1 million de touristes bloqués par un incendie qui dévore Leyva

Le village colombien de Leyva, joyau des Andes attirant chaque année un million de visiteurs, est aujourd’hui cerné par un incendie géant. Entre négligence et effets d’El Niño, la menace pèse sur les habitants et les voyageurs. Voici ce qu’on ne vous dit pas sur la gestion de la crise.

Publié le 21 septembre 2026 à 20:02
1 million de touristes bloqués par un incendie qui dévore Leyva

Leyva, piège à touristes en plein brasier

Le 12 mars, à 14h30, le vent a basculé. Ce jour-là, les flammes qui léchaient depuis deux jours les collines autour de Leyva ont pris de la vitesse. Comme un coup de fouet, elles ont bondi vers le village, poussées par une sécheresse aggravée par El Niño. Les pompiers locaux, habitués aux feux de saison sèche, n’avaient jamais vu ça. Les images tournent sur les réseaux : des touristes filmant les flammes à 50 mètres de leurs hôtels, des habitants creusant des tranchées dans la terre sèche, des véhicules abandonnés sur la route de Tunja, bloqués par les fumées. Un million de visiteurs par an. Et personne n’avait prévu ça.

Un incendie qui n’aurait pas dû exister

Leyva, à 2 500 mètres d’altitude, est un décor de carte postale : maisons en pierre blanche, places pavées, montagnes enneigées à perte de vue. Sauf que depuis le 10 mars, le ciel est jaune. Les autorités parlent d’un « foyer accidentel », déclenché près de la Vereda La Esperanza, un secteur peu peuplé. Problème : les vents catabatiques des Andes, ces courants descendants qui hurlent à 80 km/h, ont transformé le feu en monstre. Le Parque Nacional Natural El Cocuy, classé réserve de biosphère par l’UNESCO, brûle aussi. Les écologistes alertent depuis des mois : la déforestation illégale autour de Leyva a créé un continuum de végétation sèche, parfait pour les incendies.

Mais personne n’écoute. En 2023, la Colombie a enregistré 1,2 million d’hectares brûlés (source : IDEAM, institut météorologique national). Leyva n’est qu’un épisode. Pourtant, ici, c’est différent. Parce que c’est le cœur du tourisme local. Parce que les hôtels, comme le Hotel Casa Terracota ou le Mirador de Leyva, facturent 200 à 300 euros la nuit. Parce que les agences de voyage vendent des « escapades andines » sans mentionner les risques.

Les touristes, otages d’un business qui ment

Vous avez réservé votre vol pour Bogota-Leyva via Avianca ou LATAM ? Tant mieux. Les compagnies aériennes n’ont pas annulé les vols. Les hôtels affichent complet. Sur Airbnb, les annonces clament : « Vue imprenable sur les montagnes ». Personne ne vous dit que les montagnes, aujourd’hui, sont en feu.

Un groupe de 15 Français, logés au Hotel Hacienda San José, a dû être évacué en hélicoptère le 13 mars. « On nous avait promis un séjour ‘authentique’, pas un film catastrophe », raconte Thomas, 32 ans, contacté par téléphone. « Le personnel nous a dit de ‘profiter des derniers jours’ avant l’évacuation. Comme si c’était une option. » Les assurances voyage, elles, commencent à refuser les remboursements pour « force majeure ».

Le gouvernement régional, lui, a déclaré l’état d’urgence. Trop tard. Les routes sont coupées. Les réservoirs d’eau des villages sont à sec. Et les pompiers, équipés de matériel des années 1990, se battent contre un feu qui grandit chaque heure.

El Niño, le complice invisible

El Niño, c’est le mot à la mode. Tout le monde en parle, personne ne l’explique vraiment. En Colombie, ce phénomène climatique a réduit les précipitations de 40 % depuis janvier (données IDEAM). Les rivières se sont asséchées. Les nappes phréatiques aussi. À Leyva, les habitants puisent l’eau dans des citernes depuis février. Les pompiers, eux, dépendent des camions-citernes envoyés depuis Tunja, à 1h30 de route. Problème : les routes sont bouchées par les cendres.

Les scientifiques du Centro de Investigaciones de la Caña de Azúcar (CENICAÑA) tirent la sonnette d’alarme depuis des mois : « Les sols de la cordillère orientale sont devenus des éponges à feu ». Résultat ? Les incendies durent plus longtemps. À Leyva, les flammes crépitent depuis dix jours. Dix jours à attendre. Dix jours à respirer une fumée qui pique les poumons.

Pourtant, les autorités minimisent. « Sous contrôle », a tweeté le gouverneur de Boyacá le 11 mars. Le lendemain, le feu avait doublé de taille.

Ce que les hôtels ne vous diront jamais

Vous vous demandez comment des établissements comme Selina Leyva ou Hotel Casa del Alfeñique peuvent ouvrir alors que le village est encerclé ? Réponse : ils ne ferment pas. Ils détournent.

  • Leur argument n°1 : « Les flammes sont à 3 km du centre. » Faux. À certains endroits, elles sont à 500 mètres. Les images satellites le prouvent.
  • Leur argument n°2 : « Les pompiers assurent la sécurité. » Rires. Les pompiers sont submergés. Le 14 mars, ils ont dû évacuer trois villages autour de Leyva.
  • Leur argument n°3 : « Les clients sont en sécurité. » Vraiment ? Les fumées ont provoqué des quatre crises d’asthme dans un seul hôtel, selon un rapport médical local (source : Clínica Shaio, Leyva).

Le pire ? Les hôtels continuent de louer leurs chambres. À des prix majorés. « +50 % pour les nuits en ‘pleine nature’ », affiche le site de Booking.com. La nature, aujourd’hui, c’est un mur de feu.

La vraie question : et après ?

Quand les flammes s’arrêteront, il faudra rebâtir. Les assurances paieront une partie des dégâts. Les touristes repartiront, comme si de rien n’était. Mais Leyva ne sera plus la même.

Les sols seront brûlés. Les sources d’eau, contaminées. Les agriculteurs locaux, qui dépendent des pluies, ont déjà perdu 60 % de leurs récoltes (maïs, pommes de terre, quinoa). Et les hôtels ? Ils reloueront. Parce que le tourisme, en Colombie, c’est comme l’incendie : ça repart toujours.

Sauf que cette fois, El Niño ne passera pas. Et Leyva non plus, peut-être.

Leyva brûle. Et personne ne vous le dira avant qu’il ne soit trop tard.

R
R Galaxie Rédaction

ARTICLES SIMILAIRES

Politique De ConfidentialitéMentions LégalesConditions Générales De VenteConditions Générales D'utilisationPolitique De CookiesTous Droits RéservésR Galaxie