1 escroquerie sur 3 en Suisse touche désormais un proche

Les arnaques ont bondi de 40 % depuis 2022. La Suisse reste sûre ? Pas pour tout le monde. Les escrocs visent de plus en plus les réseaux familiaux et amicaux. Pourquoi les autorités traînent-elles des pieds ?

Publié le 15 octobre 2026 à 14:03
1 escroquerie sur 3 en Suisse touche désormais un proche

En 2023, un Suissois sur cinq a été victime ou témoin d’une escroquerie. Un sur trois concernait un membre de sa famille ou un ami proche. Les chiffres du Crime Survey 2025, publié conjointement par la ZHAW et l’Université de Saint-Gall, confirment ce que les commissariats voient depuis deux ans : les arnaques ne sont plus l’affaire de quelques marginaux, mais un fléau qui s’invite à table. L’étude révèle aussi que 68 % des victimes ne portent même pas plainte. Pourquoi ? Parce que l’arnaqueur, c’est souvent le cousin, le voisin ou le collègue de confiance qui a « besoin d’un coup de main » pour son « investissement prometteur » en crypto. Ou alors la petite-fille qui appelle en larmes parce que son compte a été piraté et qu’il faut « transférer 2 000 francs en urgence » avant que la banque ne bloque tout. La Suisse, pays des banques ultra-sécurisées et des lois strictes, se fait ainsi escroquer… par ses propres codes sociaux. Ceux qui croient encore que « ici, ça n’arrive pas » devraient jeter un œil aux statistiques du canton de Zurich. En 2024, les pertes liées aux arnaques aux faux proches ont dépassé celles des cambriolages pour la première fois. Et ce n’est pas une coïncidence si la ville de Winterthour, réputée pour son tissu associatif serré, figure en tête du classement des communes les plus touchées par ces escroqueries « relationnelles ». Les escrocs ont compris une chose simple : en Suisse, on fait confiance. Trop, parfois. Et cette confiance, ils la retournent contre ses détenteurs. ---

Pourquoi les autorités ferment-elles les yeux ?

La police suisse a enregistré 12 400 plaintes pour escroquerie en 2024, soit une hausse de 38 % en deux ans. Pourtant, le nombre de condamnations pour ce type de délit a baissé de 15 % sur la même période. Comment expliquer ce paradoxe ? D’abord, parce que les escrocs sont souvent des étrangers, 42 % des affaires impliquent des réseaux organisés venants d’Europe de l’Est ou d’Afrique du Nord, et que les preuves sont difficiles à rassembler quand l’arnaque se joue par SMS ou via des plateformes comme WhatsApp. Ensuite, parce que la justice suisse, réputée lente, traîne des pieds sur ces dossiers. Prenez l’exemple du cas de la « fausse fondation » : en 2023, un groupe de Moldaves a escroqué près de 5 millions de francs à des retraités zurichois en leur promettant des dons déductibles d’impôts pour une « œuvre caritative locale ». Les auteurs ont été interpellés… mais libérés sous caution en attendant leur procès. Résultat : certains ont déjà refait surface avec de nouveaux numéros et de nouvelles histoires. La police zurichoise reconnaît en interne que seulement 1 escroc sur 10 est effectivement poursuivi. Le reste ? Disparu dans la nature, ou déjà en train de ponctionner une nouvelle victime. ---

La Suisse se croit toujours à l’abri

Pourtant, les Suisses restent convaincus que leur pays est un havre de sécurité. 87 % d’entre eux estiment, selon le Crime Survey, que le risque d’être victime d’une escroquerie est « faible » ou « très faible ». Un déni qui tient à deux choses : d’abord, à la culture du silence. Personne ne veut admettre qu’on s’est fait avoir, surtout pas par un proche. Ensuite, à un système qui minimise l’ampleur du problème. Les médias suisses couvrent peu ces affaires, sauf quand elles font des vagues, comme l’arnaque aux « faux héritages » qui a touché des centaines de personnes en 2024. Pourtant, les montants volés sont colossaux. L’étude estime à plus de 800 millions de francs les pertes liées aux escroqueries en 2024, soit l’équivalent du budget annuel de la police cantonale de Genève. Et ce chiffre ne compte même pas les arnaques non déclarées. ---

Ce que les escrocs exploitent (et comment les arrêter)

Les techniques ? Toujours les mêmes, mais mieux huilées. Voici ce qui marche encore en 2025 :

  • L’urgence fabriquée : « Votre fils a eu un accident, il faut transférer 3 000 francs tout de suite. » (Les escrocs utilisent des faux profils sur Facebook ou Instagram pour usurper l’identité de proches.)
  • Le faux investissement : « Ce projet immobilier en Roumanie va rapporter 20 % en six mois. » (Des Suisses aisés, souvent des retraités, y ont laissé des fortunes.)
  • La fausse administration : « Vous avez gagné un remboursement fiscal de 5 000 francs, mais il faut d’abord payer des frais de dossier. » (Les escrocs se font passer pour des employés de l’État ou des banques.)

Alors, comment limiter les dégâts ?

  • Vérifiez les numéros : Un appel ou un message inattendu de votre enfant ? Rappelez-le sur son numéro habituel. Pas de réponse ? Méfiance.
  • Ne payez jamais par virement urgent : Les escrocs coupent les communications dès que l’argent est parti. Utilisez des méthodes traçables (comme une lettre recommandée avec accusé de réception).
  • Signalez les faux profils : La plateforme Signal Spam (gérée par la Confédération) recense les numéros et adresses email utilisés pour les arnaques. Si vous tombez dans le panneau, ajoutez le vôtre à la liste noire.

Mais le vrai problème, c’est que les escrocs s’adaptent plus vite que les institutions. Pendant ce temps, les Suisses continuent de croire que « ça n’arrive qu’aux autres ». ---

La Suisse va-t-elle enfin réagir ?

Probablement pas assez, pas assez vite. Le Conseil fédéral a annoncé en 2024 un plan national contre les cyberarnaques, avec 10 millions de francs supplémentaires pour la police et les campagnes de sensibilisation. Trop peu, trop tard. Les cantons, toujours réticents à coordonner leurs actions, traînent des pieds. Résultat : les escrocs, eux, investissent massivement dans l’intelligence artificielle. Des deepfakes de voix de proches pour exiger des transferts urgents ? Déjà utilisé avec succès en 2024. Des chatbots capables de tenir une conversation convaincante pendant des heures pour abuser des victimes ? Testé et approuvé. Pendant ce temps, la Suisse dépense des millions pour sécuriser ses frontières… alors que le vrai danger vient de l’intérieur. De vos écrans. De vos réseaux. De cette confiance aveugle qui fait d’elle la cible idéale.

La prochaine fois que votre mère vous appelle en pleurs parce que sa « banque » a besoin d’un virement pour « débloquer son compte », ne répondez pas au téléphone. Répondez à la question : pourquoi la Suisse laisse-t-elle ses citoyens se faire plumer comme ça ?

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R Galaxie Rédaction

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