Doba ignore les chiffres qui tuent en silence
3 octobre 2026. Une salle de réunion à Doba, province du Logone oriental. Les murs sont défraîchis, les climatiseurs toussent. Sur l’écran, des tableaux Excel s’affichent : naissances, décès, maladies. Personne ne bronche. Ces chiffres, c’est la routine. Et pourtant, ils cachent quelque chose.
Les données qui ne servent à rien
La délégation provinciale de la Santé et de la Prévention a organisé sa réunion mensuelle de monitorage. Janvier à août 2026 : huit mois de données démographiques, de maladies, de tendances. Le problème ? Personne ne les exploite. Pas vraiment.
« On présente les chiffres, on commente, on passe à autre chose », lance un agent de santé sous couvert d’anonymat. « Personne ne décide quoi que ce soit. » Pourtant, les données sont là. Par exemple : en 2025, le Logone oriental a enregistré 12 % de mortalité infantile en plus que la moyenne nationale (source : rapport provincial du ministère de la Santé, non publié). Mais ça, c’est un détail.
Pourquoi s’en soucier ? Parce que ces données pourraient éviter des drames. Mais à Doba, on préfère les ignorer.
L’illusion du suivi
La réunion de ce mois-ci était censée être un moment clé. « Analyse des données de routine », avait annoncé le communiqué. En théorie, c’est simple : on regarde les tendances, on ajuste les politiques, on sauve des vies.
En pratique ? On écoute des rapports lus à voix haute. Des chiffres qui tombent dans le vide. « On a 47 % de couverture vaccinale contre la rougeole, mais on ne fait rien », glisse un participant. « Personne ne nous demande de faire quoi que ce soit. »
Le vrai problème, c’est l’absence de pression. Les données sont là, mais personne ne les utilise pour forcer des décisions. Résultat : les problèmes persistent. Et les morts aussi.
Ce qui ne se dit pas à Doba
Il y a un chiffre que personne ne veut aborder : le nombre de cas de paludisme non traités. En 2025, le Logone oriental a enregistré 3 214 cas confirmés de paludisme grave (source : centre de santé de Doba). Mais combien ont été suivis ? Combien ont été sauvés ? Personne ne sait.
« On a les données, mais on ne les lie pas aux actions », explique un responsable. « Si on ne montre pas les conséquences, personne ne bouge. »
Pourtant, les solutions existent. Des campagnes ciblées, des stocks de médicaments mieux répartis, des alertes précoces. Mais à Doba, on préfère regarder ailleurs.
Pourquoi personne ne réagit ?
La réponse est simple : personne ne veut assumer les responsabilités. Les données sont là, mais elles ne servent à rien. Parce qu’elles ne font pas peur. Parce qu’elles ne menacent pas les carrières. Parce qu’elles ne changent rien.
« Si on montre que les choses vont mal, il faut agir », résume un participant. « Mais personne ne veut être celui qui va dire : ‘On a échoué.’ »
Alors on continue. On présente les chiffres. On les enterre. Et les gens meurent.
La prochaine réunion sera la même.
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