La liste anti-démarchage devient un leurre pour les arnaqueurs

Des millions de Français inscrits sur Bloctel croient être protégés. Pourtant, leur numéro reste une cible. Pourquoi les fraudeurs contournent-ils si facilement ce dispositif ? Et qui en profite vraiment ?

Publié le 26 septembre 2026 à 06:13
La liste anti-démarchage devient un leurre pour les arnaqueurs

Le téléphone sonne, même après l’inscription sur Bloctel

Votre numéro est sur la liste. Vous l’avez vérifié, vous avez même gardé le mail de confirmation. Pourtant, ce soir, à 19h47, le téléphone vibre sur la table du restaurant. Numéro inconnu. Message vocal : « Bonsoir Monsieur Dupont, on sait que vous êtes inscrit sur Bloctel, mais on a une offre exceptionnelle pour vous… ».

C’est une blague ? Non. En 2024, s’inscrire sur la liste anti-démarchage ne suffit plus. Pire : ça donne même l’impression aux fraudeurs que vous êtes une proie facile. Parce que vous avez fait l’effort de vous protéger. Et ça, c’est une faille bien plus grosse que les failles techniques.

Bloctel, le leurre qui protège mal

L’idée était bonne : une liste unique pour bloquer les appels commerciaux. Lancé en 2016, Bloctel a enregistré 28 millions d’inscriptions en 8 ans (chiffre DGCCRF, 2023). Sauf que les arnaqueurs ne jouent pas selon les mêmes règles. Ils ne respectent aucune liste. Et aujourd’hui, ils exploitent même votre inscription comme un signal.

« Les fraudeurs scannent les numéros inscrits sur Bloctel pour cibler les gens qui croient être en sécurité », explique un enquêteur de la DGCCRF sous couvert d’anonymat. « Un numéro bloqué, c’est un numéro que les démarchageurs légaux vont éviter. Pas les escrocs. Eux, ils savent que vous êtes vulnérable. »

Le business des faux services

Prenez l’exemple des « services après-vente » pour des appareils que vous n’avez jamais achetés. Ou ces « avocats » qui appellent pour des « litiges fiscaux » imaginaires. Les arnaqueurs utilisent des techniques basiques mais efficaces :

  • Le spoofing : ils font croire que l’appel vient de votre banque ou de la police. Votre téléphone affiche « Crédit Agricole », alors que c’est un numéro généré en Thaïlande.
  • La pression temporelle : « Monsieur, on a 2 minutes pour régler ce problème, sinon… ». Le « sinon » est toujours une menace crédible (gel de compte, arrestation).
  • L’exploitation de votre méfiance : « On sait que vous êtes sur Bloctel, donc on va vous proposer une offre hors liste ». Sous-entendu : « Vous êtes assez naïf pour tomber dans le panneau. »

Pourquoi la DGCCRF ne bouge pas assez ?

La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a bien identifié le problème. En 2022, elle a lancé des campagnes pour sensibiliser aux appels frauduleux. Mais les résultats ? 12 000 signalements de fraudes au téléphone en 2023 (contre 8 000 en 2022). La hausse est là, mais les condamnations restent rares.

« Le problème, c’est que ces arnaques sont souvent détectées après le préjudice », reconnaît un responsable. « Et les fraudeurs opèrent depuis l’étranger, avec des numéros jetables. Les tracer, c’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin… qui bouge. »

La vraie faille : l’illusion de la sécurité

Le pire, c’est que Bloctel marche… un peu. Contre les démarchages légaux. Pas contre les escrocs. Résultat : vous passez votre temps à vérifier les numéros, à vous méfier de tout, et vous finissez par baisser votre garde. « Les gens s’inscrivent sur Bloctel, puis ils relâchent leur vigilance », observe un expert en cybersécurité. « C’est comme si vous fermiez votre porte à clé… mais que vous laissiez une fenêtre ouverte au rez-de-chaussée. »

Que faire, concrètement ?

  1. Ne jamais rappeler un numéro inconnu, même pour « vérifier ». Les fraudeurs notent vos retours d’appel comme une validation.
  2. Activer le filtrage des appels sur votre téléphone (iOS/Android). Bloquez automatiquement les numéros non identifiés.
  3. Signaler systématiquement les appels frauduleux sur Signal Spam ou via l’appli « 33700 » (gratuit). Plus il y a de signalements, plus les opérateurs peuvent bloquer les numéros.
  4. Ne jamais donner d’informations personnelles au téléphone. Même si l’appelant semble « officiel ». Vérifiez en personne (banque, administration) avant de faire quoi que ce soit.

Le vrai scandale ? Personne ne vous le dit clairement.

Les articles sur Bloctel mettent en avant ses « succès » (moins de 5 % de démarchages pour les inscrits, selon la DGCCRF). Mais ils omettent de préciser que ces 5 % incluent les arnaqueurs. Et que le risque zéro n’existe pas.

« On nous vend l’idée que Bloctel est une solution miracle », résume un juriste spécialisé dans la consommation. « En réalité, c’est un pansement sur une jambe de bois. Le problème, c’est le système lui-même : trop de monde y croit, et ça donne aux escrocs une longueur d’avance. »

La prochaine étape ? Une liste noire des numéros frauduleux, partagée en temps réel entre opérateurs.

Certains pays l’ont déjà (comme le Royaume-Uni avec son « Phone-Paid Service »). En France, le projet traîne depuis 2021. « Si on veut vraiment protéger les consommateurs, il faut cesser de jouer aux apprentis sorciers », lance un député LREM, rapporteur sur le sujet. « Une liste noire dynamique, avec des sanctions automatiques pour les opérateurs qui ne bloquent pas… Ça, ce serait un vrai changement. »

En attendant, votre numéro reste une cible. Même avec Bloctel.

Parce que la vraie faille, ce n’est pas la technologie. C’est l’illusion de sécurité.

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R Galaxie Rédaction

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