Macron et Carney serrent la main malgré Trump

À Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron et Mark Carney ont joué les diplomates face à l’imprévisible Trump. Leur accord cache une stratégie plus large : l’Europe ne compte plus sur Washington. Mais les tensions persistent.

Publié le 21 septembre 2026 à 10:04
Macron et Carney serrent la main malgré Trump

Un geste qui sent le désengagement américain

Saint-Pierre-et-Miquelon, c’est à 2 000 km de Paris, à 3 000 km de Londres. Assez loin pour que personne, surtout pas Trump, ne vienne gâcher la photo. Les deux hommes ont parlé de « souveraineté », un mot qui claque comme un ordre. Souveraineté sur quoi ? Sur leurs propres destins, visiblement. Carney, ex-gouverneur de la Banque d’Angleterre, a rappelé que le Royaume-Uni et la France partageaient désormais un « intérêt commun » face à l’instabilité des marchés. Macron a ajouté que ce rapprochement était « profond ». Profond comme un trou d’aiguille, si on y regarde de près. Parce que « profond », dans le langage des diplomates, ça veut souvent dire « on fait semblant d’avancer sans rien changer ».

Le vrai sujet ? Trump. Depuis son retour au pouvoir, le président américain joue avec les nerfs des alliés comme avec des fétus de paille. Ses menaces sur l’OTAN, ses taxes douanières, ses sorties de traités, tout y passe. Résultat : l’Europe se réveille enfin. Mais est-ce trop tard ?

L’argent, ce nerf de la guerre qu’on oublie

Carney a évoqué des « synergies financières ». Traduction : les deux pays veulent éviter que leurs banques ne se fassent écraser par les géants américains. Un détail qui compte. Selon la Banque des Règlements Internationaux (BRI), les actifs financiers européens sous gestion américaine ont bondi de 40 % depuis 2016. 40 %. Autant dire que l’Europe a déjà perdu une bataille sans même entrer en guerre.

Pourtant, Macron et Carney parlent de « coopération renforcée ». Oui, mais sur quoi exactement ? Pas sur la défense, l’Allemagne bloque toujours une armée européenne. Pas sur l’énergie, le gaz russe reste un sujet explosif. Alors quoi ? Les marchés. Parce que quand les États-Unis ferment les yeux sur les excès de Wall Street, l’Europe, elle, doit jouer les gendarmes. Problème : les régulateurs français et britanniques sont déjà à la ramasse. La dernière crise des subprimes a prouvé qu’ils couraient toujours derrière.

Le piège de la rhétorique sans suivi

« Souveraineté », « rapprochement profond », « intérêt commun »… Des mots, des mots, encore des mots. Pendant ce temps, l’UE traîne des pieds sur une vraie politique industrielle commune. La France et le Royaume-Uni, eux, se contentent de signer des accords bilatéraux. Utile ? Oui, mais insuffisant. Prenez l’exemple d’Airbus : l’avionneur européen survit grâce aux subventions publiques. Mais qui paie ? Les États, bien sûr. Qui contrôle ? Personne, ou presque.

Le vrai risque ? Que ce rapprochement reste une coquille vide. Carney et Macron savent qu’ils ne peuvent pas tout faire sans l’Allemagne. Et l’Allemagne, elle, regarde ailleurs. Pendant ce temps, la Chine avance ses pions en Europe. Sans coup férir.

Ce que personne ne dit à voix haute

À Saint-Pierre-et-Miquelon, on a parlé d’unité. Mais l’unité, ça se mesure. Pas en discours, pas en photos. En chiffres.

  • Le commerce franco-britannique représente à peine 5 % du PIB des deux pays. 5 %. Pour comparaison, le commerce franco-allemand, lui, dépasse les 10 %.
  • L’investissement direct entre la France et le Royaume-Uni stagne depuis le Brexit. Stagne. Pendant ce temps, les Chinois achètent des ports européens comme des bonbons.
  • La défense commune ? Une blague. La France a son armée, le Royaume-Uni la sienne. Et personne ne veut partager.

Alors, à quoi bon ce rapprochement ? À montrer à Trump que l’Europe ne pliera pas. Mais est-ce suffisant ? Non. Parce que quand on parle de souveraineté, il faut aussi parler de moyens. Et là, le tableau est moins joli.

La vraie question : et après ?

Macron et Carney ont serré la main. Bravo. Maintenant, il faut passer aux actes. Mais qui va bouger en premier ?

La France a besoin du Royaume-Uni pour peser dans les négociations mondiales. Le Royaume-Uni a besoin de la France pour ne pas se faire écraser par les États-Unis. Problème : les deux pays sont trop lents. Trop divisés entre eux. Trop occupés à regarder Trump au lieu de construire autre chose.

Le pire ? Personne ne sait vraiment ce que ce « rapprochement profond » va changer. Parce que quand on parle de souveraineté sans en avoir les outils, on finit par parler dans le vide.

Et ça, Macron et Carney le savent mieux que personne.

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R Galaxie Rédaction

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