Le but de Lukebakio contre le Milan, c’est déjà une victoire ? Non. Mais c’en est une, quand même. À 24 ans, l’attaquant belge a enfin marqué en Europa League, face à l’AC Milan, après trois saisons à se battre pour trouver le chemin des filets. Un but sur penalty, oui, mais un but quand même. Sauf que le reste de la soirée a rappelé pourquoi les Diables Rouges peinent encore à s’imposer sur la scène européenne : parce que l’Europe, en réalité, ne les veut pas vraiment. Pas comme ça. Pas avec leurs limites. Pas avec leurs contradictions. Et surtout, pas avec leur manque de cohérence tactique, qui fait qu’un Koni De Winter peut rater deux occasions en or en 90 minutes, comme ce soir à Turin, sans que personne ne bronche vraiment. Même pas lui, d’ailleurs. Il a regardé ses pieds après le second raté, comme s’il cherchait une excuse dans la pelouse. Il n’y en avait pas. Juste la réalité : un joueur de 30 ans, technique mais lent, en perte de vitesse, qui coûte cher (15 millions d’euros en 2021, selon Transfermarkt) et qui ne rend plus grand-chose. Et Bruxelles, ou du moins ceux qui décident des sélections, continuent de le faire jouer comme s’il était encore le De Winter de 2018. C’est ça, le vrai problème. Pas le but manqué. Pas même le penalty raté. Mais cette incapacité à assumer que certains joueurs sont devenus des coûts plus que des atouts. Et que l’Europe, justement, ne paie pas pour des coûts. Elle paie pour des résultats. Or, ce soir, les Diables Rouges en ont donné… à moitié. Sunderland a gagné 2-1, mais personne ne s’en souviendra demain. Pourquoi ? Parce que Malick Fofana, lui, a fait ce qu’on attend de lui : il a marqué. Un but, un point, et surtout, une confirmation. Le milieu défensif belge, enfin, semble trouver sa place. Pas grâce à un miracle, mais parce que Fofana, 26 ans, 5 millions d’euros au Crystal Palace, assume enfin le rôle qu’on lui demande : être solide, efficace, et surtout, ne pas faire de conneries. Contrairement à De Winter, qui en a fait deux en une soirée. Et ça, c’est une première. Une première parce que, jusqu’ici, De Winter était intouchable. Le capitaine, le leader, celui sur qui on comptait pour porter l’équipe. Résultat ? Une sélection nationale qui continue de miser sur lui, malgré les signes qui s’accumulent. Son contrat à Bruges court jusqu’en 2025, et personne ne semble pressé de le vendre. Pourtant, les chiffres sont là : selon Opta, De Winter a raté 1 chance sur 3 cette saison en club. Une sur trois. Pas une sur dix. Une sur trois. Et ce soir, c’était deux sur deux. Pourquoi personne ne parle de le remplacer ? Parce que personne ne veut assumer. Parce que c’est plus simple de garder un joueur qui a marqué 20 buts en 2019, même s’il en marque 5 aujourd’hui. Parce que la Belgique a besoin de figures, même si ces figures ne sont plus à la hauteur. Mais l’Europe, elle, ne pardonne pas. L’Europa League, c’est le terrain où les faiblesses se paient cash. Et ce soir, les Diables Rouges ont payé. Pas assez pour perdre, mais assez pour savoir qu’ils ne font pas le poids. Le Milan a dominé, mais a concédé le match nul (1-1). Sunderland a gagné, mais c’était serré. Et la Belgique ? Elle a survécu, mais sans briller. Ce que cette soirée révèle, c’est un fossé. Celui entre ce que la Belgique croit être et ce que l’Europe voit vraiment. D’un côté, une équipe qui pense encore jouer au football