europe, sans que personne ne lui ait demandé.

Le vrai enjeu : la crédibilité de l’OTAN

Au fond, ce qui se joue ici, c’est une question plus large : l’OTAN est-elle encore crédible ? Si la France propose sa dissuasion à un pays comme la Lettonie, mais que personne ne sait comment ça fonctionnera en pratique, alors à quoi bon ? Les Russes vont rire, les Américains vont soupirer, et les Européens vont continuer à se demander ce qu’ils foutent là-dedans.

La vraie question, c’est : est-ce que cette initiative va pousser d’autres pays à demander la même chose ? Ou est-ce que ça restera une anecdote, un geste symbolique sans suite ? Pour l’instant, personne ne mise sur la deuxième option.

La dissuasion, ça ne se partage pas

Voilà le problème : la dissuasion, c’est un engagement total. Vous ne pouvez pas dire à un pays : « On vous protège, mais on ne vous laisse pas choisir. » Ça ne marche pas comme ça. Soit vous assumez pleinement, soit vous ne faites que du bluff.

La Lettonie a peut-être cru trouver une solution miracle. Mais en réalité, elle vient de s’engager dans une impasse. Parce que si un jour la France refuse de frapper pour elle, ce sera trop tard. Et si un jour elle frappe, ce sera pour des raisons qui n’auront rien à voir avec Riga.

Alors, à quoi bon ?

La réponse, c’est qu’il n’y a pas de bonne réponse. Sauf une : la dissuasion, ça ne se partage pas. Ça s’assume, ou ça ne sert à rien.

Et pour l’instant, personne ne sait si Macron est prêt à assumer.

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R Galaxie Rédaction

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