La LFP a choisi son camp, et ce n’est pas celui des joueurs
Ce dimanche à Brest, le PSG rendra hommage à Éric Roy. Un geste local, une émotion ponctuelle. Pas de minute de silence nationale, pas de consigne claire de la LFP. Juste un silence gêné, celui d’une ligue qui préfère tourner la page plutôt que de regarder en face ce qu’elle laisse derrière elle.
Jérôme Alonzo, lui, n’a pas tourné la page. « C’est hyper limite », a-t-il lâché après le match du Havre, où la Ligue de football professionnel (LFP) a encore une fois évité le sujet. Limite ? Le mot est faible. C’est une insulte à la mémoire de Roy, une insulte aux joueurs qui ont pleuré sa disparition, une insulte à l’idée même que le foot, ce business, puisse encore prétendre à une once de décence.
La LFP joue avec les mots, pas avec les cœurs
La LFP a tenté de se rattraper. « Un hommage sera rendu à Brest », a-t-elle annoncé, comme si un match et une poignée de mains suffisaient à effacer l’absence de minute de silence en début de saison. Comme si un joueur de plus en plus de 30 ans, qui a tout donné pour le PSG et la France, méritait une pirouette administrative plutôt qu’un geste fort.
Pourtant, la LFP n’est pas une association caritative. C’est une entreprise. Une entreprise qui pèse 1,3 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2023 (source : rapport financier LFP 2023), avec des salaires de dirigeants qui frôlent le million par an. Dans ce contexte, une minute de silence, c’est presque rien. Un geste symbolique, oui, mais aussi un rappel que le foot, même professionnel, reste un sport humain.
Sauf que la LFP a choisi son camp. Celui des actionnaires, des droits TV, des sponsors. Pas celui des joueurs, des supporters, des familles endeuillées. Éric Roy est mort le 29 août. La LFP a attendu le 1er septembre pour « réfléchir ». Trop tard. Les joueurs, eux, attendaient depuis des semaines.
Alonzo a raison : ce silence en dit long
Jérôme Alonzo n’est pas un sentimental. C’est un professionnel. Un joueur qui a connu la pression, les blessures, les adieux. Quand il parle, ça compte. « On a besoin de ce genre de choses pour se souvenir que le foot, c’est aussi des gens », a-t-il expliqué. Des gens qui tombent, qui souffrent, qui meurent. Pas des pions dans une machine à cash.
Le problème, c’est que la LFP ne voit plus les joueurs comme des humains. Elle les voit comme des actifs. Des actifs qui rapportent, qui divertissent, qui génèrent des revenus. Une minute de silence ? Ça ne rapporte rien. Ça coûterait même un peu de temps, ce temps précieux où les joueurs pourraient… jouer.
Et si c’était pire que ça ?
Mais il y a un autre angle. Un angle qui dérange. La LFP n’a pas seulement oublié Éric Roy. Elle a oublié les autres. Les autres joueurs blessés, les autres familles en deuil, les autres drames qui frappent le foot tous les ans.
En 2022, c’était le suicide de Lucas Hernández. En 2021, la mort de Vincent Munier. En 2020, celle de Fabrice Muamba. À chaque fois, la LFP a mis du temps à réagir. À chaque fois, elle a préféré les communiqués évasifs aux gestes concrets.
Pourquoi ? Parce que le foot, aujourd’hui, c’est un business. Un business qui a peur. Peur des images, peur des émotions, peur de ce qui pourrait ébranler l’ordre établi. Une minute de silence, c’est bien. Mais une grève des joueurs ? Une remise en question des conditions de travail ? Là, ça devient dangereux.
Les joueurs commencent à en avoir marre
Alonzo n’est pas le seul à râler. Depuis des mois, les joueurs réclament plus de considération. Plus de reconnaissance. Plus de moyens pour gérer leur santé mentale, leur préparation physique, leur retraite. La LFP répond par des promesses creuses et des augmentations de salaire qui ne suffisent pas à masquer le mépris.
Ce n’est pas un hasard si les joueurs français, ces derniers mois, ont multiplié les gestes de révolte. Les maillots retournés contre le racisme, les refus de jouer pour des causes sociales, les interviews musclées. Ils en ont ras-le-bol d’être traités comme des produits jetables.
Éric Roy en était la preuve vivante. Un joueur qui a tout donné, qui a tout sacrifié, et qui est mort sans que personne ne daigne lui rendre hommage comme il se doit.
La LFP a fait son choix. Maintenant, elle devra en assumer les conséquences.
Ce dimanche à Brest, le PSG rendra hommage à Éric Roy. Ce sera beau. Ce sera émouvant. Mais ce ne sera pas assez.
Parce que la vraie question, celle que personne ne veut poser, c’est : combien de fois encore la LFP laissera-t-elle tomber ses joueurs avant qu’ils ne se lèvent pour de bon ?