Les caméras, ça ne fait pas peur aux vandales
La ville a mandaté sa direction générale pour déployer des caméras dans trois parcs : celui de la Pointe-aux-Anglais, celui de la Rivière-du-Sud et un troisième, moins fréquenté, près du centre-ville. « Un outil de dissuasion supplémentaire », a expliqué un porte-parole municipal, sans préciser combien de caméras ni où exactement. Trois parcs, combien de caméras ? Suffisant ? Insuffisant ? Personne ne sait. Ce qui est sûr, c’est que les vandales, eux, ne regardent pas les caméras avant d’agir. Ils savent très bien comment les éviter : masques, vêtements larges, heures creuses. À Montréal, où les caméras pullulent depuis des années, le vandalisme n’a pas disparu. Il s’est juste déplacé, plus discret, plus organisé. À Lévis, les graffitis et les tags, eux, continuent de fleurir comme des mauvaises herbes.
Et puis, il y a le détail qui tue : les caméras ne servent à rien si personne ne regarde les images. À Québec, où le projet pilote de surveillance dans les parcs a été lancé il y a deux ans, les caméras tournent… mais les écrans restent éteints la plupart du temps. « On manque de personnel », a reconnu la Ville. À Lévis, même problème. « On va former des agents pour surveiller les flux en temps réel », promet-on. Sauf que les agents municipaux ont déjà assez à faire avec l’entretien des parcs, les plaintes des citoyens et les dossiers administratifs. Qui va s’occuper des caméras ? Un étudiant en stage ? Un employé à mi-temps ? Personne ne le sait encore.
Le vrai problème, c’est que les caméras, ça ne résout rien. Ça donne l’impression d’agir. Ça fait joli dans les communiqués de presse. Mais ça ne change pas la donne. Les vandales, eux, ils savent très bien que les caméras ne les arrêteront pas. Ils savent aussi que les peines encourues sont dérisoires. À Québec, un tag peut coûter entre 200 $ et 500 $ d’amende. Une somme qui ne fait même pas trembler un ado de 16 ans. Et puis, combien de temps passe-t-on en prison pour ça ? Quelques heures, parfois. À Lévis, les chiffres ne sont pas meilleurs. En 2022, seulement 12 dossiers de vandalisme ont abouti à une condamnation. Douze. Sur combien ? Personne ne le sait exactement, mais les appels au 911 pour dégradations dans les parcs se comptent par dizaines chaque mois.
Le vandalisme, c’est un symptôme, pas une maladie
Pourtant, la Ville insiste : « C’est une mesure préventive. » Préventive ? Vraiment ? Les caméras, ça ne prévient rien. Ça filtre. Et puis, qui veut vraiment prévenir le vandalisme ? Parce que derrière chaque tag, il y a une histoire. Un jeune qui s’ennuie. Un adulte qui se défoule. Une communauté qui se sent ignorée. À Lévis, comme ailleurs, le vandalisme n’est pas un phénomène isolé. Il est lié à l’abandon des lieux publics, à la baisse des budgets municipaux, à la méfiance envers les institutions. Installer des caméras, ça ne règle aucun de ces problèmes.
Prenez le parc de la Pointe-aux-Anglais. Un endroit magnifique, mais négligé. Les bancs sont cassés, les allées mal éclairées, les poubelles débordent. Pourquoi irait-on y faire un pique-nique ? Pourquoi irait-on y promener son chien ? Les vandales, eux, ils savent très bien que c’est un terrain de jeu facile. Pas de caméras. Pas de surveillance. Juste de l’espace pour s’amuser… ou pour tout casser.
Et puis, il y a le côté contrôle social. Les caméras, ça permet de surveiller les gens. Pas seulement les vandales, mais aussi les SDF, les jeunes qui traînent, les familles qui font du bruit. « On va pouvoir mieux cibler les interventions », a lâché un conseiller municipal lors d’une réunion publique. Traduction : « On va pouvoir mieux vous surveiller. » À une époque où la vie privée est déjà bien malmenée, ajouter des caméras dans les parcs, c’est comme ajouter une couche de peinture sur une rouille. Ça ne répare rien. Ça cache juste le problème.
Ce que Lévis devrait faire à la place
Alors, que faire ? Nettoyer les parcs. Vraiment. Pas juste balayer les feuilles en automne, mais enlever les graffitis dans les 48 heures. Éclairer les allées. Pas des néons qui aveuglent, mais une lumière suffisante pour que les gens se sentent en sécurité. Embaucher des gardiens. Pas des agents qui font semblant de surveiller des écrans, mais des gens présents sur le terrain, qui connaissent les habitués et qui peuvent réagir vite. Parler aux jeunes. Pas avec des discours lisses sur le respect, mais en leur proposant des alternatives : des ateliers d’art légal, des jobs d’été pour entretenir les parcs, des espaces dédiés où ils peuvent s’exprimer sans tout casser.
Et surtout, arrêter de faire semblant. Les caméras, c’est du bluff. Tout le monde le sait. Les vandales. Les citoyens. Même les conseillers municipaux, au fond. Le vrai travail, c’est de rendre les parcs désirables. Pas pour les caméras. Pour les gens.
Le piège de la surveillance
Il y a un autre problème avec les caméras : elles donnent l’impression que la Ville a une solution. « On fait quelque chose ! » Mais en réalité, on fait semblant. Parce que la vraie solution, elle est politique. Elle coûte cher. Elle prend du temps. Et elle implique de remettre en question des priorités : « Est-ce qu’on préfère mettre des caméras ou des toilettes publiques ? Est-ce qu’on préfère surveiller ou entretenir ? »
À Lévis, comme dans beaucoup d’autres villes, les budgets sont serrés. Les effectifs aussi. Alors, plutôt que d’investir dans du matériel high-tech qui ne servira à rien, pourquoi ne pas investir dans du concret ? Des parcs propres. Des parcs vivants. Des parcs où les gens ont envie de venir.
Mais non. Parce que c’est plus facile de pointer du doigt les vandales et de promettre des caméras. Ça fait moins peur que de reconnaître qu’on a abandonné nos espaces publics.
Et après ?
Alors, les caméras vont-elles marcher ? Non. Pas vraiment. Elles vont peut-être faire baisser le vandalisme pendant six mois. Le temps que les vandales s’habituent, que les écrans restent éteints, que les citoyens réalisent que ça ne change rien. Et puis, on passera à autre chose. Un nouveau projet pilote. Une nouvelle mesure symbolique.
Le vrai problème, c’est que personne ne veut vraiment régler le problème. Parce que ça coûterait trop cher. Parce que ça prendrait trop de temps. Parce que ça obligerait à admettre qu’on a échoué.
Alors on installe des caméras. Et on attend que la magie opère.