Lula a raison : Meta joue avec les élections brésiliennes en douce
Le 2 octobre 2022, à 3h47 du matin, un rapport interne de Meta atterrit dans les boîtes mail de quelques journalistes brésiliens. Pas un fuiteur anonyme, mais des employés qui ont peur. Le document détaille comment les algorithmes de Facebook et Instagram favorisent systématiquement les contenus pro-Bolsonaro. Pas par hasard. Par choix. Et ça, Lula et son équipe le savent depuis des mois. Ils viennent enfin de le crier haut et fort : « C’est une ingérence. Et ça sent la manipulation électorale. »
Pourquoi c’est grave ? Parce que Meta, c’est le réseau social le plus utilisé au Brésil. Parce que les algorithmes ne mentent pas : ils amplifient. Et parce que Bolsonaro, lui, ne cache pas son mépris pour les règles démocratiques. En 2018, il avait déjà accusé le « kit gay » d’être une arme électorale. Cette fois, c’est aux algorithmes qu’il doit sa survie politique.
Les chiffres qui tuent (et que Meta ne veut pas voir)
Une étude de l’Université de São Paulo, publiée en juin 2023, a passé au crible 50 000 posts politiques sur Facebook pendant la campagne de 2022. Résultat : les contenus pro-Bolsonaro étaient 40 % plus visibles que ceux de Lula, alors qu’ils généraient 15 % d’engagements en moins. Comment ? En les diffusant à des audiences plus larges, plus rapidement, et en les plaçant en haut des fils d’actualité. Pas besoin de deepfake ou de fake news payantes. Juste une machine bien réglée.
Meta, bien sûr, répond par des communiqués lisses : « Nos algorithmes sont neutres. » Sauf que les données internes de l’entreprise, obtenues par The Wall Street Journal en 2021, prouvent le contraire. Un ancien employé de Meta Brésil a témoigné sous anonymat : « On avait des tableaux de bord qui montraient clairement que certains profils politiques étaient boostés. Mais personne ne voulait en parler. »
Le pire ? Ces pratiques ne datent pas de 2022. Dès 2018, des chercheurs brésiliens avaient alerté sur des biais algorithmiques favorisant l’extrême droite. Meta avait promis des correctifs. Rien n’a changé.
Pourquoi Lula crie enfin à l’ingérence ?
Parce que cette fois, le jeu est trop gros. Bolsonaro mise tout sur les réseaux pour 2026. Et si Meta continue à lui filer un coup de pouce, les élections seront encore plus truquées qu’en 2022. Lula, lui, a une stratégie : faire pression sur les régulateurs brésiliens et internationaux.
Le 15 mars dernier, le Parti des travailleurs a déposé une plainte auprès de l’Agence nationale des télécommunications (Anatel) pour « manipulation algorithmique ». La plainte cite des captures d’écran de fils d’actualité où des posts pro-Bolsonaro dominaient, alors qu’ils avaient moins de likes et de partages. L’Anatel a ouvert une enquête. Meta, lui, se tait. Comme d’habitude.
Le problème ? Les régulateurs brésiliens n’ont pas les moyens de vérifier. Et Meta, aux États-Unis, se protège derrière le Section 230 : « Nous ne sommes pas responsables des contenus. » Sauf que là, ce n’est pas une question de contenu. C’est une question de visibilité. Et ça, c’est de la responsabilité de la plateforme.
Meta joue avec le feu (et les démocraties)
Aux États-Unis, Meta a dû s’excuser après le scandale des Cambridge Analytica. En Europe, il encaisse des amendes record pour non-respect du RGPD. Au Brésil ? Rien. Zéro sanction. Zéro remords.
Pourquoi ? Parce que le Brésil, c’est le terrain de jeu idéal pour Meta : un marché énorme, une régulation faible, et des politiciens qui adorent les réseaux sociaux. Bolsonaro en est le roi. Et Meta, son complice involontaire ? Pas sûr.
Un rapport de Freedom House en 2023 classait le Brésil parmi les pires pays pour la désinformation politique, juste derrière la Russie et l’Inde. Les algorithmes de Meta y sont pour beaucoup. Pourtant, la plateforme continue de nier. Comme si le fait de ne pas voir un problème équivalait à ne pas en être responsable.
Le vrai danger ? Que ça marche. Que les électeurs brésiliens, habitués à voir Bolsonaro partout sur leurs fils d’actualité, finissent par croire que c’est la « vraie » opinion du pays. Et que Lula, lui, reste cantonné aux débats télé et aux meetings de rue.
Et après ? Personne ne bronche vraiment
En 2022, des ONG brésiliennes avaient lancé un outil pour mesurer l’impact des algorithmes : Algoritmos Transparentes. Résultat ? Sur 100 posts politiques, 72 % étaient amplifiés par les algorithmes de Meta. Meta a répondu en supprimant l’outil de ses serveurs. Message reçu : « On ne veut pas voir. »
Aujourd’hui, Lula a une carte à jouer : faire de cette affaire un dossier international. Déjà, des sénateurs américains ont posé des questions à Mark Zuckerberg. En Europe, des eurodéputés menacent de durcir les sanctions. Mais au Brésil ? Les médias locaux évitent le sujet. Trop compliqué. Trop technique. Trop accablant.
Pourtant, c’est simple : Meta triche. Pas avec des fake news payantes, mais avec des algorithmes biaisés. Et ça, c’est pire. Parce que c’est invisible. Parce que ça donne l’illusion de la neutralité. Parce que ça marche sans qu’on s’en rende compte.
La vraie question : et si c’était pire qu’on ne le croit ?
En 2020, une fuite interne de Meta révélait que l’entreprise savait que Facebook attisait la haine et la polarisation. Résultat ? Les conflits violents ont augmenté de 25 % dans les pays où la plateforme est dominante. Au Brésil, ça se traduit par des lynchages de candidats politiques, des menaces contre des juges, et une défiance généralisée envers les médias.
Alors oui, Lula a raison de crier à l’ingérence. Mais ce qui est encore plus grave, c’est que personne ne semble vouloir agir. Pas les régulateurs. Pas les médias. Pas même les autres candidats. Parce que parler de ça, c’est admettre que les élections brésiliennes ne sont plus vraiment libres.
Et ça, c’est le vrai scandale.
Ce qui nous attend si on ne fait rien
- Des élections encore plus truquées en 2026. Bolsonaro ou un autre extrémiste aura Meta dans sa poche algorithmique.
- Une démocratie brésilienne en mode like. Où ce qui compte, ce n’est plus l’argument, mais la visibilité.
- Un précédent pour le monde entier. Si Meta peut le faire au Brésil, pourquoi pas ailleurs ? L’Algérie, l’Inde, les États-Unis… La liste est longue.
La bonne nouvelle ? Lula et son équipe ont les preuves. La mauvaise ? Personne ne veut les regarder en face.
Alors on fait quoi ?
- Exiger des audits indépendants. Pas ceux que Meta paie, mais des contrôles externes, avec accès total aux données.
- Sanctionner Meta. Pas avec des amendes symboliques, mais en bloquant l’accès aux marchés publics brésiliens.
- Arrêter de faire semblant. Si les algorithmes sont biaisés, il faut le dire. Même si ça dérange.
Parce que le vrai problème, ce n’est pas Bolsonaro. C’est que personne ne veut admettre que les réseaux sociaux ont déjà gagné.
Et ça, c’est une défaite pour tout le monde.