Le 12 juin, Emmanuel Macron a glissé une phrase dans un discours à Bordeaux. Une phrase qui résume tout : « L’Europe doit nous permettre de produire plus, et vite. » Traduction : on veut rogner sur les normes environnementales pour les carburants. Pas pour sauver la planète. Pour sauver les comptes des raffineurs et les nerfs des automobilistes. Le contexte ? Le prix du baril frôle les 90 dollars. Les stations-service affichent des tarifs dignes d’un pays en guerre. Et les Français, eux, commencent à râler. Vraiment râler. Pas juste grogner sur les réseaux sociaux. Les grèves de taxis se multiplient. Les associations de consommateurs envoient des lettres de menaces aux éditeurs de carburants. Bref, l’ambiance est électrique. Sauf que Macron, lui, mise sur une autre solution : demander à Bruxelles de lâcher du lest sur les règles européennes. Concrètement, il s’agit de deux directives : la RED II (pour les énergies renouvelables) et la FQD (pour les carburants). Ces textes imposent des seuils stricts sur les biocarburants dans l’essence et le diesel. Résultat ? Les raffineries françaises, déjà à la traîne, doivent soit investir des milliards pour se mettre aux normes, soit fermer. Et Macron, lui, veut qu’on leur donne un peu de souplesse. « On a besoin de flexibilité », a-t-il répété comme un mantra. Mais flexibilité pour qui ? Pour TotalEnergies, qui a déjà annoncé des suppressions de postes ? Pour les petits indépendants qui étouffent sous les coûts ? Ou pour les lobbies qui, depuis des années, traînent des pieds sur la transition énergétique ? Personne ne le dit clairement. Pourtant, les chiffres sont là. Selon l’Union française des industries pétrolières (UFIP), les raffineries françaises ont perdu 12 % de leur capacité de raffinage depuis 2010. Et si rien ne change, d’ici 2025, ce sera 25 %. Autrement dit, on va droit dans le mur. Sauf si l’Europe accepte de reculer. Mais c’est là que les choses se gâtent. Parce que Bruxelles, ces derniers temps, a plutôt l’air d’un mur. La Commission, dirigée par Ursula von der Leyen, a déjà rejeté deux fois des demandes similaires. « Les normes environnementales ne sont pas négociables », a-t-elle martelé lors d’un sommet à Strasbourg en avril. Et les États membres, eux, sont divisés. L’Allemagne et les pays nordiques veulent maintenir la pression sur le climat. L’Espagne et l’Italie, elles, commencent à craquer. Résultat ? Macron joue les solitaires. Il a convoqué les patrons de Total, Shell et BP en mai pour leur promettre un cadre plus favorable. Il a aussi menacé de bloquer des projets européens si Bruxelles ne bouge pas. Mais est-ce que ça marche ? Pas vraiment. Les lobbies écologistes, eux, contre-attaquent. Greenpeace a déjà qualifié sa demande de « recul historique ». Les ONG pointent du doigt un détail : ces normes européennes, c’est aussi ce qui empêche la Chine et les États-Unis de polluer encore plus. Si la France les affaiblit, les autres pays suivront. Et on se retrouvera avec des carburants encore plus sales. Le vrai problème, c’est que Macron mise sur un effet d’annonce. Il sait très bien que l’Europe ne cédera pas. Alors il fait semblant de négocier pour calmer l’opinion. Pendant ce temps, les prix continuent de monter. Les raffineries ferment. Et les Français, eux, restent coincés entre deux feux : soit ils paient plus cher, soit ils supportent des carburants moins propres. Voilà le piège. Et personne ne semble vouloir en sortir. Pourquoi les régulateurs n’ont pas réagi à temps ? Parce que personne ne voulait assumer les conséquences. Les politiques ont tergiversé. Les industriels ont attendu. Les écologistes ont crié au scandale. Et les citoyens ? Ils ont juste continué à faire le plein. Pourtant, il y a une solution. Une vraie. Pas celle de Macron, qui consiste à reporter les problèmes. Mais celle qui consiste à investir massivement dans les alternatives. Voitures électriques ? Oui, mais il faut des bornes. Biocarburants de deuxième génération ? Oui, mais il faut des usines. Hydrogène ? Oui, mais il faut des infrastructures. Le problème, c’est que personne n’a voulu payer le prix. Les subventions publiques ont été coupées. Les investissements privés se sont évaporés. Et maintenant, on se retrouve avec une crise qui explose au visage. Ce que les lobbies ne veulent pas que vous sachiez, c’est que les normes européennes ne sont pas le vrai obstacle. Le vrai obstacle, c’est l’absence de volonté politique. Et Macron, lui, préfère jouer les apprentis sorciers. Il veut assouplir les règles sans rien changer à la donne. Résultat ? On va droit dans le mur. Et cette fois, personne ne freinera.
Les raffineurs français, otages d’un système pourri
Prenez le cas de la raffinerie de Donges, en Loire-Atlantique. Propriété de Total, elle tourne à moitié vide depuis des années. Pourquoi ? Parce que les normes européennes obligent à mélanger de plus en plus de biocarburants dans le gazole. Or, les usines françaises ne sont pas équipées pour ça. Résultat : elles importent des carburants déjà prêts à l’emploi. À quel prix ? Entre 5 et 10 centimes d’euro par litre de plus. Autrement dit, c’est le consommateur qui paie. Mais ce n’est pas tout. Les raffineurs français sont aussi victimes d’un autre problème : ils dépendent à 80 % des importations de pétrole brut. Quand le baril monte, leurs marges s’effondrent. Et quand il redescend, ils ne peuvent pas baisser les prix, parce que les coûts de production restent élevés. Bref, ils sont coincés.
Pourtant, ils pourraient s’adapter. En investissant dans des unités de désulfuration. En modernisant leurs fours. En développant des carburants synthétiques. Mais ça coûte cher. Très cher. Et les actionnaires, eux, veulent des dividendes. Pas des pertes. Alors ils ferment. La raffinerie de Grandpuits, dans l’Essonne, a réduit sa capacité de 40 % depuis 2018. Celle de Feyzin, près de Lyon, tourne au ralenti. Et personne ne bronche. Pourquoi ? Parce que les politiques préfèrent regarder ailleurs. Parce que les médias parlent d’autre chose. Parce que les citoyens, eux, n’ont pas le temps de s’en soucier. Sauf que cette fois, ça va saigner.
L’Europe, ce mur invisible
Bruxelles a ses règles. Et elles sont claires : d’ici 2030, 32,5 % des énergies renouvelables doivent être utilisées dans les transports. Traduction : plus de biocarburants, plus d’électricité, plus rien. Sauf que la France est en retard. Très en retard. Selon l’ADEME, elle n’en est qu’à 9 %. Alors Macron veut négocier. Il veut un délai. Une exception. Une dérogation. Mais l’Europe, elle, ne veut rien entendre.
Pourquoi ? Parce que si elle cède sur les carburants, elle devra céder sur autre chose. Sur les émissions de CO₂. Sur les quotas de pollution. Sur tout. Et ça, aucun gouvernement ne veut l’assumer.
Alors Macron joue la carte de la menace. « Si l’Europe ne bouge pas, la France agira seule », a-t-il lâché lors d’un entretien avec Les Échos. Traduction : on va contourner les règles. On va imposer nos propres normes. Mais est-ce que ça marche ? Pas vraiment. Parce que les autres pays européens ne suivront pas. Parce que les lobbies écologistes feront pression. Parce que, au final, la France se retrouvera isolée.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut assumer les conséquences. Les politiques préfèrent reporter les décisions. Les industriels attendent des aides publiques. Les écologistes crient à la trahison. Et les citoyens ? Ils paient. Toujours.
Ce que personne ne dit sur les biocarburants
Les biocarburants, c’est le grand sujet. Tout le monde en parle. Tout le monde les déteste. Sauf que personne ne comprend vraiment comment ça marche.
Prenez l’éthanol. Produit à partir de betterave ou de blé. Mélangé à l’essence. Sauf que ça ne marche pas très bien. Parce que les moteurs ne sont pas conçus pour ça. Parce que ça encrasse les injecteurs. Parce que, au final, ça ne réduit pas les émissions.
Et puis il y a le problème de la concurrence alimentaire. Si on cultive du maïs pour faire de l’éthanol, il faut bien nourrir les vaches. Résultat ? Les prix des céréales montent. Les agriculteurs souffrent. Et les consommateurs paient encore plus.
Alors pourquoi continuer ? Parce que c’est écrit dans les lois. Parce que les lobbies des biocarburants font pression. Parce que, au fond, personne n’a une vraie solution.
Sauf que les alternatives existent. Les carburants synthétiques, par exemple. Produits à partir d’hydrogène et de CO₂. Ils polluent moins. Ils coûtent moins cher à produire. Et ils pourraient sauver les raffineries.
Mais il faut investir. Des milliards. Et personne ne veut les mettre.
La vraie bataille : qui paiera la facture ?
Voilà le cœur du problème. Qui va payer pour la transition ? Les citoyens ? Les entreprises ? L’État ? Macron, lui, mise sur une solution facile : faire porter le fardeau à Bruxelles.
Mais l’Europe ne cédera pas. Alors qui va craquer ?
Les raffineurs ? Ils vont continuer à fermer. Les prix ? Ils vont continuer à monter. Les émissions ? Elles vont continuer à augmenter. Et les Français ? Ils vont continuer à râler.
Sauf que cette fois, il n’y aura pas de solution miracle. Pas de discours. Pas de promesses. Juste le réalisme.
Et le réalisme, c’est ça : la France va devoir choisir. Soit elle continue à dépendre du pétrole, avec ses prix qui flambent et ses raffineries qui ferment. Soit elle investit massivement dans les alternatives. Mais ça, personne ne veut l’entendre.
Parce que c’est long. Parce que c’est cher. Parce que ça ne rapportera rien avant des années. Alors on préfère reporter. On préfère mentir. On préfère faire semblant.
Mais le mur est là. Et cette fois, il ne bougera pas.
La dernière question : et après ?
Macron a son plan. L’Europe a ses règles. Les lobbies ont leurs intérêts. Et les Français ?
Ils n’ont rien. Sauf leur colère.
Alors ils feront ce qu’ils font toujours : ils voteront mal. Ils manifesteront. Ils râleront. Et rien ne changera.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas les normes européennes. C’est l’absence de courage politique.
Et ça, personne ne veut en parler.